L'auteur de "Zaï zaï zaï" et "Le Discours" s'étonne toujours de ses grands succès.

Fabcaro en septembre 2018 à Manosque
Fabcaro en septembre 2018 à Manosque © AFP / JOEL SAGET

C'est l’histoire du rire ou plutôt, l’histoire d’un homme

L'intro-fiction de Charles Pépin : Un homme qui déjeune seul au restaurant au beau milieu d’une journée moyenne. Juste au dessus de la moyenne, pour être plus précis. 

Le matin, il a fait ce qu’il avait à faire et il s’apprête à faire de même l’après-midi. Sans ennui mais sans passion non plus. Logiquement, il commande une salade César. Le plat dont on n’attend rien d’exceptionnel mais qui ne peut non plus trop décevoir. 

Salade César, ça résume pas mal son état. Ni royal au bar, ni complètement dans les choux. Et comme elle n’arrive pas, sa salade César, il tire de son sac une BD et commence à la lire. Au début, il n’est pas sûr de bien voir. On dirait que la même scène est présente à l’identique dans cinq cases successives. 

Il est con ou quoi le dessinateur, il se fout de ma gueule ? Ah non en fait, ce n’est pas exactement la même. En tout cas ce qu’il y a écrit dans la bulle change, c’est une scène de couple, un homme et une femme se parlent mais leurs visages ne changent pas, la chute le fait hurler de rire d’un coup. 

Comment peut-on changer d’état si vite ? Comment quelques mots simples dans une bulle peuvent-ils avoir ce pouvoir de remplir tout son corps, toute son âme soudain d’une pure joie féroce ? 

Il tourne la page. Autre scène. Autre couple. Toujours le même dessin, minimal, presque vide, en tout cas les traits des visages ne sont pas dessinés, autre chute, cette fois il pleure de rire, ça en devient gênant, déjà qu’on a toujours l’air un peu con quand on déjeune seul au restaurant, mais le voila qui se met à renifler comme un porc en essayant de reprendre son souffle tant il rit. 

Le haut de sa poitrine est tout entier secoué, il commence à angoisser : va-t-il pouvoir s’arrêter ? Il a du mal à respirer, les gens se tournent vers lui, il les distingue mal à cause des larmes dans ses yeux mais ils sont bienveillants, en fait, ils se demandent juste ce qui est si drôle. Lui il a peur, peur de tourner la page, peur de se pisser dessus à la prochaine saynette mais il y va quand même et c’en est trop pour lui, encore un couple confronté à son vide et une chute d’une insensée férocité…. 

Comment décrire son cri quand son rire s’intensifie ?

Entre le cri de mouette et celui de la truie, et cette impression bizarre de se sentir follement vivant au cœur de son fou rire, comme lavé, purgé, soudain plus fort que l’absurdité même de nos vies, soudain capable de la regarder en face, mais toute floutée à cause des larmes dans ses yeux. 

À la fin du repas, il a tellement ri qu’il est fatigué comme après un match de foot. Il se lève et ça lui prend comme un coup de tête, comme ça, une envie de générosité, de partager, il offre la BD à la table d’à côté. Il offre à ces inconnus cette BD de Fabcaro, il offre « moins qu’hier (plus que demain)  

Pour en parler ce matin des pouvoirs du rire et de la magie du dessin, de ce trait à peine esquissé capable de tout dire : 

  • Fabcaro, le dessinateur qui est aussi Fabrice Caro le romancier, nous aide à réfléchir cette étrange proximité du rire et du réfléchir

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A découvrir : le prochain album de FabCaro : Moon River (éditions 6 Pieds sous terre), sortie le 17 septembre 

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