L'enregistrement électrique du coeur, ou électrocardiogramme, est utilisé depuis un siècle pour le diagnostic des maladies cardiaques. C'est un examen indispensable chez un sujet présentant des palpitations ou des douleurs thoraciques, mais est-il utile en dépistage, chez des sujets qui ne se plaignent de rien ?

Cette question importante face au nombre d’électrocardiogrammes systématiques réalisés à l’occasion de check-up, y compris ceux organisés par l'Assurance-Maladie. En France, on ne se pose pas de questions : on part du principe qu’un examen médical est toujours utile, que c'est toujours  mieux que rien.

Pourtant, cela fait des années que j’explique dans cette chronique le danger potentiel de la recherche de maladie chez les gens qui ne se plaignent de rien. Pour l’hypertension artérielle, le cancer du col de l’utérus ou du côlon, y’a pas de débat, il est important de les détecter tôt, avant tout symptôme. Pour d’autres maladies, comme le cancer de la thyroïde ou du pancréas, le dépistage est plus dangereux qu’utile car il fabrique de faux malades. Encore une fois, je parle de gens qui ne présentent aucun symptôme.

Et donc, un organisme américain (l'USPSTF) chargé d’évaluer l’intérêt, la pertinence et les risques éventuels des stratégies médicales s'est penché sur l'électrocardiogramme (ECG). Je suis toujours fasciné par l’intelligence et la rigueur des experts qui travaillent dans cette agence : ils commencent par identifier les bonnes questions, cherchent ensuite les réponses dans la littérature scientifique, proposent une synthèse sur leur site pour ouvrir le débat public, puis rédigent enfin un avis définitif argumenté.

Et la question principale était simple : Existe-t-il des études qui prouvent que la réalisation d’un ECG chez une personne sans symptômes va améliorer son espérance de vie ou diminuer son risque de présenter une maladie de coeur invalidante, tout cela sans lui faire courir de risque intempestif ?

Deux catégories de sujets, deux réponses

L'USPSTF a modulé sa réponse en fonction du profil du candidat à l'ECG de dépistage. Chez un homme ou une femme à faible risque, c'est à dire  qui ne fume pas et ne présente ni diabète, ni hypertension. L’USPSTF constate qu’il est très improbable qu’un ECG de dépistage soit bénéfique, qu’il soit réalisé au repos, ou pendant une épreuve d’effort. Donc, l'USPSTF recommande de ne pas pratiquer d’ECG systématique chez ces sujets à faible risque.

Chez un sujet qui présente un ou plusieurs de ces facteurs de risque cardiovasculaires, l’USPSTF constate que les données disponibles sont insuffisantes pour forger une recommandation et la réponse à la question est donc “on ne sait pas si l'ECG de dépistage est utile ou non”. 

Il toujours difficile d'accepter le doute en médecine ; il est pourtant présent partout. Rien n’est plus rassurant qu’un certitude, mais les certitudes mal étayées sont parfois dangereuses, surtout quand elles concernent la santé. Il faut accepter le doute. Donc, on ne sait pas actuellement chez la pratique d'un ECG de surveillance chez un diabétique ou un fumeur est plus utile que néfaste.

Source :
US Preventive Services Task Force. Screening for Cardiovascular Disease Risk With Electrocardiography. US Preventive Services Task Force Recommendation Statement. JAMA. 2018;319(22):2308–2314. doi:10.1001/jama.2018.6848

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