Comment manier l'esprit et la lettre ? par un funambule des mots

Stéphane de Groodt
Stéphane de Groodt © Getty / Stephane Cardinale - Corbis

L'edito fiction de Charles Pépin : "Je voudrais vous raconter l’histoire des mots ou plutôt, l’histoire d’un homme. Un homme qui fait danser les mots, qui aime les frotter les uns aux autres, les malaxer comme une pâte jusqu’à ce que jaillisse, tel un éclat de rire, un sens ou un son, ou plutôt, un sens grâce à un son et parfois même, de l’insensé au cœur même du son, un homme qui joue avec les mots avec une dextérité de boxeur, une nervosité de pilote, un homme qui a dû en connaître, des sorties de route, et des craintes de déroute, un ancien de l’adolescence revenu de la dyslexie pour nous offrir ses fulgurances, « à voir l’océan aussi beau, je me dis que la mer veille », et c’est avec des phrases comme celles là et d’autres plus proches du haïku que nous voyageons avec lui, invités comme nous le sommes dans son pays, pas plat du tout, au pays de son absurdie…

Mais ce n’est pas si absurde que ça, d’aimer les mots comme ça 

Les libérer de leur sens premier, c’est nous les offrir dans une nouvelle nudité, et c’est nous faire confiance. Comprendrons-nous ? Maintenant, tout de suite ou dans une seconde, dans deux secondes… ? Temps suspendu, juste avant le sourire ou le rire, ou le rien. Comme quoi on peut être complice même sans tout comprendre, être ensemble et de cet être ensemble goûter l’ivresse, même dans le non-sens. 

Mais ce n’est pas si absurde que ça, d’aimer les mots comme ça. Freud déjà l’avait montré, cette vérité capable d’éclore au cœur du trait d’esprit. Lui se donne au jeu de mots, mais pas toujours pour se cacher, pas toujours par pudeur, pour se montrer parfois, se dire finalement. Et dans le jeu – jeu - surgit le je – je. L’absurdité se fait plus discrète : elle fait place à la liberté. Alors voila, c’est l’histoire d’un homme que les mots ont libéré, que les mots ont soigné : je ne vois vraiment pas ce qu’il y a là d’absurde.

Il se nomme l’ivre de mots et vous l’aurez compris, j’ai la joie de recevoir ce matin Stephane de Groodt, boxeur de mots mais aussi comédien, acteur et réalisateur, Stéphane de Groodt qui nous a rejoint sous le soleil de Platon pour réfléchir avec nous à cette belle question : que peuvent, au juste, les mots quand ils sont justes ?"

Stéphane de Groodt et Charles Pépin
Stéphane de Groodt et Charles Pépin © Radio France / Aurore Juvenelle/France Inter
Programmation musicale
L'équipe