Retour sur thématique chère à Dominique Dupagne : la confusion entre corrélation et causalité, c'est à dire entre lien statistique et lien de cause à effet, à l'occasion de deux "Statalacons" édifiantes

Il ne faut pas toujours se fier aux statistiques pour en déduire une vérité
Il ne faut pas toujours se fier aux statistiques pour en déduire une vérité © Getty / Petra Toth / EyeEm

Intuitivement, mais à tort, nous avons l’impression que lorsque la fréquence de deux événements augmente parallèlement, l’un est la conséquence de l’autre. C’est parfois vrai, comme par exemple la relation solidement établie entre la consommation de tabac et le risque de cancer du poumon. Mais le plus souvent, c’est à tort que l’on affirme un lien de cause à effet devant une simple corrélation statistique.

Post hoc, ergo propter hoc*

Deux exemples  illustrent ce piège qui guette tous les journalistes, notamment scientifiques.

Le premier  concerne les prisons anglaises, où le tabac vient d’être interdit. Quelques mois après, les aumôniers ont été débordés par les demandes de Bibles de la part des détenus.  L’arrêt du tabac aurait-il fait réfléchir les prisonniers sur l’avenir leur âme ?  C’est la conclusion hâtive et erronée qui pourrait naître de la confusion entre corrélation et causalité, or la raison de cette piété aussi soudaine qu'apparente est toute autre : le papier bible est idéal pour rouler des cigarettes artisanales, et la demande s’est effondrée lorsque les prisons ont commandé des Bibles en papier recyclé, bien plus épais !  

Le deuxième exemple amusant l’est pour une autre raison. La confusion entre corrélation et causalité a été commise sur notre antenne, par moi-même ! Pan sur le bec ! Dans ma chronique du 7 décembre, j’ai décrit une étude d’observation qui montre une corrélation inverse entre la consommation de fromage et le risque d’infarctus, affirmant un peu rapidement que le fromage protégeait le coeur ! Ce raccourci est typique d’une confusion entre corrélation et causalité car il est tout à fait possible que le verre de vin rouge qui accompagne souvent le fromage soit à l'origine de la diminution du risque d’infarctus, ou tout autre élément non identifié que l’on appelle “facteur de confusion”. 

Aveuglé par ma haine de l’hygiénisme, j’ai laissé de côté ma rigueur habituelle. J’aurais dû me contenter de dire à propos de l’étude que j’ai citée, qu’elle ne justifiait pas pas d’interdire le fromage pour éviter l’infarctus. La nuance peut paraître subtile, mais elle est importante. Seule une étude d’intervention, consistant à recommander ou au contraire déconseiller le fromage à deux groupes de volontaires tirés au sort permettrait de parler de causalité et donc de protection en cas de diminution des infarctus dans le groupe incité à consommer du fromage.

* Version latine de corrélation n'est pas causalité, mais sous forme de sophisme, c'est à dire d'affirmation fausse. La traduction littérale serait "après, donc à cause de"

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