Michèle Hernandez, technicienne, et Laurent Pene, chef de l’Identification à l’INPS dans le laboratoire d’Ecully.
Michèle Hernandez, technicienne, et Laurent Pene, chef de l’Identification à l’INPS dans le laboratoire d’Ecully. © Radio France

C'est en Angleterre, en 1987, qu'un criminel fut arrêté pour la première fois grâce à son ADN. Près de trente ans plus tard, l'ADN représente la plus grosse activité des labos de la police. Un vêtement porté, un objet simplement touché peuvent suffire à établir un profil génétique. Et s'il ne correspond à aucun suspect, s'il ne "match" pas avec le fichier national des empreintes génétiques (FNAEG), l'ADN va nous dire à quoi ressemble son propriétaire...

Visite d'un des cinq laboratoires de génétique de l'INPS (Institut national de police scientifique) , à Ecully près de Lyon. Avant d'entrer, chaque visiteur doit se soumettre à un prélèvement buccal, pour établir son profil génétique: il ne sera pas fiché, mais conservé par le labo pour vérification si le visiteur vient à laisser des traces... Ici le contrôle qualité est primordial, la chasse aux contaminations se fait à chaque étape. Un analyste peut utiliser 250 paires de gants jetables dans sa journée.

Ce laboratoire lyonnais reçoit chaque mois près de 3000 dossiers , avec des traces à analyser. Une fois sur dix, l'ADN va permettre d'identifier quelqu'un. Soit en comparant le profil trouvé sur la scène de crime avec celui d'un suspect interpellé. Soit en comparant le profil découvert avec ceux enregistré dans le FNAEG, le fichier national automatisé des empreintes génétiques . Basé également à Ecully et géré par la sous-direction de la police technique et scientifique, le FNAEG comptait au 31 mai 2015 près de 2,9 millions d'individus enregistrés (2 884 133 exactement!), la plupart des auteurs de crimes et délits ou les suspects font aujourd'hui l'objet d'un prélèvement.

Première étape, au labo: Virginie Colas et Anthony Perono, analystes , reçoivent un scellé qui contient un tee-shirt maculé de sang. Celui d'une victime d'agression sexuelle? Ou celui de son agresseur qu'elle aurait blessé, selon le compte-rendu ? A eux d'examiner les projections, pour voir si les tâches proviennent de l'intérieur ou de l'extérieur. Ils feront aussi un "porteur", un profil du propriétaire du vêtement, pour vérifier qu'il appartient bien à la victime, en frottant un écouvillon (une sorte de coton tige) sur le tissu pour prélever des cellules. Quant au sang, conservé dans de bonnes conditions, une découpe de quelques millimètres de tissus suffit à extraire l'ADN. Puis à faire une amplification, et à établir un profil génétique: c'est la tâche d'une autre équipe. "Il nous faut 1,5 nano gramme d'ADN pour avoir un profil génétique" explique Michèle Hernandez, technicienne . La loi oblige à utiliser des segments d'ADN dits "non codants", qui ne contiennent pas d'informations sur les caractéristiques physiques de la personne (hormis le sexe).

Le labo traite ainsi en partie manuellement les traces relevées dans les affaires criminelles . Celles qui proviennent de cambriolages ou de dégradations, ce qu'on appelle la délinquance de masse, sont confiées à un robot, qui industrialise le processus. L'ADN a pris une place croissante au sein de la police scientifique , ce qui a poussé l'INPS à se réorganiser au fil des années explique son directeur, Frédéric Dupuch . Sur 12 millions d'euros de budget de fonctionnement (hors masse salariale), 7 millions sont consacrés à l'ADN. L'INPS traite 400 000 prélèvements chaque année. La qualité des prélèvements effectués sur les scènes d'infraction s'est nettement améliorée, mais plus d'un tiers restent inexploitables: "Il faudrait être plus sélectif" estime Frédéric Dupuch.

Et l'ADN ne remplacera jamais les enquêteurs, car il faut savoir comment il est arrivé sur la scène de crime poursuit Frédéric Dupuch. "L'exemple type c'est celui d'une cagoule trouvée sur les lieux d'un vol à main armée. Souvent dans les cagoules on peut trouver de l'ADN à la hauteur de la bouche. Il est légitime d'aller questionner celui à qui appartient cet ADN. Imaginons qu'il dise qu'il est allé dans un magasin essayer des cagoules parce qu'on est en plein hiver et qu'il avait froid à la tête. Pourquoi pas? Cela peut paraître absurde mais encore faut-il le démonter par les investigations. Autre situation: une enquête pour attouchements sexuels, avec des sécrétions de sperme retrouvées sur les sous-vêtements d'une petite fille. Quand les sécrétions appartiennent au père on se dit qu'il a pu se passer quelque chose. Mais, et l'anecdote est réelle, où est rangé le linge sale? Si l'on se retrouve avec un bac à linge unique dans lequel les sous-vêtements ont été confrontés, on peut très bien avoir une contamination".

Le risque est d'autant plus grand que les traces analysées sont de plus en plus petites . Et si l'ADN trouvé sur la scène de crime ne correspond à aucun suspect, s'il ne "match" pas avec le FNAEG, l'ADN peut désormais nous dire à quoi ressemble l'individu à qui il appartient. C'est ce qu'on appelle le portrait-robot génétique, validé par un arrêt de la cour de cassation du 25 juin 2014. "On a traité quatre affaire depuis le début de l'année relate Laurent Pene, chef de la division identification de la personne à l’INPS . Aujourd'hui on est assez limités dans les caractéristiques qu'on peut analyser: la couleur des yeux, des cheveux, et l'origine "continentale", européenne, Afrique-sub-saharienne, asiatique, Amérique... des individus. Mais on n'en n'est clairement qu'au début. Ce qui était intéressant dans les premières affaires que l'on a faites, c'est qu'il y avait des portraits robots "classiques", faits par des témoins. On sait que sous l'effet du choc, des témoins peuvent donner des descriptions différentes du suspect. Parfois on a confirmé les portraits robots, parfois on les a infirmé". Avec cette nouvelle révolution,la génétique va confirmer sa place centrale en matière de police scientifique .

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