Peut-on rire de tout ? Il y a-t-il des limites à l'humour ?

Jul, auteut de BD,
Jul, auteut de BD, © AFP / Celine Villegas / Hans Luca

L'intro-fiction de Charles Pépin : 

Je voudrais vous raconter l’histoire du rire, ou plutôt, l’histoire d’un homme. Ce n’est pas le genre d’homme à prendre part aux petits combats de coq. C’est un homme qui souffre du malaise des autres. Un homme qui voit tout, la gêne des uns et l’agressivité des autres, ceux qui ont pris leur revanche sociale et tiennent à le faire savoir, comme ceux qui ne l’ont pas prise et portent en eux le regret de n’avoir pas vengé leurs parents.

Il voit tout, il sent tout, et ce soir plus que jamais, autour de cette table. Il voit ce garçon parler plus fort que les autres pour étaler ses succès, il voit la compagne de ce garçon hésiter entre honte et fierté, puis pencher pour la honte, il voit le voisin de ce garçon agressé par une impudeur qui lui semble grossièreté, il voit le doute dans les yeux du couple qui reçoit quand l’ambiance ne prend pas, il voit la jalousie la peur même dans les yeux de cet homme, il voit tout, il voit trop : les stratégies sociales, les rancoeurs, l’obsession de la reconnaissance, le bonheur… qui s’éloigne…  

Alors, il fait ce qu’il sait faire, il accomplit sa mission de libérateur, sa vocation de sauveur : il fait rire. C’est un bon mot, une histoire drôle, une anecdote… Et voila le rire comme une vague qui déferle sur la table, le rire comme une onde de joie qui rebondit de corps en corps. Soudain, l’impudique est un peu moins impudique, la honteuse un peu moins honteuse, le jaloux un peu moins jaloux… Ces individus collés à leur identité, accrochés à leur égo, voici qu’un mouvement nouveau les anime, les décolle d’eux-mêmes. 

Le rire est ce décollage, il est comme un fluide qui dissout la colle, desserre les mâchoires, redonne du jeu

On respire un peu, épargné pour un temps par l’esprit de sérieux. Ce rire est sa victoire. Enfin, nous sommes ensemble. Nous ne rions pas de, nous rions avec. Ce rire n’est surtout pas le rire social dont parle Bergson : ce n’est pas le rire qui remet à sa place le déviant, qui rappelle à l’ordre le différent

Ce rire laisse entendre au contraire que personne n’est à sa place ou que tout le monde l’est, que la vie n’a de toute façon pas grand sens, que l’existence n’est jamais qu’un joyeux bordel alors, autant en rire. 

Ce rire est une sagesse : à quoi bon s’accrocher à son égo quand nous sommes tous embarqués sur le même bateau ? Il va mieux, maintenant, notre démiurge amoureux de son œuvre, de son bon mot, il contemple son pouvoir : cette fille qui mourait de honte, voila qu’elle pleure de rire, cet homme qui voulait faire taire l’assemblée, voila qu’il prend part au concert… 

Pour en parler ce matin, du pouvoir du rire mais aussi de ses limites, j’ai le plaisir de recevoir le dessinateur Jul, peut-être d’ailleurs qu’il ressemble un peu au héros de cette chronique, Jul, l’auteur notamment de Silex and the City descendu dans la caverne de France Inter, sous le soleil de Platon, pour nous aider à répondre à cette belle question : 

Quel est le véritable pouvoir du rire ?

Pour aller plus loin : découvrez les albums de Jul chez Dargaud 

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  • Jul (auteur)Dessinateur de presse et auteur de bandes dessinées
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