« Vous me demandez de labourer la Terre ! Prendrai-je un couteau pour déchirer le sein de ma mère ? Alors, quand je mourrai, elle ne me prendra pas dans son sein pour que j’y repose. Vous me demandez de creuser pour extraire des pierres ! Creuserai-je sous sa peau pour prendre ses os ? Alors, quand je mourrai, je ne pourrai pas entrer dans son corps pour naître de nouveau. Vous me demandez de couper l’herbe, d’en faire du foin et de le vendre, et de m’enrichir comme les hommes blancs. Mais comment oserais-je couper la chevelure de ma mère ? »

L’idée que la Terre est la mère de tout ce qui existe est le fondement, non seulement de la religion de[/du chef] Smohalla, mais de la pensée religieuse des tribus Indiennes […] Pour la pensée Indienne, le maïs, les fruits, les racines comestibles sont les dons que la Terre Mère donne avec générosité à ses enfants. Lacs et étangs sont ses yeux, les collines, ses seins, et les torrents, le lait qui coule à flots de sa poitrine. Tremblements de terre et bruits souterrains sont les signes de sa colère quand ses enfants agissent mal.

James Mooney. La Religion de la Danse des Esprits et la révolte Sioux de 1890 (passage cité par A-M Marina-Mediavilla, 1998, dans sa préface de Colline de Giono).

Pour la première fois, il pense, tout en bêchant, que sous ces écorces monte un sang pareil à son sang à lui : qu’une énergie farouche tord ces branches et lance ces jets d’herbes dans le ciel. […] Ainsi, autour de lui, sur cette terre, tous ses gestes font souffrir ? Il est donc installé dans la souffrance des plantes et des bêtes ? Il ne peut donc pas couper un arbre sans tuer ? Il tue, quand il coupe un arbre. Il tue quand il fauche… Alors, comme ça, il tue tout le temps ? Il vit comme une grosse barrique qui roule en écrasant tout autour de lui ? C’est donc tout vivant ? Janet__ l’a compris avant lui. Tout : bêtes, plantes, et, qui sait ? peut-être les pierres aussi.

Alors, il ne peut plus lever le doigt sans faire couler des ruisseaux de douleur ? Il se redresse : appuyé sur le manche de l’outil, il regarde la grande terre couverte de cicatrices et de blessures.

Cette terre ! Cette terre qui s’étend, large de chaque côté, grasse, lourde, avec sa charge d’arbres et d’eaux, ses fleuves, ses ruisseaux, ses forêts, ses monts, ses collines, et ses villes rondes qui tournent au milieu des éclairs, ses hordes d’hommes cramponnés à ses poils, si c’était une créature vivante, un corps ? […] Ce val, ce pli entre les collines, où je suis en train de gratter, s’il allait bouger sous le coupant de ma bêche ? Un corps ! Avec de la vie ! […] Une vie immense, très lente, mais terrible par sa force révélée, émeut le corps formidable de la terre, circule de mamelons en vallées, ploie la plaine, courbe les fleuves, hausse la lourde chair herbeuse. Tout à l’heure, pour se venger, elle va me soulever en plein ciel jusqu’où les alouettes perdent le souffle.

Jean Giono.Colline.

Il est devant ses champs. Il s’est arrêté devant eux. Il se baisse. Il prend une poignée de cette terre grasse, pleine d’air, et qui porte la graine. C’est une terre de beaucoup de bonne volonté. Il en tâte, entre ses doigts, toute la bonne volonté.

Alors, tout d’un coup, là, debout, il a appris la grande victoire. Il lui a passé, devant les yeux, l’image de la terre ancienne, renfrognée et poilue, avec ses aigres genêts et ses herbes en couteau. Il a connu d’un coup, cette lande terrible qu’il était, lui, large, ouvert au grand vent enragé, à toutes ces choses qu’on ne peut pas combattre sans l’aide de la vie. Il est debout devant ses champs. Il a ses grands pantalons de velours brun, à côtes ; il semble vêtu avec un morceau de ses labours. Les bras le long du corps, il ne bouge pas. Il a gagné : c’est fini. Il est solidement enfoncé dans la terre comme une colonne.

Jean Giono.Regain .

Articles scientifiques :

Borrell F, Junno A, Barcelo JA. Synchronous environmental and cultural change in the emergence of agricultural economies 10,000 years ago in the Levant . PLoS One 2015, 10:e0134810.

Gallagher EM, Shennan SJ, Thomas MG. Transition to farming more likely for small, conservative groups with property rights, but increased productivity is not essential . Proceedings of the National Academy of Sciences USA 2015, 112:14218-23.

Zeder MA. Core questions in domestication research . Proceedings of the National Academy of Sciences USA 2015, 112:3191-8.

Mariotti Lippi M, Foggi B, Aranguren B, et coll .Multistep food plant processing at Grotta Paglicci (Southern Italy) around 32,600 cal B.P . Proceedings of the National Academy of Sciences USA 2015, 112:12075-80.

Fuller DQ, Denham T, Arroyo-Kalin M, et coll . Convergent evolution and parallelism in plant domestication revealed by an expanding archaeological record . Proceedings of the National Academy of Sciences USA 2014, 111:6147-52.

Gremillion KJ, Barton L, Piperno DR. Particularism and the retreat from theory in the archaeology of agricultural origins . Proceedings of the National Academy of Sciences USA 2014, 111:6171-7.

Larson G, Piperno DR, Allaby RG, et coll .Current perspectives and the future of domestication studies . Proceedings of the National Academy of Sciences USA 2014, 111:6139-46.

Bowles S, Choi JK. Coevolution of farming and private property during the early Holocene . Proceedings of the National Academy of Sciences USA 2013, 110:8830-5.

Riehl S, Zeidi M, Conard NJ. Emergence of agriculture in the foothills of the Zagros Mountains of Iran . Science 2013, 341:65-7.

Willcox G. Anthropology. The roots of cultivation in southwestern Asia . Science 2013, 341:39-40.

Bowles S. Cultivation of cereals by the first farmers was not more productive than foraging . Proceedings of the National Academy of Sciences USA 2011, 108:4760-5.

Barker G. Archaeology: The cost of cultivation . Nature 2011, 473:163-4.

Mercader J. Mozambican grass seed consumption during the Middle Stone Age . Science 2009, 326:1680-3.

Agenda :

Mardi 15 décembre 2015, de 19h à 21h à Paris :

Rencontre transdisciplinaire du Centre d’Etudes du Vivant – Institut des Humanités de Paris – Université Paris-Diderot, dans la série Les Battements du temps :

« Du Visage » , avec Victor Stoichita , écrivain ; professeur d’Histoire de l’Art moderne et contemporain, Université de Fribourg, Suisse ; médaille de vermeil 2015 de l’Académie française pour le rayonnement de la langue et de la littérature française.

Amphi Buffon , 15 rue Hélène Brion, 75013 Paris

Métro RER : Bibliothèque François Mitterrand. Bus : 62. 64. 89. 132. 325

Entrée libre mais avec réservation (réservation par e-mail : Y2VudHJlX2V0dWRlc19kdV92aXZhbnRAdW5pdi1wYXJpcy1kaWRlcm90LmZy)

Les références
L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.