Comment réconcilier psychanalyse et thérapies comportementalistes ?

Émilie de Bueil - Charles Pépin
Émilie de Bueil - Charles Pépin © Radio France / Estelle Gapp - Aurore Juvenelle

L'intro-fiction de Charles Pépin 

Je voudrais vous raconter l’histoire de la thérapie ou plutôt, l’histoire d’un homme. C’est un homme qui croit qu’il n’en a pas besoin, de thérapie. Non qu’il n’ait pas d’angoisses, de blocages, de coups de mou, il lui arrive même d’être lui carrément dans le dur, de ne plus y arriver. Il ne se sent pas invulnérable, loin de là, mais il a ses amis qui lui rendent la vie si douce, il a sa salle de sport aussi, et la piscine dans laquelle il fait ses longueurs avec une patience d’artisan. Il aime beaucoup cette phrase d’un ancien président : 

"Il n’y a pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par régler"

Il n’y a pas de problème qu’une heure de brasse coulée ne finisse par régler, rectifie-t-il en souriant. Entre ses amis, si solides, et la joie liquide de l’eau de la piscine, il n’a pas vraiment de place pour un psy ; il n’en a pas besoin. Jusqu’au jour où. 

 Qu’est-ce qui soudain du passé fait retour pour lui casser les jambes et le clouer au lit, lui ôter tout désir en même temps que tout espoir de s’en sortir seul ? Parler à ses amis, il n’y arrive plus, c’est comme une honte, une honte bue, une honte tue, un bloc de fonte dans la bouche et dans l’âme. Quant à aller à la piscine, la seule idée du bain l’angoisse au plus haut point, il coule déjà suffisamment comme ça. 

C’est alors qu’il la rencontre

Parce qu’il n’a pas le choix et sans même savoir comment il se retrouve là, dans son petit cabinet au rez de chaussée, qui donne sur un joli jardinet. Lors de leur première séance, il parle beaucoup, il se tait beaucoup aussi et ça lui fait du bien, d’avoir le droit au silence. Elle lui dit un truc, un truc simple, mais un truc qui le concerne, oui c’est ça le mot, un truc qui le concerne lui, et personne d’autre. 

Est-ce le lieu, est-ce le lien ? Qu’est-ce qui se passe ici, et nulle part ailleurs, qui lui fait tant de bien ? Pourquoi réussit-il à lui dire ce qu’il n’a pas su dire à son meilleur ami ? Et elle, comment l’écoute-t-elle ? Est-ce qu’elle est concentrée ? Est-ce qu’elle pense aux courses de son diner ? Est-ce qu’elle arrive à être concentrée tout en pensant à son diner du soir ? Elle, c’est étrange, il ne sait rien d’elle, mais ça ne le dérange pas. 

Mais de quelle nature est leur lien, de quoi donc est fait ce lien qui le libère ?

Il n’est ni intime, puisqu’elle ne parle pas d’elle, ni professionnel, puisqu’il raconte toute sa vie. Est-il fait de mots, de confiance, de silence ? Est-il fait de temps, d’espace, de présence ? 

Pour en parler ce matin, de ce lien et de ce lieu, du mystère même de la relation thérapeutique, j’ai la joie de recevoir Emilie de Bueil, psychologue et psychothérapeute, auteur de Voir un psy, un excellent podcast sur la plateforme Majellan, Emilie de Bueil qui nous a rejoint sous le soleil de Platon pour nous aider à répondre à cette question : "Qu’est-ce qu’une bonne thérapie ?" 

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