scenes de crimes
scenes de crimes © Radio France

Quand les méthodes classiques ne suffisent pas, la police scientifique a d'autres techniques en réserve: la chimie contre les accidents de la route, la science des insectes pour dater un cadavre, ou la génétique pour identifier de vieux ossements... Les experts plus forts qu'à la télé.

Au laboratoire de Marseille , l'enquête rejoint parfois l'Histoire.Ici les experts ont établi que des ossements retrouvés sur l'ile de Riou n'étaient pas ceux d'Antoine de Saint-Exupéry , mais d'un pilote allemand de la deuxième guerre mondiale. L'année dernière, l'ingénieur Alain Stévanovitch et son équipe ont été chargés de retrouver le soldat Gordon, un Canadien enterré par erreur dans un ossuaire allemand, près des plages du Débarquement:"il y a toujours une famille derrière qui attend de récupérer le corps, alors quand la personne a disparu depuis 70 ans... Ils sont très reconnaissants et ce soutien des gens c'est touchant. (…) L'aspect humain est passé au-delà de l'aspect technique." Après l’authentification des restes par l’INPS, saisi par le procureur de la République de Coutances, un transfert solennel du cercueil des Allemands aux Américains a été organisé en marge des commémorations du 6 juin 1944.

Il n'est pas possible ici d'utiliser la méthode courante de l'ADN nucléaire: il n'y en a ni dans les vieux os, ni dans les cheveux. Les experts ont recours à l'ADN mitochondrial : présent dans toutes les cellules, il n'est pas propre à un individu mais à tous les membres de la famille de la même lignée maternelle, et a pu être retrouvé sur des os vieux de 50 000 ans. Cette technique sert régulièrement à identifier des restes découverts en mer, en forêt, ou en montagne lors du dégel au printemps…

Quand il reste de la chair autour des os,l'INPS pratique encore à l'occasion la science des insectes , l'entomologie médico-légale. 48 heures après la mort, les insectes commencent à coloniser le corps, en plusieurs vagues, à commencer par des mouches. Le principe est donc d’identifier les insectes et leur stade de développement pour dater le crime explique Philippe Schaa d, le directeur du laboratoire de Marseille "il y a une première phase sur le terrain, un travail de prélèvement est nécessaire sur le cadavre et dans l'environnement proche (…). Dans une deuxième phase, en labo, les larves vont être élevées en incubateur, on va suivre leur développement et en fonction du type d'insecte, de l'environnement, le suivi de cette évolution et les dates d'éclosion vont permettre de retrouver de manière la plus précise possible la date de décès du cadavre ».

Tout ce qui est petit et difficilement identifiable arrive souvent en section physico-chimie. "On est les Mac Gyver de la police scientifique" plaisante Sandrine Lauper , ingénieure au laboratoire de Lyon. Penchée sur son microscope, elle travaille sur un accident de la route mortel avec délit de fuite. La base de données européenne Eucap permet, à partir d’une trace de peinture, de déterminer le modèle et l’année de fabrication. Le plus petit indice peut en dire beaucoup raconte Sandrine Lauper : «on a eu à analyser un micro fragment qui faisait moins d'un millimètre carré, dans l'épaule d'une personne décédée retrouvée dans un bois. On trouve ce micro fragment au cours de l'autopsie, il était composé de plusieurs couches de peintures domestiques. L'enquête a conduit à suspecter un lieu où avait pu être commis cet assassinat, on a recherché sur tous les montants de porte de cette maison et on a fini par retrouver celui qui contenait exactement la même succession de couches de peintures que la micro trace fichée dans l'épaule de la victime ».

Une enquête qui illustre bien le principe fondateur de la police scientifique, énoncé par Edmond Locard, le créateur du premier laboratoire à Lyon : un malfaiteur laisse toujours des traces sur la scène de crime, ou emporte des indices avec lui...

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