Les fantômes de la ségrégation sont toujours au cœur des enjeux américain. Retour sur une histoire du racisme anti-noir américain de la fin de l'esclavage à aujourd'hui avec Pap N'Diaye, historien spécialiste des Etats-Unis et Franck Veyron, traducteur de "Scottsboro Alabama – De l’esclavage à la révolution".

Pancarte désignant la salle d'attente spécifique aux "personnes de couleurs" visible en 1943 à un arrêt de bus
Pancarte désignant la salle d'attente spécifique aux "personnes de couleurs" visible en 1943 à un arrêt de bus © Getty / Universal History Archive/Universal Images Group

Aujourd’hui, on estime à 13% la proportion d’Afro-Américains vivant aux Etats-Unis. L’esclavage a été aboli en 1865, les droits civiques ont été accordés à la population noire cent ans plus tard, et il y a eu un Président des Etats-Unis d’Amérique métisse.

Kenneth et Marie Clark, un couple de psychologues américains, publie en 1947 les résultats d'une expérience toute simple

Des poupées noires et des poupées blanches sont présentées à des enfants noirs âgés de trois à sept ans. Les mômes doivent répondre à des questions : "Avec quelle poupée voudrais-tu jouer ?", "Quelle poupée est gentille ?", "Quelle poupée est méchante ?", "Quelle poupée est belle ?", "Quelle poupée est moche ?"... Et pour être sûr du jugement des enfants : "Quelle poupée est blanche ?", "Quelle poupée est noire ?". Enfin, la question posée aux petits enfants noirs est simple : 'Quelle poupée te ressemble ?"

Résultat : tous les enfants différencient la poupée blanche de la poupée noire. 

Mais les trois quarts des enfants veulent jouer avec la poupée blanche, "belle et gentille". 

Cette recherche a été utilisée en 1954 par la Cour suprême des Etats-Unis pour prouver que 'l'égalité prônée par la Constitution est bafouée puisque les enfants noirs sont élevés dans un sentiment d'infériorité'. 

Pap N'Diaye : "En 1865, à la fin de la Guerre de Sécession, et l'abolition de l'esclavage, le sentiment de liberté domine. Les anciens esclaves peuvent voyager, retrouver un(e) époux(se), des enfants perdus et perdus de vue depuis longtemps. 

On assiste à une sorte de "Printemps démocratique noir". Très rapidement, les Noirs vont avoir des élus dans l'Alabama, le Mississipi et la Caroline du Sud, où ils sont majoritaires."

Avec la création d'une Internationale ouvrière et on se dit que la lutte des classes est peut être plus importante que la lutte des races

"Dans le Nord des Etats-Unis, une union syndicale des Noirs et des Blancs s'esquisse dans les années 1870/1880. Mais le patronat américain sait jouer des différences pour affaiblir le monde ouvrier...

Mais il faut très vite nuancer ce sentiment d'ouverture aux Noirs. 

1866 est l'année de la création du Ku Klux Klan parmi d'autres groupes de suprémacistes blancs qui n'admettent pas la fin de l'esclavage. Ils veulent terroriser la population des affranchis, des anciens esclaves, en l'empêchant d'exercer les droits civiques, d'aller voter.

Il y a plus de morts après l'abolition de l'esclavage qu'avant

"Les lynchages vont faire l'ordinaire du Sud des Etats-Unis et d'autres régions du Midwest, surtout à partir des années 1880/1890 jusqu'aux années 1960, on compte à peu près entre 5 et 6 000 lynchages. Avant la guerre de Sécession, les punitions corporelles étaient monnaie courante, mais on allait rarement jusqu'à tuer les esclaves.

Ensuite, c'est différent parce que la frontière raciale n'est plus garantie par le statut de l'esclave. Pour les Blancs, il faut donc la faire respecter d'une autre manière. 

Extrait d'un reportage explicatif : 

"Le Nord avait libéré les esclaves, mais pour le Vieux Sud, ils étaient toujours des nègres, des sous-hommes à traquer et à pendre pour préserver le pouvoir blanc. C'est l'âge de la ségrégation, une période sombre qui durera 90 ans, durant laquelle les Noirs du Sud vivront un enfer légal de tous les jours, avec l'assentiment hypocrite du Nord : magasins interdits, restaurants interdits, droit de vote interdit. Blancs et Noirs ne devaient se mélanger à aucun prix. Et dès l'enfance, chacun grandissait dans la peur de l'autre. Les Blancs vivaient dans la peur panique du métissage. Les Noirs, dans la terreur de l'arbitraire."

Sur des photos des lynchages qui circulent, un côté "fêtes de village" monstrueuses

Les lynchages sont annoncés à l'avance par la presse. Tout le monde sort. On n'est pas du tout dans la clandestinité. Les Shérifs y participent. Les enfants peuvent avoir un jour de congé pour y assister.

L'esclavage est aboli, mais la ségrégation se met en place."

La suite à écouter...

Avec :

Pap N'Diaye, historien spécialiste des Etats-Unis et plus particulièrement de la condition noire et Franck Veyron, auteur de la traduction et de la postface de Scottsboro Alabama – De l’esclavage à la révolution par Lin Shi khan et Tony Perez..

=> Rediffusion de l'émission du 10 janvier 2015

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.