La scène de crime, c’est pour la police technique et scientifique « la mère des batailles ». Relever les bons indices, souvent invisibles à l’œil nu, sans polluer les lieux: une première étape sensible et indispensable pour la suite de l’enquête.

Au siège l'institut de police technique et scientifique à Ecully, près de Lyon, plus de 350 agents viennent chaque année se former sur des scènes d’infraction fictives.

Légende: Le capitaine Franck Cabald, chef du centre national de formation, et Franck Studer, technicien en chef, au siège de la
Légende: Le capitaine Franck Cabald, chef du centre national de formation, et Franck Studer, technicien en chef, au siège de la © Radio France

Un canapé, une table basse, un mannequin allongé au sol, un pistolet et des tâches de sang: une scène d'homicide reconstituée ici à la sous-direction de l'institut de police technique et scientifique à Ecully. Après avoir été briefé par les collègues arrivés en premiers sur les lieux, Franck Studer, technicien en chef, s'équipe de pied en cap pour ne pas polluer la scène: gants, combinaison intégrale, sur-chaussures, et une deuxième paire de gants! C'est dans la pénombre, muni d'une lampe torche, plutôt qu'à la lumière écrasante des plafonniers qu'il va repérer les indices. Il balaye scrupuleusement la pièce, et localise chaque trace ou pièce à conviction avec un cavalier en plastique jaune. Un deuxième passage avec une lampe "handscope", qui permet d'utiliser des longueurs d'onde particulières, fait apparaître des indices invisibles à l'oeil nu, sperme, crachat, ou fibre de vêtement sur le tapis.

Aucun prélèvement ne sera effectué avant d'avoir dressé un plan des lieux et photographié la scène sous tous les angles. Le technicien réalisera ainsi un dossier pour garder la mémoire de la scène, qui servira aux magistrats (pour organiser une reconstitution par exemple) ou lors du procès. Franck Studer procède ensuite au recueil des traces et des indices dans un ordre précis: ici d'abord les résidus de tir, volatils, sur les mains de la victime, puis un prélèvement de sang qui appartient peut-être au meurtrier, ensuite le relevé des empreintes avec la poudre magnétique et le ramassage des éléments balistiques (balles et étuis). Chaque élément est placé sous scellé, prêt à être envoyé au labo.

Une scène de crime sans indices? "C'est très rare" estime Franck Cabald, qui se souvient de ces billets en partie intacts retrouvés sous le tapis de sol d'une voiture incendiée par des braqueurs et presque entièrement fondue... Même si, sous l'influence des séries télévisées comme "Les experts", des délinquants n'hésitent pas à saccager la scène, par exemple en vidant un extincteur sur les lieux d'un cambriolage. "Cela prendra plus de temps mais on trouvera toujours quelque chose" opine Franck Studer.

Encore faut-il que les indices soient exploitables. Il y a deux ans, plus de la moitié des prélèvements biologiques partaient à la poubelle, sans avoir révélé de trace d'ADN (une proportion qui a bien diminué depuis). La faute au matériel utilisé, plus qu'aux policiers de terrain estime aujourd'hui Laurent Pène, chef de la division identification de la personne à l'INPS, l'institut national de la police scientifique. "On a montré qu'en améliorant l'outil de prélèvement qu'on appelle l'écouvillon (une sorte de gros coton tige), on pouvait avoir jusqu'à trois ou quatre fois plus de résultats exploitables. Ensuite il y a la gestion de la scène de crime dans son ensemble. C'est une mentalité à l'anglo-saxonne qui est vraiment de geler les lieux au maximum, et là on a encore un travail de sensibilisation à faire auprès des primo intervenants, les personnes non spécialisées qui interviennent en premier, comme police secours. Il y a une prise de conscience mais il y a encore des améliorations à avoir".

La police technique et scientifique est particulièrement mobilisée sur des événements exceptionnels, catastrophes ou attentats. Frédéric Dupuch, le patron de l'INPS, se souvient de ce mois de janvier 2015: "en l'espace de cinq jours il y a eu plus de 1200 prélèvements génétiques à analyser, toutes les autopsies à assurer, les prélèvements de munition, un travail considérable sans discontinuer nuit et jour, c'est normal. Un profil déterminant a été trouvé en quatre heures à partir d'une cagoule, c'est un élément dont on ne peut que se féliciter!". Sans compter le rapprochement, a priori inattendu, entre le joggeur blessé à Fontenay-aux-Roses et une arme d'Amédy Coulibaly... Depuis hier, la police scientifique travaille aussi sur l'attaque de Saint-Quentin-Fallavier.

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