La presse a largement diffusé une information alarmante sur les conditions d'hygiène des échographies réalisées en introduisant la sonde dans le vagin ou le rectum. Cette alerte sur un risque de contamination est une Fake News qui sert probablement des intérêts commerciaux.

Le faux scandale des sondes d’échographie contaminées
Le faux scandale des sondes d’échographie contaminées © Getty / Ariel Skelley

Le disease mongering est une stratégie marketing de l’industrie pharmaceutique qui consiste à gonfler artificiellement la fréquence ou la gravité d’une maladie pour augmenter ses ventes (voir l'exemple de la NASH). On pourrait traduire mot à mot par “façonnage de maladie”, mais c’est l’expression anglaise qui prévaut en France, alors que c’est notre docteur Knock national qui l’a inventée sous la plume de Jules Romains. Cette pratique ne touche pas que les médicaments : elle concerne désormais tout ce qui est lié à la santé, et nous en avons eu un exemple la semaine dernière avec le retour du mythe des sondes d’échographies qui transmettraient des virus.

Certains spécialistes mettent en doute l'hygiène des sondes

Ce doute est issu d'un rapport de la Société Française d'Hygiène Hospitalière, rapport dont tous les journalistes parlent, mais qui n'est pas public. D’après ces spécialistes, la désinfection des sondes d’échographie endocavitaires, c’est à dire introduites dans le vagin ou dans le rectum, serait insuffisante pour éviter les contaminations d’un patient à l’autre.

La sonde est pourtant protégée par une gaine élastique, sorte de préservatif en plus solide. Cette gaine est changée entre chaque patient et la sonde est également nettoyée avec une lingette antiseptique ; le médecin doit également changer de gants à chaque examen. Pour qu’une contamination ait lieu, il faudrait que des virus présents chez un patient traversent la gaine et contaminent la sonde. Ces virus doivent ensuite survivre à la lingette antiseptique, puis retraverser dans l’autre sens la nouvelle gaine pour contaminer le patient suivant. De véritables champions !

Cet enchaînement est absurde, et heureusement, car sinon, les préservatifs ne nous protégeraient pas du sida, et les chirurgiens ne pourraient plus opérer sans risquer de se contaminer malgré leurs gants.

En fait, tout cela est purement théorique car il n’existe pas contamination avérée. Et lorsque l’on retrouve quelques virus sur une gaine propre, c’est généralement parce que le médecin n’a pas bien suivi le protocole actuel, notamment lorsqu’il a changé de gants. Dans ces conditions, utiliser une désinfection plus poussée de la sonde elle-même n’y changerait strictement rien.

Mais qui a intérêt à faire peur ?

Je ne peux pas porter d’accusation sans preuve, mais la même campagne a eu lieu en 2013, et à l’époque, elle se fondait sur une étude financée par la société Germitec, qui par le plus grand des hasards, commercialise un stérilisateur de sondes à ultraviolets, censé résoudre ce problème.

Même si c’est un remake de 2013, presque tous les médias sont tombés dans le piège et ont répandu une peur injustifiée. Non, il n’existe pas de défaut d’hygiène pour les échographies internes réalisées en respectant les protocoles d'hygiène actuels, comme je l’ai pourtant  lu dans certains titres. Et donc, altérer sans raison valable la confiance des patients dans un examen important n’est pas seulement idiot, mais dangereux. Dans la catégorie fakenews, celles qui impactent la santé sont les plus graves et n’émanent pas toujours de complotistes incultes.

Plus de détails dans ce billet de blog.

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