Non, je n'ai pas de trottinette électrique parce que j’ai conscience de la mort et passer en trottinette entre un bus et 4 taxis m’effraie. Mais les autres ne sont pas comme moi, trouillards, ils foncent, eux, et donc meurent. C’est une forme de sélection naturelle.

Partout dans les villes, on voit des trottinettes électriques. C’est normal, parce que nous sommes de grands gosses, l’adulte ne vieillit plus, c’est un enfant avec des rides et des poils. 

A Disneyland, des adultes disent à des enfants qui veulent rentrer « non, allez, Kevin, on fait encore un tour de petit train de la mine », l’enfant répond « papa, j’ai des devoirs ce soir, il y a école demain ». « Oh, ça va, Kevin, t’es pas fun, t’as même pas fait le Space Mountain ». « Mais papa, j’ai 4 ans ½, ça va me décalquer la tête ». 

Quand moi j’étais petit, dans les films, il y avait Jean-Pierre Marielle, tout velu, avec une voix grave, il tripotait les fesses des dames en disant « ah mon dieu, j’ai jamais rien vu d’aussi beau, je vais te les bouffer, Monique », je me disais « voilà, c’est un adulte », moustache, veste en velours, en train de siffler du cidre à Pont-Aven sous la flotte. 

Mais en 2019, c’est fini, les adultes portent des baskets, regardent des types parler à des loups dans Game of Thrones, moi qui suis à l’ancienne, dans Game of Thrones, j’attends les seins, quand l’héroïne fait tomber la peau d’ours qui lui sert de liquette, je me dis « yes, là-dessous, il doit y avoir Bouba et Frisquette », les autres mecs, eux, attendent les loups. Tout est infantilisant, Anne Hidalgo, à Paris, a claqué 650000 euros dans un cœur géant qui tourne porte de Clignancourt, le prix de 60 000 repas chauds pour les gens qui crèvent dehors, mais non, un gros cœur kikoolol à la con, c’est mieux. 

Dimanche 19 mai à Paris, il y aura le 2ème Printemps des cimetières, des happenings artistiques, des gonzes qui font du slam à côté de la tombe de tatie Ghislaine (elle est partie, tatie – comme un bateau dans la nuit – je reste tout seul comme un con – avec ses 4 caisses de napperons), parce qu’en tant qu’enfants permanents, on refuse la mort. A tel point qu’Amy Winehouse, la chanteuse défoncée au whisky-Xanax-acide-vodka, tout ce qu’elle voyait, elle l’avalait, même le chat de sa mère, elle se l’est sifflé, va partir en tournée cette année. 

Ou plutôt son hologramme, c’est comme celui de Mélenchon mais en moins sanguin. La mort n’existe plus, et dans le cas d’Amy Winehouse, l’hologramme au moins, ne vomit pas sur le 1er rang, lui.

Bref, nous sommes des grands gosses, qui s’épilons le oui-oui afin de ressembler le plus possible à Théo, notre petit-neveu de 6 ans. Pas étonnant alors que LE moyen de locomotion à la mode, ce soit la trottinette, au rythme où ça va, dans 2 ans Daniel Morin et moi on joue à la marelle, on le fait déjà mais en soirée privée, sous le nom des « Marelle Naked Brothers », il faut nous voir sautiller sans slip, c’est pas confortable mais ça rapporte bien. 

Les trottinettes, avant, c’était pour les mômes, comme les jeux vidéo ou l’amour porté à Batman, mais là, des milliers d’adultes sont juchés sur des trottinettes en ville, slalomant entre les bus, devant des pigeons interloqués qui terminent de picorer le moignon gauche d’un mendiant bulgare.

Moi qui suis adulte, donc chiant, j’ai des chaussures de ville et hier j’ai regardé sur Public Sénat la nuit Balladur, jamais je n’approcherais d’un bus en trottinette, déjà monter dans un bus me fait peur, tous ces gens du peuple qui se rendent Porte de Saint-Ouen, pour moi c’est Koh Lanta. Mais les utilisateurs de trottinette n’ont pas peur eux, ils n’ont pas conscience de la mort, puisque ce sont des enfants.

La suite à écouter et à retrouver en vidéo !

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