Depuis 1993, l’enseignement des sciences humaines est obligatoire pendant la PACES, la première année de faculté commune aux métiers de santé. Cette matière a été ajoutée au cursus scientifique par crainte d’une perte de la dimension humaine et sociale de cet enseignement, indispensable pour de futurs soignants.

Si  le principe d'un tel enseignement est bon, il est très diversement mis en oeuvre. Le site Médiacités a publié la semaine dernière un dossier assez effarant sur l'enseignement des sciences humaines en PACES à la faculté Lyon-Sud. La journaliste Béatrice Kammerer s’est intéressée aux cours dispensés par le vice-doyen, cancérologue réputé et charismatique, dont les prestations sont appréciées par une majorité d’étudiants, alors que d’autres sont choqués par les thèses très personnelles du Pr Gilles Freyer. Son portrait sur Médiacité est peu flatteur.

Ma première réaction a été la méfiance. Je suis bien placé pour savoir ce qu’il en coûte de s’écarter du consensus mou, et s’il y a bien une chose que je déteste, c’est la police de la pensée. Mais Béatrice Kammerer s’est procuré des enregistrements de cours, et j’ai donc pu me faire ma propre opinion.

Une vision très personnelle et contestable de sujets difficiles

J'ai pu malheureusement constater qu'en effet, sous couvert d’enseignement des sciences humaines, le Pr Freyer assène ses opinions personnelles à de jeunes étudiants tout juste sortis du lycée. Certes, chacun est libre de ses opinions, mais cette liberté doit tenir compte du contexte. Enseigner à l’université, surtout dans le cadre d’un concours important, ce n’est pas discuter avec des amis ni donner une conférence à la manière d'un Michel Onfray. Un minimum de neutralité est nécessaire lorsque des sujets polémiques sont abordés.

La mise au ban de "l'universalisme radical"

Voici quelques citations de Gilles Freyer :

L’État cherche à neutraliser la culture commune au profit des droits des groupes minoritaires et d’un universalisme radical, par exemple la dechristianisation des symboles sociétaux (...) Le christianisme est notre culture or il s’agit d’effacer bien entendu nos symboles culturels au sein de notre propre société au profit de l’universalisme et du multiculturalisme.

Outre l'universalisme radical, le vice-doyen fustige une idéologie “diversitaire” qui mènerait à une société du même nom : 

Comment va-t-on éradiquer le racisme ? En niant le fait que les races humaines existent, or les races humaines existent, c’est un fait absolument avéré sur le plan scientifique

Le reste est à l’avenant...

Le Pr Freyer ne donne pas dans la demi-mesure, au point d’avoir fait réagir la ministre de l’enseignement supérieur qui a déclaré avoir saisi en urgence l’inspection générale du ministère. 

Je partage la préoccupation des étudiants de @ANEMF. J’ai décidé de saisir immédiatement l’inspection générale du Ministère afin que toute la lumière soit faite sur ce qu’il s’est passé. J’en tirerai toutes les conclusions nécessaires dans les plus brefs délais. https://t.co/RrHQg7wujm— Frédérique Vidal (@VidalFrederique) 24 mai 2019

Mais qu'est-ce qui est le plus grave ? Les rodomontades d'un enseignant décomplexé, ou le silence de ses collègues ? Comment expliquer la passivité et le silence de Carole Burrillon, la doyenne de la faculté Lyon-Sud, qui ne peut ignorer ce problème déjà ancien. ? Le Pr Freyer dit-il finalement tout haut ce que ses collègues pensent tout bas ?

Si les doyens ne remplissent plus leur mission  éthique, qui pourra protéger les étudiants de ces endoctrinements nauséabonds ?

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.