Comment mener sa barque contre vents et marées ? Et savoir prendre les bonnes décisions au coeur de la tempête ?

Clarisse Crémer sur The Ocean Race Europe en mai 2021 près de l'Île de Groix
Clarisse Crémer sur The Ocean Race Europe en mai 2021 près de l'Île de Groix © Maxppp / Thomas Bregardis / Ouest-France

L'intro-fiction de Charles Pépin : 

Je voudrais vous raconter l’histoire de la décision, ou plutôt, l’histoire d’une femme. C’est une femme qui est sur des rails, bonne élève, bonne à l’école, bonne grande école, bonne carrière, une femme qui ne fait pas de vagues, qui fait tout bien comme il faut. Elle pourrait continuer, inscrire ses pas dans les pas de ceux qui l’ont précédé, elle pourrait réussir comme tout le monde, mais un jour, elle rencontre son désir, et ce jour là : 

Elle se dit qu’elle préfère aller vers son risque, quitter à se planter

Rater d’une manière qui lui ressemble plutôt que réussir comme tout le monde, et c’est peut-être pour cette raison qu’elle va réussir d’une manière qui lui ressemble. Mais n’allons pas trop vite, nous n’en sommes pas là. Elle vient juste de prendre sa décision. Quitter sa grande banque à la Défense pour se lancer dans la musique, elle a en tête l’exemple de Ben Mazué, le médecin devenu chanteur. Il l’a fait, lui, alors pourquoi pas elle ? Pour réussir à prendre cette décision, elle fait le contraire de ce qu’on lui a appris dans sa grande école. On lui a appris à choisir, mais décider, c’est bien plus que choisir. Choisir, c’est savoir avant d’agir. Décider, c’est agir avant de savoir. Choisir, c’est écouter les critères. 

Décider, c’est savoir s’écouter

Choisir, c’est faire confiance à sa raison. Décider, c’est se faire confiance, en entier, faire confiance à sa raison mais aussi à son imagination, à son corps - à son intuition. Choisir, c’est se soumettre à un argument. Décider, c’est affirmer sa liberté. On choisit parce qu’on sait, on décide parce qu’on ne sait pas. Ou alors on sait, mais autrement. On sait même que c’est risqué… Décider implique un consentement profond à la possibilité de l’échec. Kierkegaard, parlant de la décision de la foi, la définit comme un "saut méta-rationnel". Meta, en grec, ça veut dire au-delà. Un saut au-delà de la raison, voila une belle définition de la décision. Elle, elle ne décide pas de croire en Dieu, elle décide de croire en elle, en sa musique ; elle décide de croire en son désir. 

Mais comment trouver ce courage quand on a appris toute sa vie à respecter des consignes, des normes, des process ? Comment apprendre ce sens du risque, qui n’est pas l’amour du risque, mais sans lequel aucune décision n’est possible ?

Pour en parler ce matin, j’ai le plaisir de recevoir la femme la plus rapide du monde, en tout cas sur l’eau, la navigatrice Clarisse Crémer, 32 ans à peine, récemment 12ème au Vendée Globe, nouvelle détentrice du record féminin du tour du monde en solitaire, qui nous a rejoint sur la terre ferme, sous le soleil de Platon, pour nous aider à répondre à cette belle question : "Une vie sans risque est-elle encore une vie ?"

Charles Pépin avec la navigatrice Clarisse Crémer
Charles Pépin avec la navigatrice Clarisse Crémer © Radio France / Aurore Juvenelle/France Inter
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