Avant, quand les politiques parlaient, personne n'osait ou ne pouvait remettre en cause publiquement, leurs propos. Mais ça c'était avant. Ségolène Royal et Alain Juppé en ont fait les frais cette semaine.

Les politiques se font remettre en place. Oui, avant, les politiques étaient respectés. Quand on voyait Mitterrand, le président polygame, on n'avait pas envie de lui taper dans le dos en lui disant : "Ça va vieux ? T'es sûr pour la Fête de la Musique ? Parce que dans 30 ans aussi bien on va se farcir des reprises de Bob Marley au djembé...". Mais depuis Macron et ses ministres qui font des selfies, claquent des bises, limite démarrent un chat-bite s'ils sentent que vous êtes chaud, le politique est devenu un citoyen lambda, aussi peu admiré qu'un furoncle lors d'un shooting de modèles de l'agence Elite.

Exemple, Alain Juppé. Naguère, Juppé impressionnait. Il souriait jamais. Il était toujours rigide, à tel point que quand il passait devant le Père Lachaise les types essayaient de le remettre en terre. Donc on se disait : "C'est pas un hasard s'il a la souplesse de la momie de Ramsès II. Je suis sûr que si je l'énerve, une malédiction va s'abattre sur moi, ma maison va brûler ou pire, ma Freebox va rester bloquée sur Cherie 25". Donc personne ne parlait à Juppé, qui depuis 78 a échangé 16 mots en tout. Il a la même vie sociale que Mogwli. Or, mardi, Juppé est coincé dans le TGV Bordeaux-Paris, à cause de la neige, cette substance blanche qui fait penser aux romans de Frédéric Beigbeder. Le trajet, normalement, est de 2h, soit le temps qu'il faut à Karim Benzema pour décrypter une étiquette où il y a marqué 50 euros, parce qu'il se dit "Il manque 7 zéros derrière pour que ça signifie quelque chose". Sauf qu'avec la neige, Juppé a mis 4h, or il est vieux et il sait qu'après un certain âge, chaque quart d'heure compte, carpe diem, il faut kiffer, faire des trucs fous, comme porter des chaussettes sans laine par -2 ou réussir les mots fléchés du magazine Pleine Vie les yeux fermés.

Furieux, Juppé se rend donc sur Twitter, et écrit "5 cm de neige, Bordeaux-Paris 4h, bravo la SNCF", avec un smiley tout rouge pour illustrer sa colère. Personne n'aurait pu prévoir qu'un jour Juppé communiquerait en smiley. C'est aussi absurde que d'imaginer Balladur se lancer dans le kite-surf. Mais là où avant on aurait respecté son courroux, en tant qu'ancien - dans les films chinois il serait le sage à cheveux blancs qui apprend au jeune scarabée plein d'acné à tenir les pattes écartées entre deux barrières - la SNCF lui répond et écrit :"Lors d'intempéries, la vitesse est réduite par sécurité, pour éviter les projections de glace sur les TGV". Mais s'il avait eu besoin de détails techniques, il aurait acheté La vie du rail. Ils l'interpellent au lieu de s'excuser et dire "Notre entreprise ne vous mérite pas, Dieu, vous qui avez tant fait pour le pays". Ce serait Benoit Hamon qui râlerait, on comprendrait qu'on l'enferme dans les WC du train jusqu'à Paris, mais Juppé, c'est un VIP.

Ségolène Royal a connu le même genre de choses cette semaine. Oui, Royal, la reine des neiges, qui crapahute au pôle avec les manchots. Pour la distinguer, c'est la moins bien sapée. Les autres sont en costume. Elle a assisté à une conférence sur les milieux polaires à la Cité des Sciences. Elle écrit alors sur Twitter : "Je mobilise la science française pour préparer une stratégie polaire", donc on se dit : "C'est elle qui a géré le truc de A à Z, elle a branché les micros, confectionné les petits fours, invité des spécialistes du froid comme Tex, parce que la dernière fois qu'il a fait une blague, ça a jeté un froid". On se dit : "Royal va sauver le monde". 

Mais en fait, que dalle, elle est juste venue, a écouté, a tapé dans le pain surprise du buffet, et est partie. C'est comme si moi, après Star Wars, je me mettais devant l'écran et je disais : "Merci à tous d'être venus, j'ai mis tout ce que j'avais en moi dans ce film, et pour ceux qui se posent la question, il est très sympa Chewbacca". Les organisateurs de la conférence ont d'ailleurs écrit sur Facebook : "Attention, Mme Royal n'a rien à voir avec ce colloque hormis sa présence pendant deux heures vendredi après-midi". Ségolène Royal, c'est un bernard-lhermitte. Elle vient, elle s'installe et à la fin vous raccompagne à la porte de chez vous en disant "bon ben à la prochaine". 

Si elle va à un mariage, elle écrit sur Twitter que c'est elle qui a inventé l'amour. Et là aussi, avant, on se serait dit : "Quand même, Royal, quel parcours, c'est elle qui a fait euh…, et euh…", et on l'aurait laissée tranquille. Mais ça, c'est fini. Les gens balancent. Il n'y a plus de respect. Les politiques ne peuvent même plus mentir, alors que c'est leur cœur de métier : récupérer les initiatives citoyennes et faire comme si c'est eux qui avaient fait le job. Ils sont comme les DJ. Ils samplent des projets, mais autant quand c'est les Daft Punk, personne ne dit rien, autant quand c'est Royal, tout le monde se braque. Bientôt elle va venir à un colloque sur le Big Bang et ne pourra même pas écrire qu'en fait c'est elle qui a créé le cosmos.

Même les politiques entre eux ne se respectent plus. Hier François Ruffin, député Insoumis, a accusé Christophe Castaner de jouer à Candy Crush à l'Assemblée, l'autre a répondu "C'est un menteur". Ils étaient à deux doigts de convoquer une maîtresse de CM1 pour régler le conflit. Du coup, Laetitia Avia, députée En Marche a pris en photo un député Insoumis à l'Assemblée en train de jouer sur son portable, ces gens sont épuisants. On regrette presque le temps où il suffisait que Mitterrand cligne une fois de l'œil droit pour que tout le monde se la ferme. 

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