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Droit de suite

« Bernard Laroche est innocent »

A lors qu’il prend sa retraite de la magistrature, Jean-Michel Lambert, juge d’instruction de l’affaire Grégory, qui sort un livre confession la semaine prochaine, affirme dans notre interview que «Bernard Laroche est innocent » et qu’il « éprouve un fort sentiment de culpabilité » pour l’avoir inculpé d’assassinat et l’avoir maintenu en détention pendant trois mois à l’automne 1984.

L’affaire du petit Grégory est l’une des plus grandes énigmes criminelles de l’après-guerre. Le 16 octobre 1984, Grégory Villemin, 4 ans, avait été retrouvé noyé pieds et poings liés dans la Vologne (Vosges). Bernard Laroche, un cousin du père de Grégory Villemin, avait été inculpé pour assassinat quelques jours plus tard. Placé en détention provisoire, il est finalement libéré le 4 février 1985.

Le 29 mars 1985, Jean-Marie Villemin convaincu cependant de la culpabilité de Bernard Laroche l’abat d’un coup de fusil. Il sera condamné pour ce crime à cinq ans d’emprisonnement dont un avec sursis. L’affaire Grégory, qui a connu un très fort retentissement médiatique, n’a jamais été élucidée. Un temps soupçonnée, la mère du petit Grégory a été innocentée.

A l’époque de l’instruction, le magistrat Jean-Michel Lambert, jeune et inexpérimenté, avait été très critiqué pour la gestion de ce dossier. Dans son ouvrage « De combien d’injustices suis-je coupable ? », qui sortira jeudi prochain, le 4 septembre, il avoue ne jamais s’être remis de cette affaire, regretter profondément la culpabilité qui pèse encore sur Bernard Laroche et avoir été « l’un des artisans de cette abjection ».

L'enquête

Tour Montparnasse : Autopsie d’un chantier infernal

par Sara Ghibaudo

Diagnostics douteux, désorganisation, copropriété ingouvernable : la justice se penche depuis près d’un an sur le désamiantage de la Tour. Des bureaux se vident, une centaine de salariés se constituent partie civile, et l’ancien expert du syndic l’affirme : les copropriétaires n’ont pas voulu choisir la sécurité.

La tour Montparnasse depuis la rue Rousselet
La tour Montparnasse depuis la rue Rousselet © Traumrune

« Un problème de confiance »

La Tour Montparnasse, certains veulent surtout la quitter. En un peu plus d’un an, depuis les départs spectaculaires d’Amundi en juin 2013 (510 salariés) et du Conseil Régional d’Ile de France en janvier 2014 (200 salariés), la tour s’est vidée de près de 800 personnes. Mais une école supérieure d’informatique est venue s’y installer, et le syndic, ICADE, assure qu’environ 4000 personnes y travaillent toujours. L’APEC, l’agence pour l’emploi des cadres, qui occupe une partie du cinquième étage, cherche de nouveaux bureaux. Avec le syndic, la confiance est rompue depuis que les 35 occupants ont découvert qu’il y avait eu une pollution dans leur salle de détente, en novembre 2010, et qu’ils n’en n’avaient pas été informés. Pour Christophe Cailleau, délégué CFDT et secrétaire du CHSCT (comité hygiène, de sécurité et des conditions de travail)

« Cela pose un vrai problème de confiance. Il y a le principe de précaution, c’est-à-dire qu’on n’a aucune garantie que les problèmes d’amiante seront réglés à terme. Tant que les locaux sont occupés, on voit bien que les problèmes n’ont pas été solutionnés depuis le début des travaux, on découvre en janvier dans un rapport d’expertise que finalement les fuites d’amiante passaient par les canalisations, les systèmes de ventilation… On n’a aucune garantie que cela ne se reproduise pas. »

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Autre mauvaise surprise : le désamiantage des locaux, réalisé juste avant l’installation de l’APEC il y a sept ans, n’a pas été complet : « le bailleur et l’APEC ont fait chacun leur expertise. On a un rapport d’expertise en bonne et due forme qui nous dit que l’étage a été désamianté. On a fait refaire des contrôles, fin décembre 2013 début janvier 2014, et il est apparu qu’il y avait des résidus d’amiante à notre étage ».

Au restaurant de la terrasse d'observation de la tour Montparnasse
Au restaurant de la terrasse d'observation de la tour Montparnasse © Wing

. L’exemple est loin d’être isolé : entre deux contrôleurs appelés à la fin d’un chantier de désamiantage, l’un va mentionner qu’il reste des bandes d’enduit difficiles à retirer, quand l’autre va jeter un voile pudique sur ces « résidus », comme l’a dénoncé au début de l’année l’expert André Jacq, appelé à la rescousse par la préfecture.

Le taux d’empoussièrement est régulièrement mesuré dans la tour, ce qui fait dire au contrôleur de sécurité de la CRAMIF (la Caisse régionale d’assurance maladie d’Ile de France), que le scandale a éclaté« parce que dans la Tour on avait des thermomètres, ce qui n’est pas le cas partout ». Pourtant l’inspection du travail estime que« la fréquence des analyses effectuées par le syndic n’a pas permis de déceler l’ensemble des pollutions qui ont pu avoir lieu au sein de la tour ». Certaines sociétés occupantes, s’estimant mal informées par le syndic ou conscientes de leur éventuelle responsabilité pénale, commandent leurs propres analyses (c’était le cas du Conseil Régional qui avait seul donné l’alerte au 48ème étage en novembre 2012).

Le manque de transparence, c’est ce que Suzel Pouch, déléguée CGT du groupe Amundi (filiale du Crédit Agricole) n’a eu de cesse de dénoncer pendant les deux ans qu’elle a passés dans la tour. Le risque amiante, elle l’a découvert un matin d’août 2012 :

« subitement au milieu des salariés assis derrière leurs ordinateurs, ont débarqué des ouvriers en combinaison étanches venus changer les filtres des convecteurs sous les fenêtres, devant nos bureaux. J’ai dit moi je ne reste pas là ! Pourquoi ont-ils des masques et pas nous ?». Son témoignage illustre le désordre ou le relâchement qui règne parfois au niveau des opérations de maintenance. Les consignes sont pourtant claires: changer les filtres possiblement contaminés doit se faire la nuit, climatisation éteinte, les bureaux vides.__ Le 27 juin 2013, Suzel Pouch fait jouer son droit de retrait suite à un dépassement de seuil à son étage. Le lendemain le groupe financier décide d’évacuer ses 510 salariés. Pendant un an, les salariés sont exilés à une trentaine de km, dans les Yvelines, des navettes mises à disposition. La réinstallation définitive vient de commencer, dans le quartier Montparnasse. Ce grand déménagement n’a pas été du goût de tout le monde :

« Les salariés ça été terrible parce qu’ils sont dans le déni vis-à-vis du danger de l’amiante. Beaucoup voulaient revenir dans la tour ! et puis il y a le problème de la continuité des baux : pendant qu’on évacue, on continue à payer le loyer. Un million d’euros par étage, nous on avait cinq étages c’était quand même un budget énorme. Après il faut pouvoir se reloger ailleurs, et pouvoir assurer la continuité ».

L’APEC peine à trouver de nouveaux locaux, proches de la gare et… désamiantés. Certaines sociétés, comme le conseil de l’ordre des architectes, ont passé un accord avec leurs salariés sur le mode : on cherche une solution de repli, et s’il y a une nouvelle pollution, on évacue.

Pour les cols blancs qui ont pu être exposés ponctuellement à des poussières d’amiante, le risque est très faible et les maladies éventuelles n’apparaîtront pas avant des années. Les plus exposés sont les agents de l’entretien, de la sécurité, qui travaillent dans les sous-sols (où l’amiante était ou est encore directement accessible). Le refus de la copropriété de désamianter un atelier au 6ème sous-sol a suscité de la colère et accéléré les procédures judiciaires : 96 salariés se sont constitués partie civile dans l’instruction en cours.

« Évacuer la Tour c’était le plus raisonnable »

Les poussières d’amiante semblent pourtant retombées depuis l’intervention de la préfecture, en août 2013, et l’arrêt des travaux de désamiantage, que les copropriétaires n’envisagent pas de reprendre avant l’année prochaine. Pour certains experts, c’est la preuve que le désamiantage était bien à l’origine de la plupart des pollutions. Pour d’autres, c’est aussi la démonstration qu’on ne peut pas mener un tel chantier en site occupé, même si André Jacq, mandaté par la préfecture en 2013 et aujourd’hui au service de la copropriété, a laissé cette possibilité ouverte.

Les premiers repérages et retraits d’amiante partiels commencent dans la Tour après la première réglementation sanitaire de 1996. Celle-ci concerne les flocages et calorifugeages, mais pas les enduits avec du plâtre comme le progypsol, majoritairement présent dans la tour. En 2001 la réglementation est renforcée, un nouveau repérage est entrepris, et permet cette fois de prendre la mesure du problème : l’enduit garanti sans risque lors de la construction est partout dans les étages. « La Tour Montparnasse est truffée d’amiante » révèle le Journal du Dimanche en mars 2005. Il va falloir se préparer à l’enlever, et en attendant sécuriser les travaux de maintenance : plus possible de percer un trou dans une cloison ou de changer un néon sans mesures de sécurité adéquates. C’est la mission confiée notamment à Alain Carrey, expert appelé par le syndic Adyal Cogetom (présent depuis la construction) en juillet 2004. Le ton monte rapidement entre les copropriétaires, le syndic, le diagnostiqueur, et même l’expert qui démissionne le 23 mai 2006. A l’époque, plusieurs scenarii sont envisagés, de l’évacuation totale pour un relifting complet en trois ans à un désamiantage sur dix ans, en coupant la tour en quatre, alternative déjà jugé plus dangereuse. Pour Alain Carrey, désamianter étage par étage, au gré des différents propriétaires était aberrant :

« Soit on évacuait totalement la tour, c’était le plus raisonnable, soit on l’évacuait en parties, parce que la tour est composée de plusieurs tours l’une sur l’autre (ce qui permet de créer des compartiments étanches). Dans la tour vous aviez de l’amiante en façade : vous ne pouvez pas décontaminer une tour sans traiter les problèmes d’amiante en façade. Il y a des vents énormes, surtout l’étanchéité des façades c’est un vrai problème, il y avait un risque de propagation de fibres par les façades. C’est sûr que quand vous faites un budget de traitement de l’amiante, si elle doit être vide, et je pense que cela aurait dû être le cas de cette tour Montparnasse, il faut prendre en compte les pertes pendant la période mais c’est un investissement.

A la Défense les tours n’ont pas été vidées ?

Si ! en deux fois ou trois fois c’est le cas de Winterthur, le Gan a été vidé à 100%, la tour Horizon, la tour Périsud, ont été vidées à 100% ! A l’époque je m’occupais de tours à La Défense, cela s’est toujours très bien passé.

On s’est rendu compte récemment que l’amiante s’était propagée par les gaines de désenfumage, c’est une éventualité que vous n’aviez pas envisagée ?

Si bien sûr : les gaines de désenfumage, les gaines d’ascenseur aussi qui sont des pompes d’aspiration de fibres d’amiante. Tout cela était connu et détaillé en 2005. Le schéma directeur n’a jamais été suivi, et la volonté de certains copropriétaires c’était de dire bon, puisque nous avons déposé une demande de prorogation au préfet, puisque toutes les études ont été faites, maintenant moins on en dépense mieux on se porte. Le syndic a été changé, et puis moi quelque mois après aussi, cela ne les intéressait plus d’avoir un expert qui était sur place, qui pouvait redresser la situation et exiger le respect de ce qu’on avait écrit à la DDASS (direction départementale des affaires sanitaires et sociales) et au préfet. Je n’avais pas les moyens pour finir ma mission, j’ai démissionné. Après ils ont cherché un autre expert qui est resté trois mois et qui a démissionné aussi.

Il y a quelque chose qui ne va pas dans cette tour : il y a d’abord trop de copropriétaires. Vous avez des institutionnels qui auraient bien suivi le schéma directeur, vous avez des petits copropriétaires qui ont un ou deux bureaux, qu’ils louent, et qui sont des rentes. Et puis vous avez le restaurant au dernier étage, celui qui faisait le plus de bruit : c’est la seule activité qui rapporte énormément d’argent à la tour Montparnasse, et le problème c’était l’accès au dernier étage. Je peux les comprendre d’un point de vue économique, mais il faut savoir juger entre l’économie, la sécurité, la mise en danger. Moi je sors du nucléaire, du pétrôle, j’étais à cette époque expert judiciaire, lorsque l’on fait des analyses de risques il faut suivre absolument les procédures qui ont été mises en place si vous ne les suivez pas vous prenez tous les risques. Un chantier d’amiante il ne faut pas le faire traîner, sur une tour cela dure deux ans-deux ans et demi. Cela aurait pu être fini en 2009, on n’en parlerait plus et on aurait une très belle tour ! »

La tour Montparnasse, qui se glorifiait d’être la plus haute d’Europe, fut ainsi détrônée en 2011 par sa petite sœur, l’ancienne tour AXA de La Défense : inaugurée en 1974, rebaptisée First après quatre ans de travaux, elle subit d’abord un désamiantage intégral, suivi d’une réhabilitation, d’un relooking en façade et d’un rehaussement de 80 mètres ! Un chantier considéré comme inconcevable à Montparnasse, par les copropriétaires comme par les pouvoirs publics, qui ont tardé à réagir. Par deux fois, en 2006 et en 2009, la préfecture de Paris accorde une prorogation des travaux de trois ans. En 2013 l’inspection du travail juge a posteriori que « la répétition des dépassements aurait dû conduire les propriétaires à faire évacuer les locaux ».

La tour Montparnasse (depuis la tour Eiffel) 16 août 2006
La tour Montparnasse (depuis la tour Eiffel) 16 août 2006 © Russavia

Désorganisation à tous les étages

De son côté l’Andeva, l’association nationale des victimes de l’amiante, décerne aux copropriétaires de la Tour Montparnasse « le prix de l’imprévoyance et de l’irresponsabilité ». Pour son vice-président Michel Parigot, on n’en est plus aux « dépassements ponctuels »

« Quand on a des dizaines de dépassements de seuil par an, c’est nécessairement une problème d’organisation. La plupart de ces dépassements on n’est même pas capable d’en trouver les causes exactes. Le problème c’est donc celui d’une conception générale, non pas seulement des travaux de désamiantage, mais aussi de tous les travaux de maintenance dans le bâtiment. Il fallait évacuer cette tour pour le faire, quand les décisions ont été prises en 2005-2006 on le savait, il y a eu un choix de ne pas le faire et là il y a des responsabilités énormes. De plus, en site occupé on n’arrive pas à enlever l’amiante complètement, et donc il va falloir recommencer, et probablement recommencer en vidant la tour ! Ce calcul purement financier qui a été fait, et que je trouve scandaleux, va se révéler une erreur ».

Dans son rapport du 29 janvier 2014, l’expert André Jacq préconise « la définition d’une stratégie et d’une planification de travaux de désamiantage globale » ainsi qu’une « organisation pérenne de la prévention du risque amiante » . Il serait temps ! « Chaque copropriétaire prenait en charge son étage, recrutait un maître d’œuvre, et gérait comme s’il était tout seul » raconte un cadre de l’ensemble immobilier sous couvert de l’anonymat, qui prend soin désormais de faire viser tous les ordres de travaux par sa direction. Les circulations d’air via les gaines de désenfumage ou même les ascenseurs ont transporté les fibres d’amiante dégagées par les travaux d’un étage à l’autre. Un premier rapport de l’expert Gilbert Cerf, le 24 janvier, sur la pollution via les gaines de désenfumage conclut à une « insuffisance de l’analyse de risque dans l’environnement du chantier tant dans la conception que dans la réalisation ».

Mais les travaux de désamiantage ne sont pas la seule source de pollution possible : André Jacq identifie d’autres situations dangereuses, comme la présence à certains endroits d’enduit dégradé et non répertorié, ou l’absence d’étanchéité des chantiers. La copropriété a aussi porté plainte pour un acte de malveillance.

Ingérable copropriété

Quant aux organismes de contrôles, ils semblent avoir été malgré eux dépassés. « L’ensemble des outils à disposition des agents de contrôle ont été utilisés » se justifient le 28 janvier 2013 les inspectrices du travail dans une note à leur hiérarchie, pour mieux souligner que leur action a atteint ses limites. Elles ont fait beaucoup de pédagogie auprès des occupants de la Tour. Des entreprises parfois conscientes du risque : en décembre 2012, après plusieurs alertes au 57ème étage, une entreprise qui effectue des travaux d’électricité fait jouer son droit de retrait auprès du syndic. Parfois beaucoup moins, comme le Conseil national de l’ordre des architectes qu’il faut rappeler à l’ordre en novembre 2012, car il a rouvert ses bureaux sans vérifier si les poussières s’étaient bien dissipées. L’inspection du travail fait poursuivre une entreprise de désamiantage au pénal, et assigne en référé le restaurant collectif pollué par le passage de déchets amiantés, pour obtenir une isolation étanche. Quand la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte ) ordonne aux copropriétaires de mettre en place des « délégués de site » pour mieux informer les représentants des personnels, le conseil syndical refuse et saisit la justice, au motif qu’il n’a pas à se mêler des rapports entre employeurs et salariés. Les contrôleurs auraient-ils dû frapper plus fort, plus vite ? Hervé Clermont, le contrôleur de sécurité (présent sur le site depuis 1995) et aujourd’hui référent amiante de la CRAMIF (Caisse régionale d’assurance maladie d’Ile de France) estime qu’ils n’en avaient pas les moyens.

« Le fait que ce choix une copropriété a tout de suite complexifié les chantiers, ne serait-ce qu’en ayant à certains moments un chantier à un étage impliquant différents propriétaires. Les intérêts de chacun étaient tellement divergents que cela a posé un réel problème de gestion de l’amiante sur le site.

Est-ce qu’il fallait évacuer la tour ?

Cela aurait été moins couteux, plus facile et beaucoup plus sûr, c’est certain. A diverses étapes on s’est posé la question avec l’inspection du travail de si on pouvait l’imposer, et comment l’imposer, mais on n’en a jamais eu les moyens, les moyens juridiques.

Nous à la Sécu quand on fait des recommandations on les fait pour un employeur par rapport à ses salariés. On n’a pas d’outils et de moyens par rapport au donneur d’ordre. Autant quand on a un grand établissement d’assurance ou de banque propriétaire d’un immeuble on arrive à lui dire qu’il ne peut pas faire courir de risques aux salariés dans ses locaux, si c’est un propriétaire on arrive assez facilement à le convaincre que les occupants pourront se retourner contre lui et que sa responsabilité est engagée, autant dans le cadre d’une copropriété les gens se sentent dédouanés par le fait de décisions collectives et que personne n’ira chercher les 200 copropriétaires de Montparnasse par rapport à une pollution dans les sous-sols. »

Pour l’inspection du travail, les copropriétaires ont commis une « violation manifestement délibérée » de leur obligation de sécurité, d’autant qu’elle les avait alerté plusieurs fois. Le 16 juin dernier, le syndic, Icade Property Management, a été entendu par les juges d’instruction sous le statut de témoin assisté, intermédiaire entre celui de témoin et de mis en examen.

Jean-Pierre Versini, l’avocat des copropriétaires, maintient qu’il n’y a pas de danger parce que la Tour est aussi hyper contrôlée :

« La Tour est probablement le bâtiment au monde qui est le plus contrôlé quant à la pollution à l’amiante. 72 dépassements sur quatre ans, au milieu de 16 000 contrôles, on est vraiment dans l’épaisseur du trait ! L’inspection du travail part du principe que la Tour aurait dû être évacuée, c’est parfaitement inenvisageable pour une raison simple : les locataires sont chez eux ! Si les pouvoirs publics ne prennent pas un arrêté de péril, le propriétaire n’a juridiquement aucun moyen de dire à ses locataires voulez-vous partir non pas pour dix jours mais pour un an et quitter l’immeuble. On n’a jamais dépensé autant d’argent pour un désamiantage, c’est un immeuble symbole. Est-ce que ça n’aurait pas été moins cher de vider la tour ? Peut-être, mais ce n’est pas juridiquement et techniquement possible. »

Pour la copropriété, s’il y a des responsabilités à rechercher ce serait plutôt du côté des responsables des chantiers (désamianteur ou maître d’œuvre).

Aujourd’hui, une grande partie de l’amiante a été enlevée, mais souvent pas complètement : parfois ce sont les cables électriques et les canalisations d’eau qui la rendent inaccessible, parfois il n’y pas de solution technique pour désamianter en maintenant la tour en activité (gaine de désenfumage). L’expert de la copropriété, André Jacq, estime qu’il vaut mieux protéger et laisser en place l’amiante en bon état. Il prédit aussi que « le désamiantage total du site nécessitera encore des années » , d’autant que le nouvel arrêté préfectoral du 15 mai impose des mesures de mise en sécurité drastiques, qu’Icade assure appliquer scrupuleusement. Pour Me Jean-Pierre Versini,

« Toute l’amiante dégradée a été enlevée à 100%, depuis des années. Les 56 plateaux sont désamiantés. Il reste peut-être de l’amiante qui ne présente aucun risque. Dans la tour il reste environ 2% à désamianter, dans les escaliers de secours notamment. Les travaux sont actuellement arrêtés mais ils reprendront sur la base des préconisations des pouvoirs publics en 2015 ».

Pour Hervé Clermont, de la CRAMIF, c’est un peu la Tour qui cache la forêt : le gros du travail sur l’amiante est encore devant nous :

« En 1996 on estimait qu’on avait vingt à trente ans de boulot sur l’amiante, aujourd’hui en 2014 on pense qu’on en a encore pour quarante à cinquante de travail pour effectuer le désamiantage. Il y a eu beaucoup plus d’amiante déposée qu’on ne le pensait, y compris dans les immeubles d’habitation. Désamianter un immeuble peut revenir plus cher qu’en construire un neuf. Vous avez des bailleurs qui disent aux décideurs : je construits du neuf, je mure, et je vous laisse une friche foncière amiantée au milieu de la commune. On est vraiment sur un tournant du regard que les grands propriétaires immobiliers ont vis-à-vis de leur parc et de la problématique amiante. »

L’enjeu pour la Tour Montparnasse c’est aussi de ne pas manquer son rendez-vous avec le projet de rénovation du quartier. « Il y a plusieurs projets en parallèle, explique Jean-Louis Missika, nouvel adjoint à l’urbanisme, qui lance un groupe de travail. La SNCF lance une transformation radicale de la gare liée à l’arrivée des nouvelles lignes à grande vitesse qui vont augmenter le trafic. Unibail-Rodamco veut rénover le centre commercial Gaité en intégrant de la construction de logements. Enfin, il y a le projet des copropriétaires de Montparnasse de rénovation, avec une nouvelle façade, et une augmentation de la surface mais il n’est pas au même stade d’avancement ». De son côté, la mairie s’est engagée à réaménager les abords de la Tour, symbole d’un urbanisme daté, pour améliorer les accès piétons, et notamment la circulation vers la rue de Rennes.

Ce projet de « développement », cela fait des années qu’on en parle au sein de la Tour. L’objectif n’est pas seulement d’en finir avec cette façade marronâtre (si la Tour offre le plus beau point de vue sur Paris disent les habitants du quartier, c’est aussi « parce que d’en haut, on ne la voit pas »). Ou de restaurer son image, alors que régulièrement les candidats à la mairie de Paris (Bernard Debré en 2006, Nathalie Kosciusko-Morizet en 2014) parlent de la raser. En octobre 2009, une étude commandée par les copropriétaires et révélée par la Lettre A montre qu’un ambitieux projet immobilier pourrait doubler la valeur du site. En septembre 2010, le président du conseil syndical parle de créer « un tiers de mètres carrés de locaux commerciaux en plus », en utilisant les trois bâtiments adjacents qui composent l’ensemble immobilier. Plus de bureaux et plus de commerces pour sauver la mise des copropriétaires et financer la fin des travaux ? Impossible aujourd’hui d’obtenir d’Icade des informations sur le projet « toujours en cours ».

Vers une mise en examen des copropriétaires ?

La Tour Montparnasse
La Tour Montparnasse © Bruno LEVESQUE / IP3 Paris / Bruno LEVESQUE / IP3 Paris

Le 16 juin, le syndic des copropriétaires, ICADE, a été placé sous le statut de témoin assisté par trois juges d’instruction du pôle de santé publique de Paris. L’inspection du travail avait alerté le parquet, le 29 mai 2013, en raison de « la répétition des expositions aux fibres d’amiante, du nombre de personnes exposées et de la nature du risque encouru d’une particulière gravité» . Entre le 1er janvier 2009 et le 8 février 2013, l’inspection du travail listait pas moins de 72 dépassements du seuil d’empoussièrement en fibre d’amiante fixé par le code de la santé publique (5 fibres par litre d’air).

Les occupants de la tour (4000 aujourd’hui) s’interrogent, en particulier les salariés qui travaillent directement pour l’ensemble immobilier : les agents de la sécurité, de l’entretien, du nettoyage, parmi les plus exposés car ils évoluent dans les sous-sols, où l’amiante était directement accessible. 96 d’entre eux se sont porté partie civile dans l’instruction pénale en cours. Ces salariés demandent aussi la réparation d’un préjudice d’anxiété pour avoir été exposés à l’amiante mais à ce jour, un premier dossier examiné aux prud’hommes a été rejeté, plusieurs dizaines ont été renvoyés en départage.

en vidéo

A miante dans la tour Montparnasse - Journal de 20 heures du 13 mars 2005

Chronologie

1970-1973 : construction de la Tour à la place de l’ancienne gare Montparnasse.

210m de haut, 58 étages (et une terrasse panoramique au 59ème) et 6 sous-sols.

Dans les étages, l’amiante se trouve surtout sous la forme de progypsol, mélangée à du ciment et du plâtre. Il se dégrade moins vite que les flocages, mais se révèle particulièrement difficile à retirer.

7 février 1996 : Après le scandale de Jussieu, premier décret de réglementation des risques liées à l’amiante dans les immeubles bâtis. Premiers repérages et désamiantages dans la Tour.

13 septembre 2001 : nouveau décret qui renforce la réglementation sur l’amiante.

Les copropriétaires doivent réaliser un diagnostic plus complet, et retirer l’amiante dégradée.

13 mars 2005 : Le JDD révèle que « La Tour Montparnasse est truffée d’amiante ». Elle n’a pas terminé le repérage obligatoire (Document technique amiante).

Juin 2005 : Icade property Management devient le nouveau syndic de la Tour

Décembre 2005 : les copropriétaires votent la décision de principe « d’éradiquer » l’amiante.

20 Novembre 2006 : le préfet accorde une prorogation des travaux de trois ans.

2008 : début du désamiantage des étages « techniques » (15è, 42è, 57 et 58è), qui contiennent les systèmes d’alimentation en eau, électricité, climatisation, les plus « amiantés ».

Octobre 2009 : Une étude réalisée par un cabinet spécialisé à la demande du conseil syndical et révélée par la Lettre A montre qu’un ambitieux projet immobilier pourrait doubler la valeur du site, en construisant un tiers de mètres carrés supplémentaires.

20 novembre 2009 : nouvelle prolongation de trois ans accordée par le préfet

Janvier 2011 : début du désamiantage des escaliers de secours

Novembre-décembre 2012 : L’inspection du travail et la CRAMIF s’alarment d’une nouvelle série de pollutions, alors qu’il n’y a pas de chantier de désamiantage à proximité.

29 mai 2013 : L’inspection du Travail fait un signalement à la justice pour « mise en danger d’autrui ».

28 juin 2013 : évacuation des 500 salariés

du groupe Amundi (Crédit Agricole)

13 août 2013 : Arrêté préfectoral qui commande de « prendre les mesures de prévention adaptées afin de supprimer le risque d’exposition passive aux poussières d’amiante ». Les copropriétaires saisissent le tribunal administratif d’un recours en excès de pouvoir.

4 octobre 2013 : ouverture de l’information judiciaire

24 janvier 2014 : un premier rapport d’expertise, de Gilbert Cerf, estime que les gaines de désenfumage ont propagé dans la tour les fibres émises par le chantier de désamiantage d’un escalier de secours.

29 janvier 2014 : l’expert André Jacq remet son rapport d’expertise générale au préfet. Il admet le principe de travaux en site occupé à condition notamment de définir « une stratégie et une planification de travaux de désamiantage globale ».

Le Conseil régional fait évacuer près de 200 agents.

15 mai 2014 : nouvel arrêté préfectoral qui remplace le précédent, après discussion avec les copropriétaires. Il fixe les conditions d’une mise en sécurité du site.

L'interview

Un témoin clef demande à être entendu dans l’affaire Uramin

Vincent Crouzet
Vincent Crouzet © Catherine Gugelmann

D epuis avril dernier, la brigade financière enquête sur les étranges conditions de rachat par Areva de la société minière Uramin.

En 2007, Areva a acheté à prix d’or (2,5 milliards de dollars) la société Uramin qui exploitait des mines d’uranium en Afrique. Une transaction qui a viré au gouffre financier. Le prix d’achat est considéré par certains comme cinq fois trop élevé. D’où des soupçons de versements de commissions. Saifee Durbar, un homme d’affaires pakistanais, était en 2007, l’un des conseillers du président centrafricain François Bozizé. A ce titre, il a eu accès aux affaires sensibles du pays, au premier rang desquelles les ­négociations secrètes avec Areva pour la reprise du gisement d’uranium de Bakouma. Saifee Durbar, surnommé le « Radja » est le héros d’un roman à clefs « RadioActif » paru chez Belfond. Son auteur, Vincent Crouzet, et Saifee Durbar sont les invités de « Secrets d’Info ».

L’homme d’affaire pakistanais demande « à être entendu au plus vite par les policiers qui enquêtent sur l’affaire Uramin », car, estime-t-il «certains sont entrain de nettoyer les traces ».

Un monde de rumeurs

La rumeur qui tue : fausse mort mais vrai buzz

Tu t’ennuies dans la vie ? Annonce une fausse mort sur Twitter ! Si ce genre d’intox sévit depuis la nuit des temps, les réseaux sociaux en ont accéléré le processus. A contrario, les démentis sont aussi vite publiés.

Chirac Yourpress
Chirac Yourpress © Radio France

« Jacques Chirac serait mort d’une AVC, à 19h45, à l’hôpital d’Agadir, au Maroc… » C’est du moins ce que nous a révélé le 17 août dernier un article sur site Express Yourself, la plateforme collaborative du site de l’Express. L’auteur de cette information : un certain Jean Morriseon. Très vite, l’article est lu par près de 3000 personnes et se répand très rapidement sur la toile, notamment sur le site jeuxvideo.com. Sur Twitter, le lien vers cet article est publié plus de 700 fois [selon le site de statistique Topsy.]

Si la rumeur a été vite démentie, elle a fait tâche pour le magazine dont le nom est accolé à cette fausse information. L’Express s’est donc exprimé sur ce « bad-buzz » en publiant un article pour s’excuser de la nouvelle, mais aussi pour expliquer qui en dénoncer les vrais « coupables ».

Du côté de Twitter, on a l’habitude de voir ce genre de fausses rumeurs se répandre. Ils nous disent « Nous, on est juste un canal de diffusion ». Aux journalistes de faire leur travail de vérification d’information. C’est une tâche qui n’est d’ailleurs plus réservé aux simples professionnels de l’information : tout un chacun se doit aujourd’hui de vérifier les annonces qui paraissent louches.

Pourquoi lancer de telles rumeurs ?

La première raison est l’ennui : en effet, ces rumeurs sont fréquemment lancées lors des vacances scolaires… Il y a aussi comme une sorte de fierté narcissique. Finalement, c’est leur manière à eux d’attirer la tension. Lancer une rumeur et voir qu’elle est ensuite reprise parfois même par des journalistes qui font mal leur travail, semble leur procurer un certain plaisir.

Twitter, où les informations peuvent faire le tour du monde en un battement d’aile, a juste permis aux rumeurs de percer rapidement, à la vue du plus grand nombre. Du côté des personnalités victimes de ces rumeurs, elles préfèrent démentir elles-mêmes l’information sur leurs propres réseaux sociaux : une solution plus rapide et efficace qu’engager une procédure longue et fastidieuse, auprès du site de microblogging.

Si certaines star vivent plutôt mal ce genre de rumeur, notamment en raison de l’impact psychologique sur leur entourage d’autres le prennent avec humour et décontraction. Ainsi, Eli Semoun, suite à une rumeur concernant sa mort en 2012, avait twitté :

SemounTweet
SemounTweet © Radio France

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L a plaidoirie imaginaire de Jean-Paul Carminati, écrivain et avocat.

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