Une leçon de musique, de Bach au Jazz...

André Manoukian pour évoquer l'art de l'improvisation
André Manoukian pour évoquer l'art de l'improvisation © Maxppp / Vincent Isore

L'intro-fiction de Charles Pépin 

Je voudrais vous raconter l’histoire de la musique, ou plutôt, l’histoire d’un homme. Un homme qui a toujours senti en lui un tumulte contradictoire, des vents contraires qui soufflent, quelque chose comme un trouble dans son identité, un trouble et même, une cacophonie : sa sensibilité réclame quelque chose quand sa raison exige le contraire, il aspire consciemment à ceci quand son inconscient exige cela, comme tout le monde me direz-vous mais lui il le sait, il le sent, lui il ne se ment pas à lui-même, il ne dit pas qu’il sait qui il est, il a toujours été fasciné par ceux qui savent qui ils sont, et tiennent en général à bien le faire savoir, ceux qui connaissent clairement leur identité et n’ont rien trouvé de mieux que d’être fiers de ce qu’ils n’ont pas choisi, lui n’a pas cette chance, 

En lui la douceur et la violence se font la guerre, comme sa part obscure et sa part solaire

Sa part réaliste et sa part mystique, sa part juive et sa part catho, l’Afrique du Nord et le Limousin, il est éclaté, multiple, hétérogène, hétéroclite, complexe et pas simplement compliqué, et il a cette impression parfois que la société ne l’autorise pas à être ainsi, qu’il faut qu’il se simplifie, qu’il se présente sous un jour unifié, pour qu’on puisse l’identifier, le reconnaître à cette étiquette sur son front, là, bien plantée, son identité, et toi, tu fais quoi dans la vie ? 

Alors bien sûr il y a le divan, il lui arrive parfois sur le divan de laisser souffler ces vents contraires, il y a les musées aussi, devant certains tableaux, un autoportrait de Rembrandt par exemple, il lui est arrivé de cesser de se mentir, il y a l’amour bien sûr, le rare le brulant amour, celui qui nous donne la force de cesser de jouer et de tomber le masque, il ne sait toujours pas qui il est mais il s’en fout puisque elle l’aime, puisqu’elle le porte, et le transporte vers un autre moi, celui qu’il révèle et devient dans ses bras, mais plus encore que le divan, plus encore que les tableaux, bien plus que les tableaux, peut-être même plus que l’amour, il y a la musique, rock and roll suicide de Bowie, A day in the Life des Beatles, la vida tombola de Manu Chao, et voila que toute sa complexité a enfin droit de cité, 

Voila que se mettent à danser toutes ces parts de lui-même

... Il est à la fois dark et solaire, doux et vénère, conscient et inconscient, limousin et africain. Ce que le divan fait en dix ans, ce que l’amour fait en deux ans, une bonne chanson le fait en deux minutes, mais comment est-ce possible ? D’où vient ce pouvoir de la musique ? 

Pourquoi la musique, quand elle est bonne, nous fait-elle tant de bien ? 

Pour en parler ce matin, j’ai la joie de recevoir André Manoukian, l’apatride Manoukian qui est pourtant bien chez lui dans la caverne de France Inter, et nous a rejoint sous le soleil de Platon pour nous apporter ses lumières.

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