Chaque semaine le Social Lab nous propose un coup de projecteur sur une tendance, une initiative qui pourrait changer (un peu, beaucoup ou pas du tout) le monde et notre quotidien.

Les séniors mis à contribution ou mis en scène ? Et à quel prix ?

C’est toute la question que je me suis posé pour être honnête. De nombreuses start-up se sont lancées en faisant jouer un rôle à nos ainés en se basant notamment sur leur expérience mais dans quelles conditions et est ce vraiment une tendance, j’ai voulu en savoir plus.

Et puis on vit de plus en plus longtemps de quoi donner envie de continuer à rester actif

Bien sur pour s’occuper ou pour arrondir un peu ses fins de mois. De nombreux séniors ont du mal à boucler leur budget. D’ailleurs en septembre dernier 9 organisations syndicales avaient appelé à défiler pour manifester contre la paupérisation des personnes âgées qui progresse.

Selon le dernier rapport statistique de la caisse nationale d’assurance vieillesse plus de 360 000 retraités ont du travailler par nécessité en 2015, c’est 30% de plus qu’il y a 6 ans. Leur moyenne d’âge… 66 ans.

Quelles sont les contreparties dont bénéficient les séniors lorsqu’ils sont mis à contribution d’une start-up qui se revendique de l’économie sociale ?

Plusieurs responsables de sociétés mettent en avant des retraités dans leur offre : "Mamie régale" est implantée à Toulouse. Leur concept : proposer des plateaux repas en entreprises préparés par des retraités qui je cite « profitent d’une activité ludique et rémunératrice ». En tout 65 séniors font partie de leurs cuisiniers. En contrepartie de leur participation ils sont rémunérés à la commission en tant que particulier à hauteur de 3 euros pour un déjeuner vendu 12 € et ils en cuisinent en moyenne 10 sur un service ce qui fait donc 30 euros.

Ils ont une fiche de paie du coup ? Quel est le statut de cette rémunération ?

D’après « Mamie Régale », la législation permet à un particulier de vendre occasionnellement des prestations de restauration à d’autres particuliers. Et là où c’est malin c’est que dans ce cas un intermédiaire particulier est bien là, appelé "le toqué", c’est lui qui vend aux entreprises les plateaux repas et qui fournit et livre les aliments aux retraités qui cuisinent ce qui permet de s’exonérer de contrat et donc de charges : on est bien entre particuliers.

Autre exemple maintenant les « Talents d’Alphonse ».

Autre exemple maintenant les "Talents d’Alphonse". Ici vous pouvez apprendre des savoir-faire avec des retraités (Alphonse/Alphonsine) qui ont l’expérience : couture, bricolage ou encore jardinage, un bon moyen de faire du lien intergénérationnel. Si vous êtes client cela vous coutera 17 euros 70 par heure dont 15 euros iront dans les poches du sénior. Une rémunération limitée à 3000 euros par an par la start-up et là encore c’est le statut du bénéfice non commercial de particulier autorisé par la loi qui est appliqué.

Et puis un dernier exemple, le "Gang des grands-mères" à Avignon : du prêt à porter tricoté par des grands mères. Ici une association partenaire regroupe les retraitées qui bénéficient ensuite d’avantages en fonction de leur investissement : voyages organisés, soins divers ou activités culturelles. L’association perçoit 10% du chiffre d’affaire de la société qui commercialise les vêtements.

Les retraités sont-ils bien traités ?

Les start-ups n’ont de toute façon pas le choix puisque le contraire serait dévastateur pour leur image de marque. Globalement en tout cas toutes celles que nous avons interrogées sont attentives aux conditions de participation des séniors à leur projet. Après, chaque consommateur de ces services peut aussi légitimement poser la question avant d’acheter, c’est aussi un bon moyen de montrer que ce n’est pas un sujet à négliger.

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