Si l'ADN se taille aujourd'hui la part du lion dans la police scientifique, la technique des empreintes digitales, ancienne et moins couteuse, n’a pas perdu son utilité. En 2014, les empreintes ont permis près de 33 000 identifications, contre 36 500 pour la génétique.

En France, c'est en 1902 qu'un criminel fut pour la première fois arrêté grâce à une empreinte de doigt . Le premier laboratoire de police est créé à Lyon en 1910, par Edmond Locard . Le labo où travaille aujourd’hui le technicienAdrien Juillerat est évidemment bien différent, avec toute une palette de lampes et de procédés chimiques pour révéler des traces de doigts sur des scellés. Comme ce spray bien pratique pour faire apparaître des empreintes sur un objet, même après un séjour dans l’eau.

« Aujourd’hui les seules surfaces qui nous posent encore problème sont les tissus et la peau humaine explique Adrien Juillerat. Après, cela va surtout dépendre des donneurs. » Certaines personnes laissent plus de traces (constituées de sueur et de diverses sécrétions des glandes de la peau) que d’autres.

Adrien Juillerat est passé maître dans l’art d’extraire une empreinte bien cachée, comme sur un pas de vis. Un petit exploit car il faut encore réussir à la photographier correctement, avec l’aide d’un logiciel pour « aplatir » l’image . Les ressources des techniciens sont d’autant plus nécessaires que les malfaiteurs laissent de moins en moins de traces. « La baisse est sensible depuis des années » confirme le commandant Franck Rittener, chef adjoint des unités du FAED (fichier automatisé des empreintes digitales).

En labo ou sur la « plaque opérationnelle », il faut des mois pour exercer ses yeux à la découverte et à l’analyse des empreintes. C’est au siège de la police technique et scientifique, à Ecully , qu’est géré le fichier et que les opérateurs reçoivent les demandes d’identification, pour les empreintes d’un suspect ou celles relevées sur une scène d’infraction.Depuis 2010 les empreintes des paumes de main sont aussi utilisées. Comme sur les doigts , leurs lignes caractéristiques sont acquises pour la vie, dès les six premiers mois du foetus. De vrais jumeaux ont presque le même ADN, mais pas les mêmes empreintes.

Sur les images, les opérateurs notent les ruptures dans ces crêtes papillaires. Un arrêt ou une bifurcation à un endroit donné constitue un point caractéristique, difficile à distinguer pour un œil novice. Douze points similaires, et on est sûr d’avoir la même personne, alors que « les mis en cause prennent un malin plaisir pour ne pas étoffer leur casier judiciaire à changer d’état civil au gré de leur périple de délinquant » note Franck Rittener. Quand l’opérateur interroge le FAED pour voir si sa trace correspond à un individu fiché, le logiciel fait ressortir des candidats potentiels. Mais c’est le policier qui vérifie et recompte les points de convergence pour procéder, ou pas, à une identification. Lors de ma visite le 22 juin, le fichier automatisé des empreintes digitales comptait près de 5,3 millions d’individus enregistrés (plus de 10 000 sont ajoutés chaque semaine).

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