Sous le soleil de l'Espagne, sur les chemins de la sensualité et de la créativité, en compagnie de la chanteuse Olivia Ruiz

Olivia Ruiz en février 2019 à Paris
Olivia Ruiz en février 2019 à Paris © Getty / Marc Piasecki

L'intro-fiction de Charles Pépin : "Je voudrais vous raconter l’histoire de l’exil ou plutôt, l’histoire d’une femme. Une femme moderne, une battante, pas le genre à ruminer le passé, pas le genre à ressasser, plutôt le genre à foncer. Elle  est un immense succès et qui nous a rejoint sous le soleil de Platon pour nous parler d’exil, mais aussi – ce qui n’est pas sans lien - de liberté, de sensualité, de créativité."

Elle préfère même ne pas trop y penser, ce n’est pas non plus du déni, c’est juste qu’elle veut aller de l’avant, qu’elle n’a pas de temps à perdre avec le passé, surtout qu’il est plutôt malheureux.

Ce passé est celui de ses parents et de ses grands parents, des juifs pourchassés, persécutés, exilés. 

Lorsqu’elle s’est mariée à un catholique, ils en ont été plutôt heureux

On ne sait pas de quoi l’histoire est faite, c’est peut-être plus prudent d’avoir le judaïsme discret, d’être protégé par un nom qui n’attire pas les antisémites comme des mouches.  

Que reste-t-il en elle de cette Europe de l’Est ? Les membres de sa famille qui en perpétraient les rites et traditions s’en sont allés, elle est née et a grandi à Paris et lorsqu’elle quitte la France, elle s’envole pour à Dubaï ou New York et pas pour la Pologne. 

Que reste-t-il en elle de ce mélange si particulier de tristesse et de joie, de la culture de ses aïeux, du génie de ceux qui savent danser sur les ruines et continuer à lire même quand ils n’ont plus rien à manger ? 

La tristesse, elle ne voit pas trop, il lui arrive d’être fatiguée, agacée, mais la tristesse, franchement, elle manque de temps pour ça. Quant à la joie, elle a trop de satisfactions, de reconnaissance, elle a trop de bonheur pour savoir ce que c’est, il n’y a qu’à entendre le bruit de ses talons sur le trottoir : elle avance, elle trotte, elle a plein de rendez-vous et le temps presse, le passé repassera.

Sauf qu’il y a cette musique, soudain, qui s’échappe de la fenêtre d’un bar, et tout revient d’un coup

Aucun souvenir conscient, mais tout revient d’un coup. Sauf qu’il y a ces violons, ces clarinettes, le mode mineur de cette musique et des larmes dans ses yeux. Elle ne comprend rien, à ce qui déborde en elle, ce qui la submerge. Sa poitrine se secoue, c’est la musique de son pays, même si elle n’y a jamais mis les pieds. 

C’est le chant des exilés, qu’elle reconnait comme sien, enfin. 

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Son corps lui rappelle qu’elle est enfant de l’exil, son émotion lui crie ce que sa conscience a oublié, elle est triste enfin, triste et joyeuse et ça fait tant de bien. 

Pour en parler ce matin, de ce que l’exil fait au cœur, de ce que c’est qu’être ou pas à sa place, j’ai la joie de recevoir la chanteuse Olivia Ruiz, dont le premier roman, La commode aux tiroirs de couleurs, est un immense succès et qui nous a rejoint sous le soleil de Platon pour nous parler d’exil, mais aussi – ce qui n’est pas sans lien - de liberté, de sensualité, de créativité.

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