scènes de crime
scènes de crime © Radio France

C'est à Ecully près de Lyon, qu'a été authentifié l'enregistrement qui a coûté son poste à l'ancien ministre du budget, celui où Jérôme Cahuzac parle de son compte en Suisse. La voix ou l'écriture ne permettent pourtant pas toujours une identification certaine, d'autant qu'elles évoluent au fil de la vie.

Christophe Stécoli est l'un des ingénieurs audio de la police technique et scientifique, au sein du service de l'informatique et des traces technologiques. Parmi lesindices sonores que lui envoient ses collègues enquêteurs, ou les juges d'instruction, il n'y a pas seulement des enregistrements conservés par des particuliers. Souvent, il se penche sur desécoutes téléphoniques (avec des dealers qui s'échangent les portables et utilisent des surnoms), ou comme ici, sur le fruit d'une sonorisation. Des micros ont été placés dans un parloir de prison. Ils ont capté une conversation où il est question d'explosifs. L'un des interlocuteurs envisage de s'en servir. Pour un braquage? Une autre voix l'encourage à la prudence, "c'est dangereux ça mon pote... faut bien avoir le mode d'emploi!"

Les suspects étaient bien identifiés, a priori, mais l'un d'eux niait sa présence, d'où l'expertise audio demandée par le juge. Le résultat a poussé le suspect à changer de version...

Christophe Stécoli commence par « débruiter » l'enregistrement pour le rendre plus audible. Il va lui falloir ensuite un échantillon de la voix du suspect , qu'il va recueillir, dans ce cas, dans le bureau du juge d'instruction. Conversation à bâtons rompus, ou lecture de texte quand la personne est peu loquace, ce qui est fréquent. S'il sent une tentative de dissimulation, l'ingénieur va prolonger l'interview, "caril est difficile de maquiller longtemps sa voix ".

Avec cet enregistrement "propre", l'ingénieur construit unmodèle de voix , qu'un logiciel va comparer à notre indice. Le résultat prend la forme d'un"rapport de vraisemblance" , plus ou moins élevé. L'identification ne peut être certaine, carla voix reste un élément changeant de notre personnalité : elle varie en fonction de l'âge, de l'interlocuteur, du contexte, ou du moment de la journée. Pour Christophe Stécoli, on ne peut donc pas parler "d'empreinte vocale" . Plutôt d'une signature: comme à l'écrit, "quand on signe on ne fait jamais la même signature, celle qu'on fait à 16 ans ou à 30 ans n'est pas la même, mais d'un jour à l'autre on a quand même deux signatures qui se ressemblent."

La police technique et scientifique a aussi des spécialistes en comparaison d'écriture . Chèques falsifiés, lettres anonymes, testaments contestés ou même des affaires de terrorisme. Christelle Badufle , technicien en chef analyse le document pour voir s'il y a eu des rajouts, puis cherche dans le graphisme les constantes qui peuvent trahir son auteur. Un bon technicien doit aussi reconnaître ses limites: travailler sur une photocopie ou avec peu d'éléments de comparaison ne permet pas toujours de faire une expertise probante.

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