L'ex-champion olympique nous livre sa philosophie du sport, dans la victoire comme dans la défaite.

L'ex-champion olympique nous livre sa leçon d'humanisme
L'ex-champion olympique nous livre sa leçon d'humanisme © Getty / Stanislaw Pytel

L'intro-fiction de Charles Pépin : 

Je voudrais vous raconter l’histoire d’un match de tennis, un match qui oppose deux jeunes joueurs, l’un Français, l’autre Espagnol. Ils ont tous les deux treize ans et s’affrontent, sous le soleil non de Platon mais de la ville de Tarbes, en finale du championnat du monde qui s’appelle le Tournoi des Petits As. Du Français, on dit que c’est peut-être le meilleur joueur de tous les temps, on a rarement vu quelqu’un jouer comme ça à treize ans, son revers à une main notamment est comme une œuvre d’art, un modèle du genre, une définition même du flow, et puis cette façon de prendre la balle très tôt, de jouer en avançant : 'le champion que la France attendait', titre Tennis Magazine. Ce jeune français s’appelle Richard Gasquet, il gagne tout depuis des mois et en effet, ce jour là, il gagne encore, il remporte assez facilement sa finale contre le jeune Espagnol. 

Ce dont je voudrais vous parler aujourd’hui, c’est de cet Espagnol, ou plus exactement, de son regard, de ses yeux, de ce qu’il y a dans ses yeux quand il perd. Il y a de l’abattement, évidemment, d’autant qu’il a perdu sèchement. De l’abattement, mais pas seulement. Il y a également de la curiosité. Il vient de se prendre une raclée mais quand même, c’est sacrément intéressant. Quoi ? On peut jouer au tennis comme ça ? Avec cette fluidité, cette rapidité, cette technicité ? Il vient de se prendre le mur du réel en pleine face mais précisément, c’est cette résistance l’intéresse. 

"Le réel, c’est ce contre quoi je me cogne"  

Mais de quoi donc est fait ce réel ? Quelle est son épaisseur ? Sa tessiture ? Le match a lieu sur terre battue et l’humilité, étymologiquement, vient de humus : la terre. Mais la leçon n’est pas simplement d’humilité. Elle est aussi technique. Cette curiosité, dans les yeux de ce jeune Espagnol, est une promesse de progrès. On ne se pose pas autant de questions quand on ne fait que gagner.

Quand on gagne, on fête ça et on prie pour que ça dure, on essaie de répéter la recette qui marche. C’est quand ça ne marche pas qu’on se demande comment ça marche. Ainsi la sagesse vient-elle avec l’échec. Le succès est bien agréable, mais l’ivresse du succès ne nous enseigne pas grand-chose. 

"Il n’y a qu’une ivresse du succès quand il y a une sagesse de l’échec"

L’année d’après, ce jeune Espagnol remportera le Tournoi des Petits As contre ce même Richard Gasquet, et puis il deviendra le meilleur joueur de tous les temps sur terre battue et remportera 20 tournois du Grand Chelem. Ce jeune garçon de 13 ans s’appelle Rafael Nadal et jour là, sous le soleil de Tarbes, il aura plus appris en une défaite qu’en quinze victoires

Pour en parler ce matin, de l’échec et du succès, et surtout de ce que c’est que progresser, j’ai la joie de recevoir celui qu’on surnomma le squale, ancien champion du monde du natation, Yannick Agnel, qui nous a rejoint sous le soleil de Platon pour nous aider à répondre à cette belle question : comment réussir ses échecs, et peut-être même ses succès ?

Pour aller plus loin : Yannick Agnel est directeur sportif du MCES, Mon Club d'E-Sport, à Marseille, où il enseigne les valeurs du sport de haut niveau aux joueurs de jeux vidéos 

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