La "croisière de porcelaine" est le nom de code d'une sieste pratiquée dans les toilettes de son entreprise. Elle fait partie, avec la sieste en voiture au sous-sol, des stratagèmes inventés par les employés en déficit de sommeil. La sieste devrait pourtant être encouragée par les employeurs !

Des bienfaits de la sieste, même et surtout au bureau
Des bienfaits de la sieste, même et surtout au bureau © Getty / Floresco Productions

Bien que la sieste soit extrêmement bénéfique, elle pâtit d’une image négative injustifiée. On imagine toujours le fainéant bedonnant qui ronfle la moitié de l’après-midi, le nez sur sa cravate qui porte les traces de la bouteille de rouge et du steak frites mayonnaise qu’il a engloutis pour son déjeuner. Or, la sieste, au travail, à l’école, ou sur une aire d’autoroute, ce n’est plus cela. C’est l’occasion pour notre cerveau de récupérer lors d’un repos bref mais très réparateur.

Idéalement, on ne s’endort pas, on somnole en position demi-assise pendant 15 à 20 minutes. Un fauteuil inclinable avec appuie-tête fait parfaitement l’affaire. C'est le principe des chargeurs rapides pour smartphones qui remontent votre batterie de 30% en 5 minutes : le rendement de ces mini-siestes est remarquable !

Tout le monde n'a pas besoin de faire la sieste. Certains d'entre nous ont besoin de dormir 9 heures par nuit, et peuvent se passer de sieste. D’autres sont de petits dormeurs : moins de 6 heures de sommeil nocturne leur suffisent, mais ils ont souvent besoin d’une courte sieste en fin de matinée ou après le déjeuner. Enfin, certains métiers comportent des phases d’activités intenses mais espacées dans la journée, et la sieste  devrait y être encouragée.

Quelles sont les preuves scientifiques de l’efficacité de la sieste ?

Elles sont malheureusement peu nombreuses. Les études randomisées sont les seules qui soient crédibles : on tire au sort deux groupes, l’un fait la sieste, l’autre pas, et leurs capacités cognitives sont comparées. C'est le seul protocole qui permet d'éviter les biais qui faussent l'évaluation. C’est surtout chez l’enfant qu’il existe des données, très convaincantes sur l’attention notamment. Chez l’adulte, le problème, c’est qu’il n’y a pas d’industrie de la sieste pour financer les études… L’un des travaux les plus démonstratifs est français et concerne la conduite nocturne sur autoroute. Cette étude réalisée chez des étudiants a montré qu’une sieste préalable de 30 minutes améliorait presque autant l’attention au volant que deux tasses de café fort. Le protocole consistait à conduire la nuit sur autoroute sans mordre sur les lignes de séparation en dehors des dépassements. D’autres travaux confirment qu’une sieste de 20 minutes améliore le rendement et la qualité du travail des employés.

Employeurs qui nous écoutez, officialisez la sieste dans votre entreprise, et donnez l’exemple ! C’est vous qui serez gagnant. Equipez vos bureaux de sièges adapté. Dans les open-spaces, prévoyez une plage horaire, par exemple entre 13 et 14h, pendant laquelle le silence doit régner, libre à chacun pendant 20 mn de somnoler, de lire un livre, ou de jouer à un jeu vidéo en ligne. C’est ce qu’a bien compris Google, qui offre des espaces de repos à son personnel, suivi en cela par d’autres entreprises qui demandent beaucoup à leurs employés, mais savent aussi les préserver du burn-out et sont finalement gagnantes.

Références scientifiques

Philip, P., Taillard, J. et coll  (2006). The Effects of Coffee and Napping on Nighttime Highway Driving. A Randomized Trial. Annals of internal medicine, 144(11), 785-791.

Lam, J. C., Mahone, E. M., Mason, T. B., & Scharf, S. M. (2011). The effects of napping on cognitive function in preschoolers. Journal of developmental and behavioral pediatrics: JDBP, 32(2), 90.

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