Grossesse et médicaments ne font pas toujours bon ménage. En 1961, le drame du thalidomide a été à l'origine de l'application du principe de précaution pour limiter l'exposition des femmes enceintes et de leur futur bébé aux médicaments tératogènes.

Prendre des médicaments pendant sa grossesse représente un danger
Prendre des médicaments pendant sa grossesse représente un danger © Getty / Ayazma

L’agence du médicament a annoncé le 16 octobre l’apparition de pictogrammes sur les les boîtes des médicaments dangereux pendant la grossesse. Avant de commenter la semaine prochaine cette initiative qui fait suite au scandale de la Dépakine®,  commençons par raconter l’histoire des médicaments tératogènes.

Il s'agit des médicaments qui provoquent des malformations chez les bébés lorsqu’ils sont utilisés par leur mère pendant la grossesse. 

Le drame du thalidomide

Leur histoire commence en 1961. C’est l’année du drame du thalidomide, un sédatif léger commercialisé dans le monde entier et particulièrement recommandé aux femmes enceintes. Il aura fallu 4 ans pour découvrir que le thalidomide pris pendant la grossesse provoque de graves malformations des membres : 15000 bébés sont nés lourdement handicapés, avec des membres atrophiés ou manquant. Avant ce drame mondial, tous les médicaments étaient donnés aux femmes enceintes sans précautions particulières et il n’existait aucun suivi organisé des effets secondaires (la pharmacovigilance). La fabrication des médicaments relevait de l’artisanat : il y avait près de 2000 laboratoires pharmaceutiques en France, qui se réduisaient souvent à un pharmacien entrepreneur ; c’était l’époque des start-up de la biologie, la buanderie tenant lieu de garage, et c’est ce qui nous a protégés du thalidomide !

Quand un scandale en évite un autre !

Lorsque le dossier du Thalidomide a été déposé en France, en 1959, nous venions de vivre le scandale du Stalinon, un médicament destiné à traiter les furoncles récidivants qui avait tué plus de cent personnes et en avait rendu autant infirmes !  Ce scandale avait conduit la France à durcir la procédure d’enregistrement des nouveaux médicaments, jusqu’alors très succincte, et le dossier du Thalidomide était resté en souffrance dans la pile d’attente. C’est ce qui a sauvé les bébés français alors que l’Allemagne a compté 3000 victimes.

L’affaire du thalidomide a provoqué en 1961 un électrochoc international et a signé le début de la  pharmacovigilance moderne. Dans le même temps, les médicaments nouveaux ont été systématiquement contre-indiqués chez les femmes enceintes. Cela n’a malheureusement pas empêché le drame du Distilbène®, autre médicament tératogène qui a fait de nombreuses victimes, et tout récemment celui de la Dépakine®. Heureusement, très peu de médicaments sont dangereux pendant la grossesse, et c’est surtout le principe de précaution qui conduit à limiter leur usage, au risque parfois de priver une femme enceinte d’un traitement nécessaire et pourtant sans danger. La prochaine chronique abordera le sujet des pictogrammes qui vont être apposés sur les boîtes de 60% des médicaments commercialisés en France.

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