L'Amérique du Nord est victime d'un épidémie d'overdoses dues à des drogues ou des médicaments dérivés de l'opium, les opioïdes. Les décès se comptent par dizaines de milliers et concernent toutes les couches de la population. La France est heureusement épargnée par ce phénomène.

La crise des opioïdes ne concerne heureusement que l'Amérique du Nord
La crise des opioïdes ne concerne heureusement que l'Amérique du Nord © Getty / Universal Images Group

L’ANSM, l’Agence du médicament, a publié mardi un état des lieux sur la situation française face aux dangers des opioïdes forts. 

L'opium est le plus vieux médicament du monde

Le terme opioïde désigne une famille chimique qui regroupe l’opium, la morphine qui en est extraite, et de nombreux dérivés comme la codéine, le tramadol, l’oxycodone, la méthadone ou le fentanyl produits par l’industrie pharmaceutique, mais aussi l’héroïne fabriquée illégalement. 

L'opium est utilisé depuis plus de 10 000 ans, ce qui en fait le plus vieux médicament connu. La morphine en a été extraite et purifiée pour la première fois en 1804. Malheureusement, les remarquables propriétés antalgiques des opioïdes vont de pair avec un pouvoir addictif et euphorisant particulièrement marqué pour les plus puissants d’entre eux, les opioïdes forts, ce qui a conduit à encadrer sévèrement leur prescription qui relève de la réglementation sur les stupéfiants : morphine et oxycodone notamment.

Pourquoi cette épidémie de décès aux USA ?

Pour comprendre, il faut revenir en arrière, au début des années 90. Le soulagement de la douleur devient un objectif de santé publique majeur (et légitime). La prescription d’opioïdes forts, c'est-à-dire à l'époque la morphine, est alors simplifiée et encouragée pour soulager les douleurs intenses et transitoires, comme les suites d’interventions chirurgicales. Les experts sont alors formels : si la morphine injectable peut rendre dépendant, ce n’est que très rarement le cas pour les comprimés ! Soulager la douleur est une priorité.

En France, on en est resté là jusqu’à aujourd’hui et les opioïdes sont à l’origine de 400 décès par an, tous usages confondus : héroïne, médicament de substitution pour toxicomanes comme la méthadone, et médicaments contre la douleur. Mais ces antalgiques opioïdes prescrits par des médecins ne représentent que 50 de ces 400 décès, et on descend même à 25 si on exclut la morphine. Ces chiffres sont stables depuis 10 ans, et les opioïdes légaux ne constituent donc pas en France à ce jour un problème de santé publique important.

Pourquoi est-ce différent aux USA ?

La situation dramatique aux USA et au Canada est liée à deux problèmes spécifiques. Tout d’abord, l’arrivée d’une nouvelle drogue opioïde 100 fois plus puissante que l’héroïne, et moins chère, qui provoque une épidémie d’overdoses chez les toxicomanes. Mais surtout, la diffusion d’un opioïde puissant et très addictif, l’oxycodone, présentée comme peu ou pas dangereuse par son fabricant, et donc proposée pour traiter tous les types de douleurs, du mal de dos chronique aux migraines. Or, il en est des opioïdes comme de l’alcool : si la majorité des utilisateurs en font un usage raisonnable, d’autres deviennent rapidement dépendants, augmentent les doses et peuvent en mourir. Les patients se méfient d’autant moins que le médicament a été prescrit par leur médecin et présenté, notamment à la télévision, comme anodin. Cette situation est réellement dramatique. Elle provoque des dizaines de milliers de morts tous les ans

L'attitude à avoir est simple : avec les opioïdes faibles, comme le tramadol ou la codéine, il faut consulter dès que l’on ressent une dépendance et une accoutumance, c’est-à-dire le besoin de dépasser la dose prescrite. Mais ils sont peu dangereux.

Le drame américain semble surtout lié à l’oxycodone, encore peu utilisée en France. Il faut être très prudent avec ce produit, sauf bien sûr pour obtenir un soulagement en fin de vie, situation où la dépendance n’est malheureusement plus un problème.

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