Police judiciaire
Police judiciaire © Max PPP / Max PPP

Pour résoudre les crimes complexes ou les crimes en série, la police judiciaire s'est adjoint les services de psychologues, et va piocher dans les méthodes anglo-saxonnes. Loin des "profilers" vus à la télé, rencontre avec des agents de l'Office central pour la répression des violences aux personnes.

Il avait analysée la dérive suicidaire de Mohamed Merah , et le mensonge de la mère de la petite Fiona, disparue à Clermont-Ferrand. Il n'est ni Madame Soleil et un "profileur" à l'américaine, même si le psychologueFlorent Gathérias veut bien reconnaître une vertu aux séries américaines:"l'avantage des séries télévisées montrant des profileurs c'est ce que cela a donné à la police française l'idée de recruter des gens qui pouvaient faire un travail de cette nature et c'est sans doute les séries qui ont permis d'ouvrir mon poste. .. Le profilage est le début de notre travail, c'est le travail le plus simple mais qui n'est pas le plus fiable, qui consiste à déterminer un profil psychologique en fonction de ce que l'on peut voir sur la scène de crime. Mais ce ne sont que des catégories, et si on ne met pas en lumière la dynamique de l'auteur, pourquoi celui-ci a fait ce qu'il a fait de cette façon-là, on tombera sur des lieux communs. Il faut pouvoir analyser plus profondément et là c'est vraiment le travail de la psycho-criminologie. Par exemple dans une affaire où un homme avait tué un petit garçon, le portrait que j'en avais fait a permis qu'un an après, quand il y a eu des faits de violence qui pouvaient évoquer la première affaire, tout de suite les policiers ont fait le lien grâce au profil. Cette compréhension permet de prioriser des pistes de recherche, d'en écarter d'autres, c'est vraiment une question d'économie et nous sommes là pour cela".

Cela fait six ans que Florent Gathérias travaille pour la police judiciaire à Nanterre, avec désormais deux collègues, au sein de l'OCRVP , l'office central pour la répression des violences aux personnes.L'aide des psys est précieuse pour mener les interrogatoires des suspects, ou recueillir le témoignage de victimes de viols . "Ils nous permettent de tirer le maximum d'informations" reconnait Philippe Guichard, le patron de l'OCRVP.

S'il y a assez peu de tueurs en série en France, il est assez fréquent que des violeurs ou agresseurs sexuels commettent plusieurs actes . Pour détecter ces séries, la police judiciaire a importé un logiciel canadien, SALVAC (système d'analyse des liens de la violence). Le groupe du major Stéphane Fèvre-Courteau effectue une veille sur les affaires en cours dans toute la France. Il sélectionne celles qu'il va entrer dans la base de données, ce qui nécessite de répondre à plus de 150 questions: description de la victime, de l'auteur, les circonstances, le mode opératoire... tout ce qui pourra ensuite permettre des rapprochements. "On cherche à identifier surtout les prédateurs, dans des affaires sexuelles ou d'homicide à caractère sexuel, les enlèvements d'enfants ou les disparitions d'origine criminelle. SALVAC contient aujourd'hui environ 12 000 affaires, que l'analyse va brasser pour essayer de voir s'il y a des points communs". En 2009, le "violeur des stades" qui sévissait à paris et en Seine-Saint-Denis sur de jeunes garçons a été arrêté en partie grâce à ces recoupements. Il était en cavale depuis près d'un an après avoir été condamné pour d'autres agressions sexuelles commises entre 2001 et 2002. C'est l'avantage de la base de données: sur les terrains, les enquêteurs tournent, SALVAC peut faire le lien entre des affaires qui se ressemblent à dix ans d'intervalle, ou qui surviennent dans des régions différentes.

Depuis un an et demi, la police judiciaire a entrepris un nouveau ménage dans ces dossiers criminels non élucidés . "On a pensé qu'il serait utile de recenser l'ensemble des cold case, d'homicides volontaires non prescrits, explique le commissaire Philippe Guichard. On en a récupéré en gros une centaine, dans l'optique dans un premier temps de les intégrer à SALVAC . Dans un second temps on va essayer de récupérer des pièces à convictions, à condition qu'elles aient été conservées dans des conditions correctes dans les greffes des tribunaux, pour tenter des exploitations nouvelles d'analyse génétique. Ce n'est pas évident parce que les dossiers sont anciens, les scellés on n'est pas sûr de les trouver, il faut décider les magistrats, cela coute cher..." Le message a été passé récemment à toutes les directions régionales de la police judiciaires de tenter de retrouver les scellés.

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