Près de 500 actionnaires se sont retrouvés floués après avoir cru au projet d'un investisseur charismatique.

Proximania : un fiasco à 80 millions d'euros
Proximania : un fiasco à 80 millions d'euros © Ktullu - Benjamin Gaboury

Enquête d'Antton Rouget à lire dans le numéro 7 de la revue Sang froid, notre partenaire.

Ils avaient cru en une société au nom ronflant, Proximania, qui leur avait fait miroiter de gros bénéfices. Une belle aventure sur le papier, mais qui a tourné au naufrage pour ces actionnaires, des entreprises comme des particuliers raconte le journaliste Antton Rouget :

"Certains ont investi dans Proximania les économies de toute une vie, l'argent d'un héritage. On trouve aussi des gestionnaires de fonds d'investissement qui ont placé plus d'un millions d'euros. Tous se posent la question aujourd'hui : où est passé l'argent ?"

Proximania, c’est avant tout un homme, Laurent Troude, qui a eu son heure de gloire dans la presse économique, au milieu des années 2000, quand le secteur de la téléphonie mobile était en plein boum. Ce quadra visionnaire avait trouvé un concept novateur et prometteur : vendre chez les buralistes des minutes de téléphone dématérialisées et prépayées. Les investisseurs se disent à ce moment-là : "il faut qu'on le suive, il ne faut pas laisser le train passer !"

Pour 228 millions de factures falsifiées

Plusieurs centaines de personnes se laissent séduire au cours de petits déjeuners organisés dans des cafés huppés de Paris. Ces rencontres servaient à lever des fonds. Laurent Troude serait parvenu à recueillir jusqu'à 20 millions d'euros en une seule matinée. Mais le carrosse Proximania va rapidement se transformer en citrouille, car seules quelques centaines de buralistes de l'hexagone parviendront à vendre les fameuses minutes de téléphone prépayées. Pire : il n'y aurait jamais eu d'accord entre Proximania et les grands opérateurs de téléphonie mobile. "Il n'y avait aucune convention avec Bouygues, Orange ou SFR, explique Antton Rouget. Les clients ne pouvaient se fournir qu'auprès d'un opérateur très marginal. Par la suite, Proximania a émis un volume astronomique de factures pour un volume de transactions de 228 millions d'euros qui ne se sont pas retrouvé dans la comptabilité des entreprises : SFR, Orange et Bouygues".

Sept ans d'enquête judiciaire

Il est apparu rapidement que l'ensemble des comptes de Proximania posait problème, se souvient Antoine de Ménibus, le trésorier de l’association de défense des actionnaires de Proximania, qui nous livre deux exemples :

"Le chiffre d'affaires de 2006 - sur lequel se basait la plupart des investissements qui ont été réalisés en 2007 et 2008 - était de 9 millions €; en réalité, il y avait 9 181€ encaissés sur les comptes ! Pour 2007, on nous parlait d'un chiffre d'affaires de 55 millions €. Or il n'y avait eu que 12 mille € de recettes. La différence est considérable !"

Il est trop tard lorsque les actionnaires s'aperçoivent que quelque chose cloche. La société est sur le point de déposer le bilan. En juin 2010, Laurent Troude est interpellé par la police judiciaire, puis mis en examen par un juge d'instruction parisien, notamment pour "faux", "abus de biens sociaux" et "escroqueries en bande organisée". Des faits qu'il conteste.

L'enquête judiciaire dure depuis sept ans. Les actionnaires ont l'impression que plus le temps passe, moins ils ont de chance de revoir un jour la couleur de leur argent. Sollicité, Laurent Troude n'a pas souhaité répondre à nos questions. Son avocat, Maître Adrien Perrot, nous a expliqué par mail :

"Nous n’allons pas donner suite aux questions que vous m’avez adressées dans la mesure où elles concernent essentiellement des procédures en cours que nous ne souhaitons pas commenter. S’agissant de la manière dont Monsieur Laurent Troude vit sa mise en examen, cela relève de sa vie privée et il ne souhaite donc pas non plus l’évoquer."

La revue SangFroid, partenaire de Secrets d'Info
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