Les vacances sont agréables, mais constituent-elles également un facteur de longévité ? Une publication finlandaise récente ne craint pas de l'affirmer, à partir de données issues d'une cohorte d'hommes d'affaires suivis depuis les années 70.

Certains scientifiques n’hésitent pas à enfoncer les portes ouvertes, et on prouvera peut être un jour qu’il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade. En tout cas, cette publication récente a eu du succès auprès des journalistes, qui ont peut être souhaité envoyer un message à leurs patrons...

En fait, l’histoire de l’étude qui aboutit à ce résultat est plutôt amusante. Tout commence il y a 40 ans

La chasse aux facteurs de risque cardiovasculaires

Dans les années 70, les médecins font la chasse aux facteurs de risque cardiovasculaires qui viennent juste d’être identifiés : tabac, hypertension artérielle, cholestérol, manque d’exercice. 

Mais la médecine scientifique se doit d’évaluer les conseils donnés aux patients, car le simple bon sens peut être trompeur, voire dangereux. Donc, on lance à l’époque ce que l’on appelle des études d’intervention : on répartit des volontaires en deux groupes semblables. Le groupe d’intervention bénéficie d’un suivi médical, hygiénique et diététique renforcé, le deuxième groupe reçoit des soins standards et sert de témoin. Après quelques années, on compare le nombre d’infarctus, d’AVC et de décès dans les deux groupes. Cette méthode expérimentale est la seule qui permette d’apprécier avec certitude l’impact d’une stratégie de santé.

Les mauvaises surprises apportées par les premières études d'intervention

Ben… une catastrophe ; dans les premières études, dont les résultats furent publiés au début des années 80, les sujets qui bénéficiaient de la prise en charge intensive mouraient plus que ceux du groupe témoin. C’est d’ailleurs à cette époque que l’on commence à douter de l’intérêt des régimes et des médicaments destinés à faire baisser le cholestérol. 

Une de ces deux études était finlandaise, et avait pour particularité de ne concerner que des dirigeants d’entreprise. Or le suivi des deux groupes a été poursuivi à long terme et a montré que la surmortalité des sujets soumis à un suivi médical étroit disparaissait après leur retraite.

Les finlandais ont donc repris quarante ans plus tard les données de leur étude pour tenter de comprendre ce paradoxe, et ils ont découvert 30% de décès en moins chez les dirigeants qui prenaient plus de trois semaines de vacances par an. Ils en ont conclu que le stress était un facteur majeur de mortalité, et que leurs injonctions médicales et hygiéniques avaient rajouté du stress dans le groupe d’intervention, annulant ainsi le bénéfice du suivi médical renforcé.

Il s’agit là de données d’observation globale et non plus de comparaison entre deux groupes. Il est impossible d’affirmer que ce sont les vacances elles-mêmes qui rallongent la vie. De nombreux biais sont possibles, et la surmortalité peut être due à une cause quelconque qui empêchaient les dirigeants de prendre leurs vacances. Donc, il est impossible de projeter cette observation sur des salariés, qui de toute façon en France, bénéficient de cinq semaines de vacances.

Un lien avec l'espérance de vie des français, une des meilleures d'Europe ?

Les champions des congés sont les Estoniens qui disposent du plus grand nombre de jours chômés, alors que leur espérance de vie est plutôt basse. Donc attention aux conclusions trop hâtives. Mais finalement, en se fiche des biais : Vive les vacances !

Sources :

Multiple Risk Factor Intervention Trial Research Group (1982). Multiple Risk Factor Trial: Risk Factor Changes and Mortality Results. JAMA - 248, 1465-1477.

Multifactorial primary prevention of cardiovascular diseases in middle-aged men: risk factor changes, incidence, and mortality. JAMA - 254.15 (1985): 2097-2102.

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