Franchement, le clash Booba-Kaaris c’est du pipi de chat à côté de celui entre Rameau et Rousseau.

Jean-Jacques Rousseau fut humilié par Jean-Philippe Rameau
Jean-Jacques Rousseau fut humilié par Jean-Philippe Rameau © Getty / Culture Club

Rousseau, vous n'êtes qu'un petit pillard sans talent et sans goût. 

Jean-Jacques-Rousseau est blême. L'invective vient de l'homme dont il aurait rêvé être le disciple, le plus grand compositeur français vivant, Jean-Philippe Rameau. Au lieu de le prendre sous son aile, l'insulte devant tout le monde et le renvoie au traumatisme de ses pénibles débuts. Car Jean-Jacques Rousseau n'avait qu'un seul rêve : il aurait voulu être un artiste. 

Né à Genève, d'un père horloger qui taquine le violon, le jeune Jean-Jacques aime la musique, mais il ne reçoit aucun enseignement solide. Orphelin de mère dès sa naissance, il va être accueilli par la baronne de Warens, une Vaudoise qui a pour mission de convertir au catholicisme tous les jeunes protestants qu'on lui amène en couchant avec eux. C'est une méthode efficace. Jean-Jacques est beau. Il sait parler. Il séduit avec d'autant plus d'ardeur qu'il a un besoin fou d'être aimé. Madame de Warens, qui l'appelle maman, sera son initiatrice. Une figure féminine qui comptera pour lui toute sa vie. Elle l'envoie en Italie, où il se convertit et fait office de secrétaire précepteur auprès d'une riche famille. Il fugue, revient en Savoie et, à 18 ans, prend enfin ses premiers cours de musique auprès d'un chef de chorale. 

Un an plus tard, dans ses errances entre Annecy et la Suisse, il rencontre un riche bourgeois de Lausanne, grand amateur de musique qui, séduit par la prestance et l'éloquence du jeune Rousseau, lui offre l'occasion de jouer sa première composition en concert. Voilà le récit que fait Rousseau lui-même dans cette soirée dans ses "Confessions" : "quoi qu'on ait pu penser de mon prétendu talent, l'effet fut pire que tout ce qu'on semblait attendre. Les musiciens étouffaient de rire, les auditeurs ouvraient de grands yeux et auraient bien voulu fermer les oreilles". Oui, la musique est pitoyable. La prestation est comique. 

Mais il s'accroche. Il va faire le copiste pour gagner sa vie et se démène pour se procurer le nouveau Traité d'harmonie de Jean-Philippe Rameau, dont tout le monde parle. Lorsqu'il le tient enfin dans ses mains, il n'y comprend rien du tout. Il lui faut tomber malade et profiter d'une longue convalescence pour essayer de dégrossir cet ouvrage ardu. Une fois encore, sa réaction va être mégalomane : "puisque le commun des mortels ne peut comprendre la théorie de Rameau, je vais en écrire une bien plus simple". 

Il accouche d'une dissertation sur la musique moderne, un système de notation basé sur le chiffrage dont l'ambition est carrément de mettre la musique à la portée de tous. Lorsqu'il présente son ouvrage à Paris devant l'Académie des sciences, il essuie un refus poli des académiciens qui lui font remarquer, à juste titre, que sa théorie est largement inspirée par les écrits d'un franciscain mort au siècle précédent, le père Jean-Jacques. rousseau s'obstine et publie à ses frais, évidemment sans succès. Il a un nouveau rêve désormais : faire écouter sa musique à Rameau. Il finit par le rencontrer pour lui faire écouter l'opéra qu'il vient de composer, "Les muses galantes". Nous sommes en 1745. 

Mais à quoi s'attend-il ? 

Jean-Jacques Rousseau rencontre le maître Rameau, dont il cherche l'approbation, en oubliant peut-être que celui-ci a triomphé dix ans auparavant avec "Les Indes galantes". La réponse est cinglante : Rousseau se fait accuser de plagiat en public, je le cite "il m'apostropha avec une brutalité qui scandalisa à tout le monde, soutenant qu'une partie de ce qu'il venait d'entendre était d'un homme consommé dans l'art et le reste d'un ignorant qui ne savait pas même la musique". Décidément, l'inaccessible étoile de Jean-Jacques-Rousseau s'éloigne de plus en plus. Mais la suite, vous la connaissez. C'est dans une toute autre discipline que ce timide, ambitieux et hypersensible artiste raté, qu'on pourrait qualifier de "schpountz", va rencontrer son destin. 

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