La semaine de la vaccination est organisée depuis 10 ans par l’OMS. Cette année, elle est dédiée à la vaccination du nourrisson. La France a décidé de mettre l’accent sur l’information car onze vaccinations pédiatriques ont été rendues obligatoires par la Loi du 30 décembre 2017

Pourquoi tant de défiance à l'égard des vaccins ?
Pourquoi tant de défiance à l'égard des vaccins ? © Getty / skynesher

La France possède le triste privilège d’être le pays  où la défiance vis-à-vis des vaccins est la plus importante. L’IFOP a réalisé en 2017 un sondage pour la fondation Jean Jaurès afin d'évaluer l’adhésion des français aux théories complotistes. Le résultat est assez hallucinant. Si seulement 9% des sondés pensent que la Terre pourraient être plate, plus de la moitié adhèrent à la théorie suivante “Le ministère de la santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins”

D'où vient ce désastre ?

Les français ne sont ni plus bêtes ni plus crédules que les autres. Les théories complotistes antivaccinales existent dans toutes les langues. Ce désastre illustre tout simplement la faillite de notre politique d’information sur les vaccins. 

Nous avons déjà parlé à la Tête au Carré du livre de référence sur le sujet : celui de la journaliste scientifique Lise Barnéoud Immunisés ? publié en 2017. Elle y décrit dans l’épilogue ses contacts avec les scientifiques lors de son enquête documentaire. Ce qui l’a frappée, c’est leur unanimité pour lui suggérer de mettre en avant les succès les plus symboliques de la vaccination et  d’occulter les rares problèmes posés par les vaccins, au prétexte que cela risquerait de “brouiller le message”. On reconnaît bien là l’attitude paternaliste franchouillarde qui consiste à croire le public trop bête pour comprendre les controverses scientifiques. 

L'impact désastreux de la campagne de vaccination contre la grippe A/H1N1

Le résultat de cette attitude est lisible dans ce sondage : une défiance croissante, profonde, que l’obligation vaccinale va encore renforcer. Nous savons aussi que cette défiance a explosé pendant la campagne de vaccination antigrippale de 2009, car les français ont réalisé qu’on leur avait menti pour les persuader de se vacciner contre la grippe H1N1. Ce fiasco a laissé des traces.

Je n’ai pas peur d’affirmer que si la désaffection des français pour les vaccins fait des victimes, obligation vaccinale ou pas, la politique d’information paternaliste de nos autorités sanitaires en sera tout aussi responsable que les théories complotistes. 

Dans la post-face de son livre, Lise Barnéoud cite Condorcet qui écrivait en 1793 : “On a besoin d’enchaîner les hommes à la raison par la précision des idées et par la rigueur des preuves”. Quelle belle formule...

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