Quarante-cinq journalistes de 18 médias internationaux ont repris collectivement les enquêtes de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia, assassinée le 16 octobre 2017. Argent douteux, vente trouble de passeports, corruption : retour sur une semaine de révélations.

The Daphne Project : "Ils ont tué la journaliste. Pas ses enquêtes"
The Daphne Project : "Ils ont tué la journaliste. Pas ses enquêtes" © Radio France / Forbidden stories

Six mois après l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia, qui dénonçait l’argent sale dans cet archipel membre de l’Union européenne, une vingtaine de médias internationaux du collectif Forbidden Stories ont repris toutes ses enquêtes à travers le Projet Daphne, dont Sylvain Tronchet de la cellule investigation de Radio France. Qui était cette journaliste ? Sur quels dossiers sensibles travaillait-elle ?

Les affaires maltaises au cœur des investigations de Daphné Caruana Galizia

Tuée le 16 octobre 2017 par une bombe cachée sous sa voiture, Daphné Caruana Galizia était une figure centrale du journalisme à Malte depuis 30 ans. Affaires de corruption, blanchiment, trafics : elle publie sur son blog de nombreuses affaires qui inquiètent jusqu'au plus haut sommet de l'État. "C’était la seule qui enquêtait sur les sujets sensibles" raconte son fils. 

Qui sont les personnages clés de ses enquêtes ? Comment son assassinat a-t-il été organisé ?

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La Pilatus Bank, de l'argent douteux au sein de l'Union européenne

Une banque suspecte a permis l’entrée en Europe de capitaux liés à la dictature azerbaïdjanaise. Une partie d’entre eux a servi à acheter des entreprises en France. 

Comment une fabrique de haute porcelaine de Limoges, un vénérable atelier de linge de maison de luxe de Cambrai et un fabriquant de figurines de Neufchâtel-en-Bray ont-ils pu tomber dans l’escarcelle d’une famille d’oligarques parmi les plus puissantes d’Azerbaïdjan, sans que personne – ou presque - ne le sache ?

► LIRE | Des entreprises françaises sous contrôle d'oligarques azerbaïdjanais via le paravent maltais

1,2 million d'euros pour acheter un passeport maltais

Depuis 2014, le gouvernement a mis en place un programme qui permet à de riches investisseurs de s’offrir un passeport maltais. Corruption, fraude fiscale, domiciles fictifs, les dérives s’accumulent.

Pour devenir citoyen maltais, il faut d’abord remplir une condition : être riche. Le postulant au programme doit verser 650 000 € à l’État, auxquels s’ajoutent l’achat d’une résidence et des investissements locaux à effectuer. Au total, devenir Maltais coûte environ 1,2 million d’euros pour ceux qui sont sélectionnés. Qui sont les heureux bénéficiaires de ce programme très particulier ?

► LIRE | Quand Russes et Chinois se paient un passeport européen, à Malte, pour un million d’euros

Comment réagit l’Union européenne face au gouvernement maltais ?

Après les révélations du Projet Daphné, les journalistes du collectif Forbidden Stories ont interrogé la Commission européenne. Le commissaire chargé de l’état de droit, Frans Timmermans, a refusé de répondre.

Une équipe de France Télévisions s’est glissée dans une conférence de presse pour lui demander si la Commission comptait prendre des sanctions contre Malte. "La Commission suit de près la situation à Malte, ce n'est certainement pas une chose que nous ignorons, répond Franck Timmermens. Il n'y a pas d'éléments pour justifier des sanctions, mais nous surveillons ce dossier, et si nous considérons qu'il y a des éléments, nous n'hésiterons à proposer des sanctions." Le commissaire européen chargé de l’état de droit botte donc en touche.

Le Premier ministre maltais Joseph Muscat semble exercer l'art d'esquiver les demandes d'explication formulée par l'Union européenne. Lorsque la commission d’enquête sur les Panama Papers a voulu l’entendre, il ne s'est pas rendu à la convocation. De même lorsque le Parlement européen a organisé un débat sur l’état de droit à Malte, 11 jours après la mort de Daphné Caruana Galizia, Joseph Muscat était... à Dubaï en train de faire la promotion du programme de vente de passeports maltais.

Le 14 juin 2017, devant le Parlement européen, alors que Malte présidait l’Union européenne, Werner Langen, le président allemand de la commission d’enquête sur les Panama Papers, a l’occasion de dire au Premier ministre maltais ce qu’il pense de son attitude. Un long coup de colère durant lequel Joseph Muscat n’a cessé de ricaner. Soutenu par certains membres de la Commission européenne (notamment Frans Timmermans et Jean-Claude Juncker), le Premier ministre maltais est pourtant loin de faire l'unanimité au sein du Parlement. 

Ils finiront par tomber, comme des dominos.

Tous ces dossiers de corruption, de blanchiment sur lesquels travaillait Daphne Caruana Galizia vont-ils être enterrés ? Malgré la sensibilité de ces sujets, des magistrats sont à l'oeuvre sur l'archipel de Malte pour tenter d'y voir plus clair. La pression internationale est intense. Le directeur de la Pilatus Bank, l’Iranien Ali Sadr, a été arrêté début 2018 aux Etats-Unis. Incarcéré, il est soupçonné d’avoir tenté de contourner l’embargo sur l’Iran. Il risque 125 ans de prison.

"A Malte, un proverbe dit que l'huile finit toujours par remonter à la surface de l'eau." Jonathan Feris, l’ancien policier limogé de l’agence anti-blanchiment au moment où il enquêtait sur le gouvernement maltais, pense que cette histoire est loin d’être finie. "Cela va finir par leur arriver. Il peuvent garder le secret pendant des années mais _tout ça sortira_, forcément. Ils finiront par tomber, comme des dominos."

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