Agnès Buzyn, médecin et scientifique de haut niveau, prend les rênes du Ministère de la Santé après avoir dirigé l'Institut National du Cancer et la Haute Autorité de Santé

Agnès Buzyn, médecin et scientifique de haut niveau, prend les rênes du Ministère de la Santé après avoir dirigé l'Institut National du Cancer et la Haute Autorité de Santé
Agnès Buzyn, médecin et scientifique de haut niveau, prend les rênes du Ministère de la Santé après avoir dirigé l'Institut National du Cancer et la Haute Autorité de Santé © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN

Agnès Buzyn est une scientifique, une vraie, ce qui n’est pas si courant à la tête de ce ministère. Professeur de médecine, elle a dirigé une unité de recherche INSERM et publié des dizaines d’articles de haut niveau. Elle a présidé l’Institut national du cancer, puis la Haute autorité de santé jusqu’à sa nomination au sein du gouvernement d’Edouard Philippe. Mais le docteur Dupagne déplore qu'Agnès Buzyn ait manifesté à plusieurs reprises une position très critiquée sur les conflits d’intérêts des experts, considérant l’obligation légale de transparence comme handicapante, et mettant même en doute la compétence des experts qui ne travailleraient pas pour l’industrie pharmaceutique.

Mais le docteur Dupagne souligne aussi les éléments positifs qui laisse espérer une inflexion du point de vue de la Ministre : tous ceux qui ont croisé Agnès Buzyn témoignent de son intelligence exceptionnelle et de ses qualités managériales. Il a été ému par la personnalité de son père Elie Buzyn, qui n'a pu que lui transmettre des valeurs de qualité. Et si Agnès Buzyn n’a pas compris à quel point les liens d’intérêts perturbent gravement l’expertise, même inconsciemment, il compte aussi sur sa mère psychanalyste pour le lui rappeler, tant il s’agit d’un véritable fléau, sanitaire autant qu’économique.

Agnès Buzyn serait capable d’écouter ses contradicteurs et de changer d’avis. Dominique Dupagne veut donc rester optimiste, d’autant qu’un compromis est possible : la Ministre a raison quand elle refuse de se priver de l’avis des experts liés à l’industrie. Ce sont eux en effet qui maîtrisent le mieux leur domaine puisque la recherche médicale est quasiment exclusivement financée par l’industrie pharmaceutique. Mais l’erreur est de nommer ces partenaires de l’industrie au sein des commissions sanitaires. Ils doivent être utilisés comme des témoins, des experts extérieurs, et être auditionnés comme cela se pratique dans les concertations citoyennes ou les commissions parlementaires. Il existe alors une démarcation nette entre ceux qui expriment un point de vue et ceux qui prennent des décisions ou émettent des recommandations. Le mélange des genres entre l’expertise et la prise de décision est assez spécifique de la santé : on imagine mal que des recommandations officielles sur l’aménagement du territoire soient émises par des consultants de Bouygues ou de Vinci.

Dominique Dupagne espère donc qu’Agnès Buzyn fera évoluer son jugement sur les conflits d'intérêts et apportera une véritable révolution éthique au sein du Ministère de la santé et des Agences sanitaires.

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