Tanguy Pastureau se sent heureux et libre lorsqu’il se promène dans les rues de la ville ! Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est… un homme.

Oui, c’est super, moi je me balade dans les rues de la ville, en micro-short, je bouge du boule, je me sens bien dans mon corps,  qu’est-ce qui me distingue de George Michael en 1984 dans Wham ?  Rien, juste un million de follicules pileux et un groove, une voix soul que George n’avait pas. Bref, je suis libre, je pourrais me baigner à poil dans les fontaines du Trocadéro, si je bouge pas et que l’eau est un peu froide, on me prendra juste pour une statue d’athlète grec. Bon, d’accord, de grec. Bon, d’accord, pas le mec, le sandwich. Seulement, si je suis libre dans les rues de la ville, c’est parce que je suis un homme, ces gens dont les gènes les ont rendus inaptes à mettre une couette à l’intérieur d’une housse de couette. Parce que, pour les femmes, on n’est pas sur le même schéma, les rues de la ville, ça s’apparente à Hugo Délire, avec Karen Cheryl, en 1992, il faut éviter des obstacles, la seule différence, c’est qu’on n’appuie pas sur les boutons de son téléphone, ou alors les siens, mais on ne contrôle pas sa direction avec ses boutons à soi, sinon les ados n’auraient pas besoin de Google Maps. Oui, le harcèlement de rue a repris, parce que les mecs qui le pratiquent n’ont pas profité du confinement pour reconsidérer leur rapport au monde. Des femmes témoignent, article sur Europe1.fr, une certaine Charlotte dit : « Je suis passée devant un mec, en jupe, il a fait un petit  bruit, un peu comme on appelle un chat », donc deux erreurs :   

  • 1  : On n’appelle pas un chat, ça ne sert à rien, le chat ne vient pas, il est moins sociable que Jean-Pierre Bacri si on le lâchait à l’université d’été des Républicains.   
  • 2  :  Monsieur, cette femme n’a pas enfilé une jupe pour vous en tant que personne, je sais, c’est dur à concevoir, on a vite fait de se dire « Oh, en plus, elle a pris ses seins ce matin, la provocation ! comment vais-je faire pour me contrôler ? ». Enfin, c’est simple, pensez à des choses tristes, comme les perspectives économiques annoncées par Bruno Le Maire  ou même Bruno Le Maire… tout court.  

Autre témoignage, une femme sur Twitter écrit, avoir été suivie dans la rue par un homme, elle lui dit d’arrêter, il répond « Ça va, je suis à plus d’un mètre », c’est-à-dire que le harceleur applique les  gestes barrières, et les types qui font des attouchements, bientôt, vont  dire « C’est bon, je me suis lavé les mains trois fois ! ». Et en plus, les femmes le disent, avec le masque, il y a une forme d’anonymat, on ne voit que les yeux. Or, c’est compliqué de reconnaître quelqu’un juste en voyant ses yeux, à part Joe Dassin, en 1976, ou un gilet jaune qui, il y a huit mois, a manifesté un peu trop près d’un tir de LBD. 

Donc c’est l’impunité, et c’est terrible de se dire que, quand les hommes vont d’un point A à un  point B, les femmes, dans la même ville, pour éviter les soucis, doivent passer par C, D, E, F, G, déjà, ça implique d’avoir des penchants littéraires, un aller-retour à la supérette, en équivalent lettres, on est sur une description d’un chêne par Balzac, mais simplement, c’est inacceptable. Le fait qu’en 2020, une femme ne puisse pas faire trois pas sans avoir, collés à ses pompes, douze cons qui lui causent, c’est atroce, on a l’impression d’entendre une polyphonie corse dont les paroles seraient  « File moi ton 06, bébé, t’es trop charmante ». 

La rue, le trottoir, j’ai regardé, ça ne se réserve pas sur Air B’n’B, c’est à tout le monde, et tout le monde devrait s’y sentir bien, ou mal, mais pareil. Alors Marlène Schiappa lance le dispositif Angela, en cas de souci, la femme pourra se réfugier dans un commerce partenaire ayant le logo, on en est  là, à devoir protéger sa vie comme on va chercher un colis quand le  livreur a indiqué qu’on était absent alors qu’on était à la maison, c’est-à-dire… tout le temps. 

Moi j’espère qu’un jour, les femmes pourront, elles aussi, aller d’un point A à un point B, et tant pis pour la  littérature.  

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