Chacun d’entre nous peut décider de vivre plus ou moins dangereusement en matière de pratiques amoureuses, de voyages, ou de moyen de transport. En revanche, la santé est un domaine où la prise de risque à titre individuel est souvent interdite par des règlements ou des lois.

Qui décide des risques que l'on peut prendre avec sa santé ?
Qui décide des risques que l'on peut prendre avec sa santé ? © Getty / Hero Images

Je ne vais pas revenir sur l’obligation vaccinale, qui n’est pas un bon exemple car il existe une protection collective pour certains vaccins qui fait que le choix de se vacciner ou non n'est pas exclusivement individuel. En revanche, le port obligatoire de la ceinture de sécurité traduit bien l’irruption de l’Etat dans nos choix personnels et nos prises de risques. Il ne serait pas absurde de s’étonner d’une telle obligation, alors que les réfractaires ne mettent finalement en danger qu’eux-mêmes.

Mais la ceinture évite des milliers de blessures graves et de décès tous les ans, et ce bilan humain et financier (du fait du coût des soins et du handicap) peut justifier cette atteinte à notre liberté. Mais dans le domaine médical, il existe des interdits qui sont plus contestables;

Nous avons parlé la semaine dernière de la prise de boissons ou d’aliments pendant un accouchement qui se prolonge. Les aliments solides restent interdits en France pendant le travail, par crainte du passage d’aliments en cours de digestion dans les poumons en cas de perte de connaissance ou de césarienne en urgence. Or cette complication est tellement rare que les études scientifiques n’ont pas permis de mesurer l’impact de la prise d'aliments solides sur sa survenue. Face à un risque aussi infime, est-ce au médecin ou à la parturiente de décider, en toute connaissance de cause, si son envie de s’alimenter justifie une prise de risque très faible ? 

Agnès Buzyn était interviewée dimanche sur notre radio et sa position vis-à-vis de fléaux sanitaires et de risques autrement plus majeurs est intéressante :

"Quand je présidais l'Institut National du Cancer, j'ai écrit plusieurs tribunes sur le tabac ou sur l'alcool. Je disais toujours la même chose : ce qui compte pour moi, c'est la bonne information - après, les gens sont libres de faire ce qu'ils veulent. Le président a raison quand il dit qu'il ne faut pas emmerder les Français.  [...] Par contre, je pense que le président est d'accord avec moi : faire de la pédagogie et de l'information, ça n'emmerde personne et c'est ma façon de faire de la santé publique".

Je ne sais pas si cette position est sincère ou si elle est seulement destinée à voler au secours du président, mais j’aimerais bien qu’elle soit réellement mise en oeuvre. 

Reste un problème majeur : les juges condamnent encore souvent les médecins qui ont accepté que leurs patients prennent des risques. Une décharge ne suffit pas à les protéger car les magistrats contestent souvent la capacité des patients à prendre des décisions éclairées. C’est donc à mon avis du côté de la Justice qu’il faudrait débuter la pédagogie de la liberté face aux prises de risques individuelles.

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