Les routes de la musique avec André Manoukian. Ce matin on parle des paysages sonores, de la musique de la terre.

La musique venue de la nature
La musique venue de la nature © Getty / CEZARY ZAREBSKI PHOTOGRPAHY

Il est des territoires magiques sur notre planète qui n'ont pas besoin des hommes pour produire la musique la plus belle du monde. Nous baignons en permanence dans un fluide duquel nous tirons une foule d'informations, mais souvent, il nous faut faire un effort pour que nous en prenions conscience. 

Ce fluide, cette substance qui nous enrobe, s'appelle le paysage sonore

Cette notion a été inventée par un compositeur écologiste canadien, Raymon Murray Schafer né en 1933 en Ontario. Il nous renvoie à la banalité des sons qui nous entourent : le bruit de la rue, le battement de la pluie contre une vitre, le hurlement du vent pendant la tempête ou le clapotis d'une vague qui s'échoue sur la plage de galets d'un lac de montagne. 

Cette banalité des sons qui nous entourent est devenue l'ultime Graal des compositeurs. Le rêve d'Olivier Messiaen, qui était fasciné par les oiseaux, était de retranscrire le chant des premiers musiciens du monde, comme il les appelait. 

Et si la musique ultime était celle de la Terre, la géophonie,

La nature est sonore. Elle résonne des vibrations du monde. Après tout, le seul milieu dans lequel le sons ne se transmet pas est le vide. Et nul ne peut s'y développer. Pas de son, pas de vie. Il faut de l'air pour que l'onde sonore existe, se propage, nous fasse vibrer les tympans et nous enchante. 

L'instrument absolu pourrait être la harpe éolienne que l'on trouve dans le livre de Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique. 

Cette variation psychanalytique sur le thème de Robinson Crusoé raconte le parcours du marin qui, dans un premier temps asservit l'île déserte sur laquelle il était échoué en la cultivant et en domestiquant les animaux sauvages, puis, dans un second temps. Il découvre grâce à vendredi, un jeune Indien qu'il sauve d'un sacrifice, une manière harmonieuse de vivre dans la nature sans avoir besoin de la dominer ni chercher à l'exploiter simplement en jouant avec. 

Vendredi vient de défier un bouc et il l'a tué. Eh bien, il va le faire chanter. La tête de bouc nettoyé va servir de caisse de résonance entre ses cornes en forme de livre. Il tend douze boyaux avec un sens inné de la musique et les accordait afin qu'elle puisse retentir toutes ensemble, sans discordances. 

Car il ne s'agissait pas d'une lyre ou d'une cithare dont il aurait lui même pincé les cordes, mais d'un instrument élémentaire d'une harpe éolienne dont le vent serait le seul exécutant. 

Bernie Krause, musicien américain, naturaliste et docteur en bioacoustique, raconte lui dans son livre Le grand orchestre animal, son expérience sonore la plus impressionnante. 

Un jour qu'il chassait des sons dans l'Oregon, aux alentours du lac Wallo, il rencontre un descendant indien de la tribu des Nez-Percés, Angus Wilson, qui le conduit auprès d'un lac sacré dans une sorte de combe.

Nous étions accroupis, tremblants de froid, au bout d'une demi-heure. Le vent a commencé à s'engouffrer dans la vallée, gagnant progressivement en force. C'est alors que des sons qui semblaient jaillir de grands orgues géants nous ont brusquement engloutis. Un alliage de toux, de soupirs et de plaintes qui mettaient en résonance d'étranges rythmes. 

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