Comment apprivoiser le temps et vivre plus intensément ? Le penseur nous livre sa philosophie de la longévité

Le philosophe Pascal Bruckner
Le philosophe Pascal Bruckner © Getty / Eric Fougere / Contributeur

L'édito fiction de Charles Pépin : "Je voudrais vous raconter l’histoire de la maturité ou plutôt, l’histoire d’un homme. Un homme qui a pris un coup de vieux mais qui ne l’a pas mal pris. De sentir ses forces s’amoindrir, il s’est ouvert d’avantage à la force du monde. C’est amusant, d’ailleurs, il n’y avait pas trop prêté attention auparavant, à cette force du monde, il manquait de temps pour s’en émerveiller, de la beauté du monde, il avait trop à faire avec sa force propre, ses buts d’individu, ses projets, ses succès. Il avait tant à conquérir, tant à posséder, qu’il lui manquait le loisir, de contempler.

Bien sûr, il y a ce dos qui porte mal le poids des ans, ce relâchement des chairs comme un affront à sa vigueur d’antan, bien sûr il y a ces matins chagrin, plus chagrin qu’avant, mais ce qui l’alourdit l’allège en même temps : 

il découvre l’attention, à cette trouée de lumière dans le ciel soudainement, à cet enfant qu’il n’a pas vu grandir parce qu’il travaillait trop, mais il est encore temps. 

Que va-t-il faire de ses vingt ans ?

De ses vingt ans de vie supplémentaire ? Né un demi-siècle plus tôt, il aurait l’âge de mourir. Mais les progrès de la science et de la médecine lui offrent vingt ans de vie en plus, et il compte bien en profiter. Il n’y a pas d’âge pour philosopher, écrivait Epicure en un temps où l’on mourrait à 35 ans. Que va-t-il faire du temps qui reste ?

Apprendre et découvrir, interroger, regarder comme jamais, aimer, aimer la vie qui reste et l’aimer même si

Comprendre qu’il aurait pu n’être jamais, et qu’à cette chance, à cette contingence, à ce miracle s’ajoute celui de l’avoir enfin compris. Comprendre qu’il y a quelque chose d’éternel dans le simple fait d’avoir été. Comprendre la chance qu’il a. Il mourra ? Il aurait pu n’être jamais. Il vieillit ? C’est la grâce même d’une vie : il va essayer d’être un bon vieux, de ne pas s’alléger de ses devoirs mais au contraire de les multiplier, de penser à ceux d’après, il va même essayer d’être un bon mort. Qui ne laisse pas trop de cadavres dans le placard. 

Mais pour ça, il faut du temps, et c’est ce temps que vieillir nous offre. Etre un bon vieux et un bon mort, c’est cela pour lui, et jusqu’au bout, être un bon vivant. 

Aimer vraiment la vie, est-ce l’aimer encore même quand elle se retire ? Peut-on vraiment réussir, quand on follement aimé l’aube, à adorer le crépuscule ?

C’est pour répondre à cette question que j’ai le plaisir ce matin de recevoir Pascal Bruckner, essayiste et romancier, depuis 50 ans, oui 50 ans, 50 ans à nous éclairer, 50 ans penser librement et joyeusement pour nous rejoindre maintenant, sous le soleil de Platon, et nous accompagner sur le chemin de cette belle question : qu’est-ce que bien vieillir ?"

Charles Pépin et Pascal Bruckner à la sortie de l'émission Sous le soleil de Platon le 16 juillet 2021
Charles Pépin et Pascal Bruckner à la sortie de l'émission Sous le soleil de Platon le 16 juillet 2021 © Radio France / Aurore Juvenelle/Estelle Gapp

Retrouvez le livre de PAscal Bruckner, Une brève éternité, éditions Grasset 

Prochains rendez-vous  dans la caverne de France Inter :

 Marina Chiche, Arthur Teboul, Guillaume Gallienne, Stéphane De Groodt, Emmanuelle Devos, Eric Fiat, Jul, André Manoukian, Mathilde Laurent, La Grande Sophie.... 

Et au mois d'août, "Sous le soleil de Platon" : 

 Alexandre Lacroix, Clarisse Crémer, Albert Moukheiber, Cynthia Fleury, Bruno Verjus, Barbara Cassin, Martin Luminet, Camille de Toledo, Manon Loizeau, Oxmo Puccino, Sebastiao Salgado, Catherine Meurisse, David Foenkinos, Olivier Pourriol, Emilie de Beuil, Christophe Galfard, Keren Ann, Clio, Sylvain Ohrel, Fanny Ardant...  

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