Une étude américaine très attendue ne confirme pas le caractère cancérigène du glyphosate. Comment arbitrer le débat alors que les nombreuses publications scientifiques concernant cet herbicide obtiennent des résultats discordants ?

Manifestation devant le siège de la Commission Européenne contre le glyphosate - 27/11/17, Bruxelles
Manifestation devant le siège de la Commission Européenne contre le glyphosate - 27/11/17, Bruxelles © AFP / EMMANUEL DUNAND

Pour Nietzsche "le meilleur moyen pour torpiller une juste cause est de la défendre avec de mauvais arguments", et c’est exactement ce qui vient de se passer avec le  glyphosate
Les écologistes se sont fourvoyés en accusant  le glyphosate d’être cancérigène. Ils auraient mieux fait de le combattre pour ses effets environnementaux et sociaux bien réels qui sont, eux, incontestables.

En matière d’études scientifiques, il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes. Pour tenter de valider l’hypothèse d’un lien entre un produit et l’apparition de cancers, un herbicide en l'occurence, il existe plusieurs méthodes.

La plus simple consiste à comparer la fréquence des cancers dans la population exposée au produit, et dans la population générale. Cette méthode est malheureusement peu fiable, car d’autres facteurs que l’herbicide incriminé peuvent modifier le risque de cancer lorsque l'on compare le devenir de populations au modes de vie très différents. Les agriculteurs font d'ailleurs globalement moins de cancers que la population générale, peut-être parce qu’ils ont une vie plus saine.
Pour limite les biais, les chercheurs préfèrent des études rétrospectives dites “cas témoins”. Ils comparent cette fois la fréquence des cancers chez les cultivateurs qui utilisent du glyphosate, et chez des cultivateurs dits “témoins” qui n’en utilisent pas. C’est mieux mais il reste quand même des facteurs d'erreur, surtout si les chercheurs défendent une cause et choisissent les témoins dans l’optique de prouver la validité de leur hypothèse, que ce soit pour innocenter le produit ou pour l'incriminer. Or, pour l’instant, nous n’avions que des données de ce type, et parfois contradictoires, pour appuyer la crainte de cancers liés au glyphosate, d’où l’absence de consensus international.

En quoi cette nouvelle étude est-elle différente ?

L'étude AHS (Agricultural Health Study) est une étude prospective, c’est à dire que les sujets étudiés sont choisis à l’avance et suivis pendant une longue période pendant laquelle les cancers sont comptabilisés au fur et à mesure qu’ils surviennent. C’est le meilleur niveau de fiabilité pour une étude d’observation, car contrairement aux études rétrospectives, les témoins sont choisis avant que les cancers surviennent. Enfin, les auteurs de cette étude sont reconnus par la communauté scientifique et  indépendants des lobbys. L,étude AHS surclasse donc nettement les études précédentes en terme de fiabilité de ses résultats.

Pour contredire les résultats de l'étude AHS, il faudra des travaux du même niveau de fiabilité scientifique. Le CIRC, qui avait classé le glyphosate comme cancérigène probable, annonce une nouvelle publication,  mais il s'agira d'une compilation des études précédentes. Or, même en les additionnant, des études rétrospectives ne font pas le poids face à une grande étude prospective bien menée. À ce jour, il n’existe pas d'éléments solides permettant d'affirmer que le glyphosate est cancérigène. Face aux intérêts économiques considérables qui soutiennent ce produit, Il est temps que les écologistes français se montrent plus rigoureux  et utilisent les bons arguments pour combattre cet herbicide qui ne manque pourtant pas de défauts. Quoique très efficace pour augmenter les rendements agricoles, le glyphosate est une impasse puisque les mauvaises herbes deviennent peu à peu résistantes à cet herbicide. Il s’utilise obligatoirement avec des adjuvants toxiques pour les poissons et les grenouilles et enfin son usage est couplé avec des semences génétiquement modifiées qui doivent être rachetées tous les ans à Monsanto et rendent les agriculteurs totalement dépendants de cette multinationale.  C’est sur ces éléments tangibles qu’il fallait se battre plutôt que d’agiter à tort l’épouvantail du cancer.

Source scientifique

Glyphosate Use and Cancer Incidence in the Agricultural Health Study Gabriella Andreotti Stella Koutros et coll JNCI: Journal of the National Cancer Institute, 9 novembre 2017, https://doi\.org/10\.1093/jnci/djx233  

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.