Le Grand Prix des Médias 2013 de CB News a décerné le Prix de la meilleure émission de radio à « Sur les épaules de Darwin » de Jean Claude Ameisen. Merci à tous.

Cette émission est une rediffusion de l'émission du 7 janvier 2012, elle figure dans le dernier chapitre du livre "Sur les épaules de Darwin. Je t'offrirai des spectacles admirables", France Inter/LLL, 2013, pages 320-426.

A partir de ce presque Rien, un minuscule atome de neige, j’ai été proche de recréer l’Univers entier, qui contient tout ! Johannes Kepler. Strena seu de nive sexangula [Etrennes ou la neige hexagonale].

Voir un monde dans un grain de sable, Et un ciel dans une fleur sauvage, Tenir l’infini dans la paume de ta main, Et l’éternité dans une heure. William Blake. Auguries of innocence [Présages d’innocence].

A l’honorable Conseiller à la cour de sa majesté impériale, le seigneur Matthäus Wacker von Wackenfels, chevalier et patron des écrivains et philosophes, mon maître et mécène,De la part de son ami Johannes Kepler, mathématicien impérial de la cour, à Prague, auprès de Rudolf II, empereur du Saint Empire Romain, roi de Bohème et de Hongrie. […]Je sais à quel point vous appréciez le Rien. Et donc je peux facilement dire qu’un cadeau vous fera d’autant plus plaisir qu’il se rapprochera de Rien. Le cadeau qui vous fera plaisir devra donc être à la fois petit et insignifiant, peu couteux et éphémère, c’est à dire presque Rien. Et comme il y a de nombreuses choses qui partagent cette caractéristique dans le royaume de la nature, il me faut faire un choix parmi elles. […] Alors que je considérais avec anxiété ces sujets, je traversais un pont – mortifié par mon impolitesse d’apparaître devant vous sans cadeau de Nouvel An – sauf peut-être (pour continuer sur le même ton) celui que je veux toujours vous apporter, c’est à dire Rien. Et je ne parvenais pas à penser à quelque chose qui, tout en étant proche de Rien, pourrait pourtant être aussi l’occasion d’une réflexion subtile. A ce moment précis, par un fait heureux, une partie de la vapeur dans l’air a été assemblée en neige par la force de ce froid, et quelques flocons épars sont tombés sur mon manteau, tous hexagonaux, avec des branches duveteuses. Par Hercule ! Ici, il y avait quelque chose de plus petit qu’une goutte, et qui pourtant avait une forme. Ici, en effet, il y avait un cadeau de Nouvel An des plus désirables pour l’amoureux du Rien – un cadeau digne d’un mathématicien, puisqu’il descend du ciel et ressemble à une étoile. […]Notre question est : pourquoi les flocons de neige, quand ils tombent – avant de se mêler aux autres et de former de grands tas – pourquoi les flocons de neige tombent-ils toujours sous une forme qui a six angles et six branches, duveteuses comme des plumes ? Il doit y avoir une cause pour laquelle la neige a cette forme de petite étoile à six branches. Cela ne peut pas être dû au hasard. Pourquoi toujours six ? Johannes Kepler. Strena seu de nive sexangula [Etrennes ou la neige hexagonale].

Parti à la recherche d’un présent à travers les bourrasques de la Prague hivernale, Kepler trouve rien. Mais ce rien est tout : un flocon de neige lui révèle la structure de l’univers. Sa structure hexagonale est l’une des figures élémentaires de la matière – une « figure cosmopoétique », dit Kepler – c’est-à-dire littéralement, « fabricatrice du monde ». En cherchant à reconnaître de telles figures géométriques dans la nature, on accède au mystère du monde et de sa construction. Ces figures, Kepler les découvre partout : dans la forme hexagonale du flocon de neige, dans les cinq figures fondamentales qui président à la cosmologie képlérienne et expliquent les distances entre les planètes, dans les alvéoles d’un nid d’abeilles. [Le flocon de neige] objet infime mais crucial par sa fonction architectonique, éphémère mais permanent par sa structure géométrique. Sans doute, il s’agit d’un divertissement, d’un jeu. Mais ce jeu, et ce rien dissimulent la question essentielle de la construction de l’univers. […] Que la science ait pu être si poétique et littéraire, voilà qui peut sembler difficile à admettre. Frédérique Aït-Touati. Contes de la lune. Essai sur la fiction et la science moderne .

Lire la neige c’est comme écouter de la musique. Même quand il n’y a pas de chaleur, pas de nouvelle neige, pas de vent – même alors, la neige change. Comme si elle respirait – comme si elle se condensait et s’élevait et retombait et se désintégrait. Peter Høeg. Smilla et l’amour de la neige .

Ayant lu dans un ouvrage qu’entre la cristallisation dans le ciel et sa disparition après avoir touché terre et s’être délité, il se passait de huit à dix minutes pour un flocon de neige en forme d’étoile à six branches, et que, outre le vent, la température et la hauteur des nuages, le flocon était configuré par toute une série de facteurs mystérieux et incompréhensibles, [le poète] Ka eut l’intuition de la correspondance entre les flocons de neige et les êtres humains. Orhan Pamuk. Neige .

La neige tombait paresseusement autour de moi en grands flocons humides. Je pouvais voir l’espace entre chaque flocon, et tous les flocons ensemble produisaient une belle danse en trois dimensions. Auparavant, la neige me semblait tomber en rideau plat dans un plan en face de moi. J’avais l’impression de voir la chute de neige devant moi… Mais maintenant, je me sentais à l’intérieur, parmi les flocons de neige. Oubliant le déjeuner, je regardais la neige tomber pendant plusieurs minutes et, pendant que je regardais, j’étais submergée par une profonde sensation de beauté. Une chute de neige peut être très belle – surtout quand vous la voyez pour la première fois. Oliver Sacks. The mind’s eye [L’oeil de l’esprit].

Vous voyez ces splendides structures tomber du ciel, et nous ne pouvons toujours pas expliquer comment elles naissent. » La diversité des formes de cristaux de neige est surprenante. Des plaquettes hexagonales, des colonnes, des aiguilles, des étoiles ramifiées à six branches, des étoiles à douze branches, et beaucoup d’autres formes encore. Quand vous vous demandez comment se forment les flocons de neige, ce que vous êtes vraiment en train de vous demander, c’est comment des molécules passent d’un état gazeux désordonné – de la vapeur d’eau – à un état de réseau cristallin ordonnée – des cristaux de glace. J’utilise la glace comme modèle de croissance des cristaux. Kenneth Libbrecht. ‘The snowflake designer’. In: Nature .

Articles scientifiques :

Hoffman J. The snowflake designer [Questions and Answers with Kenneth Libbrecht]. Nature 2011, 480:453-4.

Ball P. In retrospect. On the six-cornered snowflake. Nature 2011, 480:455.

Corrales Rodrigáñez C. The use of mathematics to read the book of nature. About Kepler and snowflakes. Contributions to science 2010, 6:27-34.

Libbrecht K. Snowflake Science. A rich mix of physics, mathematics, chemistry and mystery. American Educator 2004, winter 2004/2005, pp.1-6.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.