Mais que fait Tanguy de ses journées ?

Et bien, je lis beaucoup, je réfléchis aussi, et je note mes pensées sur des carnets, j’en ai déjà 25, que je cache dans mon chien, je les roule dans du jambon, la petite bête, qui est un teckel, les avale, là elle fait 170 kilos. Mais en fait, bon, je vais être honnête, ça c’est ce que je dis sur Inter, je ne lis pas, bien sûr, plus personne ne lit, ou alors à la plage parce qu’on a peur de foutre du sable dans sa tablette. Non, je regarde des séries, c’est plus facile, prenez Netflix, les épisodes s’enchainent seuls, vous n’avez plus rien à faire, moi mon pouce a perdu en puissance musculaire. Avant je zappais, mon pouce, c’était Booba, maintenant, au bout de ma main, j’ai Jean-Michel Blanquer. Cette phrase avant n’a été prononcée que par 2 profs de français venant de se refarcir Mme Bovary et qui étaient un peu chaudes.  

Mais le souci que j’ai avec Netflix, ce sont les algorithmes, ce sont des petits calculs, comme ta tante a sur ses reins, et qui te connaissent par cœur. Par exemple, moi qui suis assez peu latin, la passion je m’en fous, la fièvre aussi, les scènes de sexe où des types bruns qui s’appellent Pablo font l’amour avec leur partenaire dans le coffre de la banque où ils commettent un braquage parce que c’est trop intense, ça me touche pas. La Casa de Papel, ça m’a gonflé, et si c’est pour entendre Bella Ciao, à Radio France, je vais au local de la CGT, les mecs me la chanteront, avant de crier « j’en place une pour Philippe Poutou ».  

Non, moi, je mate des séries scandinaves, avec des Jurgen et des Anouk qui se parlent uniquement quand ils trouvent un cadavre, là ils disent « ha », ils sortent le corps de la neige, ils le décongèlent au micro-ondes et réalisent qu’il s’agit en fait d’un ours polaire, et pas de Didier Raoult qui se serait laissé pousser les poils. Dans les séries nordiques, il y a peu de sexe, il fait trop froid, ça gèle et après si on appuie dessus, ça casse, il y a peu d’émotions, et aucun risque que le générique de fin soit « Mambo n°5 » de Lou Bega, donc c’est fait pour moi. Seulement il y a ces saloperies d’algorithmes, qui font qu’ensuite Netflix ne me propose que des séries se déroulant au nord de l’Islande, or parfois j’ai envie de soleil, de voir le sud de la Suède.  

Et comme je suis un rebelle, je dis alors « fuck Netflix », lui fait un doigt d’honneur, et je prends une série que Netflix n’a pas prévu pour moi, ce qui est dur à faire sans le majeur avec la télécommande. Exemple là j’ai vu « Last dance », un doc sur Michael Jordan, la légende de la NBA, alors qu’à la base je m’en fous, d’autant que Jordan a nui à l’humanité, parce qu’il est à l’origine de millions de pieds qui puent à cause de ses baskets mal ventilées vendues à des ados sales. J’ai regardé ça juste pour faire enrager les algorithmes, je les imagine entre eux dire « Pastu est devenu ingérable, il a regardé la série sur Freud puis à la suite, le truc sur Jordan, c’est un ouf, derrière il va vouloir mater Petits Plats en équilibre ou un Truffaut sous-titré en mandarin, impossible de cerner un mec comme ça ». C’est ça que je veux, que Netflix ne me connaisse pas, je parle déjà pas avec vous, l’équipe de la BO, pour garder un peu de mystère, c’est pas pour qu’un robinet à série me dise un jour qu’en fait il est mon père. 

« Last dance », sinon, bof, le souci étant que Jordan est co-producteur de cette série sur lui, donc on le voit dire « ouais, j’étais bon », puis ses ex-collègues dire « ouais, il était bon », ça ressemble au biopic de Ségolène Royal s’il était réalisé par Ségolène Royal, sauf qu’il y aurait moins de paniers, un seul en fait, lors d’un tour sur un marché du Poitou en 2011 ou elle avait pris des radis. Rocketman, le biopic d’Elton John, pareil, c’est produit par son mari, donc tout est super, alors qu’il a quand même fait la chanson du Roi Lion. L’esprit critique tué par le biz, merci, moi je retourne en Island.

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