En direct du Festival du film américain de Deauville, Philippe Collin et Xavier Mauduit rendent hommage au comédien Robin Williams, décédé le 11 août dernier.

"Robin Williams" dans le film "Jack" (Francis Ford Coppola, 1996)
"Robin Williams" dans le film "Jack" (Francis Ford Coppola, 1996) © Getty

Deauville, 1988, 14e édition du festival. Sur les planches, une vieille légende d'Hollywood traîne sa carcasse. Charles "Buddy" Rogers, c'est la star que tous les festivaliers veulent voir. 25 ans plus tard, son nom n'évoque plus rien à personne, mais il fut pourtant le tout premier lauréat de l'Oscar du meilleur acteur, décroché en 1927. Un petit gars du Kansas qui a partagé 42 ans de sa vie avec une autre légende de Hollywood, Mary Pickford. Oui, à Deauville, en 1988, c'est lui la star - et il n'y a pas de place pour partager l'affiche, il truste tout. Et du coup, personne ne prête attention à ce jeune acteur un peu frêle et méconnu en France, venu présenter un film dans lequel il tient le rôle titre, "Good Morning Vietnam". Mais pour lui, il y aura un avant et un après Deauville 1988... 

Deauville, 1999. Robin Williams revient en Normandie et désormais, c'est une immense star populaire. Sa conférence de presse demeure un moment d'anthologie dans les annales du festival. 1999, c'est aussi l'année où "Buddy" Rogers a cassé sa pipe - et personne ne s'en souvient. 

Deauville 2014, 40e édition du festival. Une fête où l'on risque d'attendre longtemps la troisième visite de Robin Williams.…

Robin Williams n'était pas juste un acteur rigolo qui joue un Père Noël débonnaire dans une comédie familiale. Non, Robin Williams, c'était un clown subversif avec une cargaison de nitroglycérine au cul.

Ainsi donc, si l'Amérique m'était contée, ce savoureux pitre mériterait aujourd'hui son chapitre. 

À l'antenne pour évoquer Robin Williams

Philippe Collin et Xavier Mauduit reçoivent 

  • la comédienne Jessica Chastain  qui sera prochainement à l'affiche de « A Most Violent Year  » de J.C. Chandor, le réalisateur de Margin Call et All Is Lost – Prix du Jury au Festival de Deauville 2013 –, « Interstellar » de Christopher Nolan ou encore « Crimson Peak  » de Guillermo del Toro.
  • Pierre Lescure , membre du jury à Deauville à Deauville et nouveau président du Festival de Cannes, 
  • le scénariste Stéphane Foenkinos 
  • et Bruno Barde , Directeur général de Public Système Cinéma et directeur du Film Américain de Deauville.
Robin Williams en 2002
Robin Williams en 2002 © Getty / Xavier ROSSI

Retrouvez ci-dessous des extraits de l'émission 

Robin Williams, un personnage du patrimoine

Le festival de Deauville a ouvert hier soir et, durant cette cérémonie d'ouverture, il y a eu un hommage rendu à Robin Williams. 

Bruno Barde : "C'est arrivé un petit peu comme étaient arrivées celles de Bergman et d'Antonioni  : du jour au lendemain, ils étaient morts. Et là, moi j'étais en vacances, et quand j'ai appris pour Robin Williams, ça m'a choqué. D'abord, quand il est venu ici, ça a été exceptionnel, c'était un acteur qu'on aimait beaucoup. Je pense que la fusion, l'empathie qu'il y a entre lui et les gens, c'est aussi lié aux rôles dans "Will Hunting", au "Cercle des poètes disparus", à "Doubtfire"… Et sa mort, la manière dont elle est arrivée, c'est choquant, c'est violent. Donc moi, j'ai tout de suite dit je vais faire un hommage 

Pierre Lescure : "Je garde l'image de quelqu'un qui était en permanence acteur, sauf sans doute quand il était seul, avec ses affres - ceux qui l'ont finalement emporté et qui ont gagné. Mais je garde l'image de quelqu'un au son, à l'image, presque dans la chair, qui était en permanence dans un "acting" exubérant, psycho-physiologique, un don de soi, en permanence créatif…"

Une mort terrible

L'annonce de la mort de Robin Williams a phagocyté la disparition de Lauren Bacall (survenue le lendemain). Philippe Collin, qui était aux Etats-Unis à ce moment-là, témoigne : "Robin Williams a trusté la Une des journaux pendant trois jours et Lauren Bacall, qui était considérée comme une icône à Hollywood, ne faisait pas les entrefilets mais pas loin !" 

Pierre Lescure :

Robin Williams, il nous manque presque physiquement. On a envie de pleurer, de savoir qu'on ne le verra plus vivre.

Lauren Bacall, elle, a eu une longue vie avec des tragédies et énormément de bonheur. C'est autre chose, c'est plus dans la nature des choses."

Bruno Barde : "Il ne faut pas oublier aussi comment il est mort, ça a été très traumatisant. C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui était rentré chez nous, qui était aimé de tous et de toutes les générations… Le fait qu'il meure de manière si brutale, si douloureuse, ça a été terrible".

Un humour de protection ?

Xavier Mauduit interroge : "Avec quelqu'un comme Robin Wiliams, est-ce qu'on a un humour de protection? Est-ce qu'il ne mettait pas de l'humour partout dans sa vie, histoire de se protéger ? C'est facile de dire ça en connaissant la fin de l'histoire..."

La réponse de Pierre Lescure : "Je crois qu'il avait dépassé cette ligne-là. Sûrement, il y a eu quelque chose de protecteur, comme chez pas mal d'humoristes - ça peut être tout simplement une espèce de timidité enfantine qui fait qu'ensuite on s'expose beaucoup. 

[…] Chez Robin Williams, je pense que ça va énormément plus loin puisque, contrairement à la plupart des autres humoristes, il a démarré par le mime, par le clown, puis la télé, puis tout ce qu'on sait et tout ce qu'on aime. Et il est allé tellement loin dans la qualité de comédie, dans des films graves…

Même aux Etats-Unis, où il y a tellement d'exemples extraordinaires, je ne vois pas quelqu'un qui ait une palette à 360 degrés de la comédie - avec autant de talent dans les deux domaines.

Robin Williams sur scène à Atlanta (Géorgie), en mai 1986
Robin Williams sur scène à Atlanta (Géorgie), en mai 1986 © Getty / Rick Diamond

Portrait par Joy Raffin

"Robin Williams, quel concept ! Parce que quel acteur est capable d'appeler sa fille Zelda en hommage à un jeu vidéo dont l'héroïne à des oreilles pointues ? Quel acteur est capable, dans la vraie vie, de se pointer dans un sex shop de San Francisco déguisé en Madame Doubtfire pour acheter des sex toys ? Quel acteur est capable de dire à la télé américaine qu'il se fait traiter de "petite salope" par des gamins de 10 ans quand il joue et qu'il perd à des jeux vidéo en ligne ? 

Robin Wiliams, quel concept… et quel geek ! "Geek" au sens premier, au sens "fou", mais "geek" aussi, selon le sens commun : fan de jeux vidéo, de nouvelles technologies et de tout ça.

Dans le show de télé d'Ellen DeGeneres en 2011, Robin Williams s'est lancé dans une diatribe contre Siri, ce logiciels qui se trouve dans les iPhone et qui est censé répondre à peu près toutes vos questions. Robin Williams en profitait alors pour se moquer de l'accent et du mauvais caractère français :

« - Siri, name me a fine french restaurant. 

- Robin, I can't find restaurants in France. 

- … At that point, I give up, ok.

I wish it had a french accent ; we would call it "Seri" :

- What do you do ?

- Why do you care ? 

- I don't know. 

- You 're in France ! Walk out, look around you, idiot ! Are you stupid ? Why do you ask your phone ? Leave your life ! Taking pictures with your phone, pfff... Look ! Look and paint ! »

Un concept est immortel. Alors oui, bon, il paraît que Robin Williams est mort. Il paraît que Robin est parti pendant les vacances, comme pour ne pas faire de peine aux enfants. Mais les enfants ne sont pas tristes. Je le sais, j'en fais partie. Parce qu'en fait, il n'est pas mort, Robin Williams, et toute cette émission n'est qu'une escroquerie, d'ailleurs. Ses films, ses sketches et même bientôt ses personnages de jeux vidéo : Robin Williams, le concept, sera toujours là. 

Sur la tombe de Francis Scott Fitzgerald et de sa femme Zelda est inscrit l'excipit de Gatsby le Magnifique : "Car c'est ainsi que nous allons, barques luttant contre un courant qui nous ramène sans cesse vers le passé". Moi, sur celle de Robin Williams (s'il était mort, je veux dire), j'aurais juste ajouté : 

Génie, tu es libre

Bruno Barde commente : "Ça prouve bien que le cinéma est un art éternel !"

Le reste à écouter

Bonus : quelques vidéos, pour le plaisir

Conférence de presse d'anthologie à Deauville, en septembre 1988. L'acteur venait présenter "Good morning Vietnam"

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Robin Williams s'agaçant de Siri sur le plateau d'Ellen DeGeneres

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"C'est peut être la première fois que je suis sans voix… Merci !" : Robin Williams lorsqu'il a reçu l'oscar du meilleur second rôle, pour Will Hunting. (vidéo en VO)

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Luc Lagier revisite la filmographie de l'acteur pour sa chronique ciné dans Arte, "Blow-up" (vidéo en VF)

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