Comment être présent à soi sous le regard de la caméra ?

Emmanuelle Devos à la 45e cérémonie des César en 2020
Emmanuelle Devos à la 45e cérémonie des César en 2020 © Maxppp / Franck Castel

L'Edito fiction : "Je voudrais vous raconter l’histoire de la présence, ou plutôt, l’histoire d’une femme. C’est une femme que le passé parfois rattrape, mais elle n’est pas nécessairement contre un peu de nostalgie. C’est une femme que l’avenir intéresse, interroge, inquiète, appelle aussi, mais cette impatience, cette inquiétude, elle ne les redoute pas plus que cela. C

Chaque seconde de son présent en même temps s’enfuit dans son passé et la conduit vers son avenir, comment en serait-il autrement ? 

Sa vie est ainsi faite : des regrets des remords et de jolis souvenirs… Des espérances des attentes et puis cette impatience… Alors elle écoute, songeuse, un peu interdite, l’injonction de notre temps : il faudrait être pleinement présent, dans l’ici et le maintenant, que le passé soit passé et l’avenir évanoui, il faudrait se retrouver, se ressourcer dans le pur instant présent… A vrai dire, ils lui font un peu peur, ces apôtres de la psychologie positive qui la fixent comme des serpents en lui parlant de pleine conscience, qui lui répètent comme un mantra que seul existe l’ici et le maintenant. Elle, elle rêvasse… Elle est à la fois présente et absente, ici et ailleurs… Bien sûr qu’elle la sent, la caresse du soleil sur sa peau, mais cela ne l’empêche pas de se souvenir des belles choses du passé, de cette nuit par exemple, une nuit d’été avec lui, la fenêtre était ouverte et on entendait, au loin, les vagues qui se brisent sur la plage… 

Finalement, peut-être qu’elle sent, au présent, la caresse du soleil sur sa peau d’autant plus qu’elle se promène, en esprit, dans le jardin de son passé… 

Elle, elle rêvasse, elle aime les balades en pleine nature et là encore, au cœur même du présent de sa contemplation, elle s’évade dans l’absence, elle est là et puis elle n’est plus là, et puis elle revient, et c’est peut-être dans l’instant de son retour qu’elle est présente comme jamais. Elle écoute Bashung dans son salon, « Madame rêve »… Est-ce qu’elle est ici ou là bas ? Elle est dans la chanson ou dans son salon ? Elle voit des choses au plafond de son salon qu’elle n’avait jamais vues, elle est plus présente que jamais, mais c’est parce que la chanson l’a emmené ailleurs et qu’elle est revenue. Au fond, c’est parce que sa rêverie l’a emmené ailleurs qu’elle est là, maintenant, avec une acuité de perception nouvelle, au beau milieu de son salon... Et quand elle fait l’amour, elle part ou elle revient ? Ne s’absente-t-elle pas finalement, au coeur brûlant de sa présence la plus intense ?

Elle ne connait pas cette phrase de Bergson : « il n’y a pas de perception qui ne soit imprégnée de souvenirs ». Elle ne la connait pas mais elle est d’accord avec lui : le pur présent n’existe pas. 

Ce serait nous simplifier, que de nous demander d’être simplement présents. Notre présence n’est jamais aussi belle que lorsqu’elle est teintée d’absence, tentée par l’absence. Pour en parler ce matin, de la présence, j’ai la joie de recevoir Emmanuelle Devos, bien présente dans la caverne de France Inter, Sous le soleil de Platon, pour nous aider à réfléchir à cette belle question : qu’est-ce qu’être vraiment présent ?"

Les invités
L'équipe