SAUVLife est une application dont je vous avais parlé il y a quelques mois. Elle permet de venir en soutien au SAMU en cas de malaise cardiaque d'une personne autour de soi, plusieurs centaines de milliers de personnes se sont inscrites. J'en fais partie, et j'ai été appelé. Témoignage.

En cas de malaise cardiaque, chaque seconde compte
En cas de malaise cardiaque, chaque seconde compte © Getty / Malte Mueller

Un sauveteur citoyen c’est vous potentiellement, toute personne qui accepte de s’inscrire sur l’application, et d’être géocalisé, pas besoin de formation, il faut juste être éventuellement prêt à aider une personne qui fait un malaise cardiaque.

En pratique, vous recevez un sms vous indiquant qu’une personne a besoin d’aide, vous vous connectez sur google map qui vous indique l’adresse autour de vous, et dès que vous êtes devant, le Samu vous appelle et vous guide afin de prodiguer les premiers soins en attendant l’arrivée des secours.

L’intérêt de mobiliser les citoyens est qu’il faut intervenir vite, chaque minute ce sont 10% d’espérance de vie qui s’évaporent quand on fait un arrêt cardiaque…

Après en avoir parlé à la radio, je me suis inscrit "par réflexe"

Et j’ai d’ailleurs raté quelques SMS depuis ce qui est assez frustrant. Jusqu’à ce lundi, il y a quelques semaines, en rentrant chez moi…j’embrasse mes enfants, on discute avec mon épouse de la journée, et mon téléphone vibre… « Quelqu’un a besoin de vous »..ça fait bizarre mais pas le temps de réfléchir…

Je me connecte sur la carte, c’est à 300 mètres de chez moi et me voilà en sprint dans les rues de Paris, plein d’adrénaline, je suis en train de devenir sauveteur citoyen…

Une première, sans réfléchir

Pas vraiment car j’ai bien intégré le concept de l’application, par contre, je suis très loin de la réalité.

Lorsque j’arrive devant l’immeuble, mon téléphone sonne, c’est une médecin du Samu qui me briefe : un homme de 66 ans a fait un arrêt cardiaque chez lui il y a au moins 10 minutes, il est avec son frère en situation de handicap, code, étage, appartement...on me dit tout et là il faut trouver, demander aux voisins, se faire ouvrir, monter les marches. C’est un tunnel en fait dans lequel on est, mais j’ai eu de la chance, je n’étais pas seul,  un autre citoyen est arrivé en même temps, lui il est interne, il connait.

Quand on arrive sur le pallier, la porte est ouverte, des voisins sont paniqués, on entre dans l’intimité et là tout s’accélère…

La première fois qu'on essaie de sauver une vie

Oui et on le fait sans états d’âme même si certaines images, odeurs vous frappent…on se relaie, on déplace ce Monsieur, puis on le masse à tour de rôle, cela dure une éternité…10 minutes au plus…enfin les pompiers arrivent, le Samu et les pros prennent le relais. Alors je suis un peu hébété, debout, et je rentre chez moi.

Alors, c’est vrai que le retour à la maison est très particulier, était-ce un rêve (cauchemar), les images, les odeurs, et maintenant ? Est-ce qu’on l’a sauvé…on ne sait pas…la nuit qui suit est courte. Une opératrice de SAUVLife vous appelle le lendemain : je suis sonné, j’ai ces images, est-il en vie ? Est-ce qu’on a bien fait ? Des questions légitimes auxquelles elle répond, ou pas… mais tout ça suit à une logique. J'ai pu en parler avec le docteur Lionel Lamhaut, Président de l’association SAUVLife, médecin urgentiste au Samu de Paris.

Finalement essayer de sauver une vie c’est se confronter à la mort, si absente de nos sociétés, en apparence. Et singulièrement, je ne me suis jamais autant senti en vie que le jour où j’ai été confronté à la mort si proche…et où j’ai tout fait, à mon humble échelle pour retarder l’échéance de ce Monsieur de 66 ans, un commercial à la retraite. Pour digérer j’avais mis en veille l’appli, ce matin, j’ai décidé de la réactiver, j’ai eu la chance de partager ça avec vous, merci de m’avoir écouté, ça s’appelle SAUV’Life.

► Retrouvez l'interview complète du docteur Lionel Lamhaut, Président de SAUVLife sur ID, l'Info Durable.

► Vous connaissez une initiative qui peut participer à la transition écologique ? Contactez Valère Corréard.

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