Carlos Ghosn aurait-il utilisé de l’argent d'une filiale de Renault et de Nissan pour son anniversaire ? C’est une hypothèse qui n’est pas exclue par les premières conclusions d’un audit, encore en cours, effectué par le cabinet Mazars, à la demande de Renault et Nissan.

Carlos Ghosn, le 30 septembre 2016.
Carlos Ghosn, le 30 septembre 2016. © AFP / ERIC PIERMONT

Une enquête de Laetitia Cherel

Selon un audit, Carlos Ghosn aurait fait financer son anniversaire par une filiale de Renault et Nissan.

Le 9 mars 2014, Carlos Ghosn organise au château de Versailles une fastueuse soirée avec visite des appartements royaux, banquet signé par le chef Alain Ducasse et grand feu d’artifice. Officiellement, il s’agit de célébrer les 15 ans de l’Alliance Renault-Nissan, créée en 1999. 

On trouve peu de traces de cette fête dans la presse française, mais une chroniqueuse du quotidien libanais L'Orient-Le Jour en a fait une description détaillée dans son article Le roi de l’auto à Versailles.

La facture de cet évènement autour des 15 ans de l’Alliance serait de 634 000 euros, incluant la location de la galerie des Batailles et le salon d'Hercule. Elle est réglée par RNBV, la filiale de Renault et Nissan basée aux Pays-Bas. 

Seulement deux membres de l'Alliance présents

Mais plusieurs éléments permettent de douter du caractère strictement professionnel de la soirée. Il y a tout d’abord la date du 9 mars, qui correspond précisément aux 60 ans de Carlos Ghosn. L’Alliance, elle, a été créée le 27 mars 1999. 

Mais c’est surtout la liste des invités qui pose question. Sur 200 invités, seuls deux membres de l’Alliance Renault-Nissan sont présents, à l’exception de deux personnes, la cheffe de cabinet de Carlos Ghosn et le responsable de la communication de l’Alliance. "Les invités présents étaient principalement des relations de Carlos Ghosn, des hommes politiques qu'il a croisés au fil de sa vie, comme Cherry et Tony Blair, relève Clément Lacombe, journaliste économique à L'Obs qui s’est procuré la liste des invités. Il avait aussi envoyé une invitation à un des patrons de l'université de Stanford où ses quatre enfants ont fait leurs études. Il y avait aussi la belle-mère de Carlos Ghosn, ses enfants, ceux de son épouse, la personne qui produit du vin au Liban avec lui, ou encore le proviseur du lycée où Carlos Ghosn a étudié."

"La grande fête, c'était vraiment à Versailles"

Les dirigeants (actuels et anciens) de Renault que nous avons contactés nous ont tous confirmé qu’ils n’avaient pas été invités à la soirée. L’un d’eux a accepté de nous parler sous couvert d’anonymat. "Si on fait un anniversaire de l'Alliance, il y a des invités naturels qui sont les membres du directoire de l'Alliance, et son créateur, Louis Schweitzer, explique-t-il, persuadé qu'il s’agit bien d’une fête privée payée par l’entreprise. Si ces membres ne sont pas conviés, c'est que l'évènement majeur n'était probablement pas l'anniversaire de l'Alliance, mais bien l'anniversaire de Carlos Ghosn."

Contactés, le service de communication de Renault, l'avocat de Carlos Ghosn, Maître Le Borgne, et sa conseillère personnelle en communication, Anne Méaux, n'ont pas répondu à nos questions sur ce point. 

D'après l’entourage de Carlos Ghosn, "cela ne leur semble pas anormal d'avoir quelques invités personnels à ce genre de soirée, explique Clément Lacombe, qui avait pu les joindre en février 2019. Ils disent qu'il y a eu une vraie fête d'anniversaire pour Carlos Ghosn le lendemain de Versailles, au Palais de Tokyo. Mais je sais qu'il n'y avait qu'un très petit nombre de personnes le lendemain. La grande fête, c'était vraiment à Versailles."

Une autre soirée au château de Versailles, organisée pour le mariage de Carlos Ghosn en octobre 2016, pose question. Le parquet de Nanterre a ouvert une enquête.

"De graves déficiences"

Au-delà de ces soirées, les interrogations portent sur le fonctionnement des filiales néerlandaises gérées par Carlos Ghosn. "Les conseils d’administration de Renault et Nissan n’étaient pas vraiment informés de ce qui se passait dans ces holdings néerlandaises, explique Loïc Dessaint, directeur du cabinet de conseil Proxinvest. Carlos Ghosn en a détourné l’objet initial pour en faire des sortes de boîtes noires dans lesquelles tout pouvait se passer et on ne contrôlait plus rien."

Renault a confirmé, le 3 avril 2019, dans un communiqué, que RNBV, la filiale de Renault-Nissan aux Pays-Bas, soulève "de sérieux questionnements concernant des dépenses susceptibles de se monter à de plusieurs millions d'euros depuis 2010". Le constructeur automobile ajoute que "de graves déficiences au plan de la transparence financière et des procédures de contrôle des dépenses", sont apparues dans l’audit en cours sur RNBV.

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