Ce soir Angélica Liddell est l'invité spéciale de Studio Théâtre.

Elle nous vient d'Espagne, et c'est un ouragan!

Avec deux spectacles qui ont fait fureur au 64° festival d'Avignon (2010), elle est ce trimestre à l'affiche de deux théâtres parisiens: Le Rond-Point et l'Odéon.

Ses propos sont interprétés par Paloma Goulemot .

  • Son spectacle El Ano de Ricardo (L'Année de Richard) , créé en Espagne en décembre 2005 et présenté lors du 64° festival d'Avignon en 2010, est repris au Théâtre du Rond-Point jusqu'au 29 janvier.

Jamais ma langue ne put connaître un doux mot capable d’adoucir la colère. Avignon 2010 : choc et unanimité à la fois, Angélica Liddell fait l’événement. En deux spectacles, elle ébranle l’été et le rôle même du théâtre. Épopée choc, La Casa de la fuerza (La Maison de la force) révèle la puissance d’une écriture essentielle. El Año de Ricardo , d’après le monstre de Shakespeare, lâche les chiens de l’abjection. Lui, Richard III, séduit, mord, manipule pour le bonheur d’être abject, vise les pouvoirs, les obtient tous, en jouit jusqu’à la déchéance. Enragé difforme, il torture dans l’impunité et la délectation pour arriver à ses fins. En une heure, la comédienne s’empare de ce loup sanguinaire, fouille la haine jusqu’au dégoût, dissèque la cervelle et les entrailles du mal. À ses côtés, un corps sans voix, qu’elle maltraite autant que le sien. C’est Catesby, le souffre-douleur. Plus loin, un sanglier figé à qui elle se confie, en espagnol ou en français. Ici, Richard III boit des litres, recrache, urine. Il vocifère, rit, injurie, et crache les mots de Primo Levi, et vomit La Marseillaise . Il rote, éructe, animal génial.Liddell bouleverse les attentes et les codes de jeu, elle mue, et le monstre prend corps : l’homme, capable de la Shoah et de l’oubli, ce pourri dedans et dehors. À corps perdu, elle plonge dans la maladie, la sienne et celle du tyran. Lui comme elle, maniaco-dépressifs, bouffis de bières et de calmants, s’enlisent dans leurs volcans d’émotions. Artiste ou martyre, virtuose de la performance obscène et grandiose, l’actrice et dramaturge espagnole expose la douleur du monde, l’horreur de l’autre. Pari tenu : exhiber le dégoût, disséquer les entrailles de la bête immonde. Au bout de ce chemin sulfureux et de sa terrible violence, demeurent longtemps enfin les cris des enfants morts, entre autres spectres de guerres.

Pierre Notte

  • La Casa de la Fuerza sera repris au Théâtre de l'Odéon du 23 au 28 mars prochain.

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Angélica Liddell

Théâtre du Rond Point

Théâtre de l'Odéon

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