Et puisqu’on parle dans l’actualité du déboulonnage des statues, Tanguy Pastureau nous donne son avis sur la question et pense que les statues, en fait, ça ne sert à… rien.

Non, déjà, ça ne rend pas hommage à la personne, parce que les pigeons défèquent dessus, Molière qui s’est cogné l’écriture de 33 pièces de théâtre pour qu’au final sa statue soit l’équivalent chez les pigeons des toilettes sèches de Nicolas Hulot chez nous, ça valait le coup de se fouler. Et puis le souci d’une statue, c’est que ça honore une personne X à un moment M, et ça, ça fait trop de consonnes. Or l’histoire n'est pas figée, le héros d’hier peut devenir le salaud d’aujourd’hui, regardez Pétain, en 1918 c’était une star, tout le monde voulait lui ressembler, on injectait des hormones aux gosses pour qu’ils aient la moustache qui pousse, à 4 ans les petits avaient la voix de François Baroin, et en 44, bon, tout le monde lui ressemblait, parce qu’il était devenu antisémite, mais entre-temps, il avait perdu son image de héros.

Et il y a deux jours, à Bristol, en Angleterre, le pays où les reines, conservées dans une atmosphère à 100% d’humidité, comme les cornichons dans leur bocal, vivent 100 ans, des manifestants antiracistes ont déboulonné une statue datant de 1895. Donc d’abord on s’est dit « diantre, argh, par la mini-vague de Stéphane Bern, c’est l’histoire qu’on assassine ». Puis on a appris que cette statue représentait Edward Colston, esclavagiste notoire, ce qui en 1895 ne posait de problème à personne, même Gérard Collomb était concentré à l’époque sur ses révisions du brevet. L’esclavage, ça passait, vous alliez au marché acheter des poireaux, reveniez à la maison avec un monsieur, votre femme vous disait « ah non, chéri, tu as encore pris un noir, on n’a pas encore remboursé le crédit pour les deux autres ». En 2020, ça parait délirant, mais en 1895, Colston était une belle personne, notamment parce qu’avec le brozouf de la traite des noirs, il a construit la moitié de Bristol, donc statue. Dès que quelqu’un fait un truc bien pour un lieu donné, on lui fait une statue, pour ses 40 ans de chroniques à l’antenne de France Inter en janvier, on érigera face à la Seine une statue de Daniel Morin. Qu’on déboulonnera dans un demi-siècle quand l’INA aura ressorti un vieux sketch de lui se moquant des chinois, ça fera scandale, le fils de Xi-Jinping, Y.i-Jinping, exigera des excuses de la France, ce que fera Michel Drucker, seul français à avoir survécu aux 300 virus libérés par la fonte des glaces au pôle nord.

La suite à écouter et à retrouver en vidéo 

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Nagui : Tanguy !  les statues, selon vous, ça ne sert à rien. 

Tanguy Pastureau : Non, déjà, ça ne rend pas hommage à la personne, parce que les pigeons défèquent dessus, Molière qui s’est cogné l’écriture de 33 pièces de théâtre pour qu’au final sa statue soit l’équivalent chez les pigeons des toilettes sèches de Nicolas Hulot chez nous, ça valait le coup de se fouler. Et puis le souci d’une statue, c’est que ça honore une personne X à un moment M, et ça, ça fait trop de consonnes. Or l’histoire n'est pas figée, le héros d’hier peut devenir le salaud d’aujourd’hui, regardez Pétain, en 1918 c’était une star, tout le monde voulait lui ressembler, on injectait des hormones aux gosses pour qu’ils aient la moustache qui pousse, à quatre ans, les petits avaient la voix de François Baroin, et en 1944, bon, tout le monde lui ressemblait, parce qu’il était devenu antisémite, mais entre-temps, il avait perdu son image de héros. 

Et il y a deux jours, à Bristol, en Angleterre, le pays où les reines, conservées dans une atmosphère à 100% d’humidité, comme les cornichons dans leur bocal, vivent 100 ans, des manifestants antiracistes ont déboulonné une statue datant de 1895. Donc d’abord on s’est dit « Diantre, par la mini-vague de Stéphane Bern, c’est l’histoire qu’on assassine ! ». Puis on a appris que cette statue représentait Edward Colston, esclavagiste notoire, ce qui en 1895 ne posait de problème à personne, même Gérard Collomb était concentré à l’époque sur ses révisions du brevet. L’esclavage, ça passait, vous alliez au marché acheter des poireaux, reveniez à la maison avec un monsieur, votre femme vous disait « Ah non, chéri, tu as encore pris un noir, on n’a pas encore remboursé le crédit pour les deux autres ». 

En 2020, ça paraît délirant, mais en 1895, Colston était une belle personne, notamment parce qu’avec le brozouf de la traite des noirs, il a construit la moitié de Bristol, donc statue. Dès que quelqu’un fait un truc bien pour un lieu donné, on lui fait… une statue. Pour ses 40 ans de chroniques à l’antenne de France Inter en janvier, on érigera, face à la Seine, une statue de Daniel Morin… qu’on déboulonnera dans un demi-siècle quand l’INA aura ressorti un vieux sketch de lui se moquant des Chinois. Ça fera scandale, le fils de Xi-Jinping, Y.i-Jinping, exigera des excuses de la France, ce que fera Michel Drucker, seul Français à avoir survécu aux 300 virus libérés par la fonte des glaces au Pôle Nord. 

Bref, les statues sont figées mais ce qu’elles provoquent en nous ne l’est pas, si je suis noir et qu’en Virginie dans le parc où mes enfants jouent, trône la statue d’un général sudiste, ces gens qui portaient des boucs et étaient pour l’esclavage, ce qui n’a aucune corrélation, que personne ne s’en prenne à Serge Lama, bien sûr j’aurais la rage. En France, certains veulent même qu’on retire les statues de Colbert, ministre de Louis XIV, un mec poudré qui a créé le look d’Amélie Nothomb, et qui a rédigé le code noir sur l’esclavage, sur Twitter depuis deux jours, tout le monde s’écharpe sur le sujet, ce qui fait qu’il y a exactement la même ambiance que d’habitude. 

Et le souci, c’est qu’il n’y a pas de statues de personne gentille : Philippe Delerm, Yolande Moreau, Pifou, non ! n’ont droit à leur statue que des maréchaux, donc des criminels de guerre pour certains, des chefs d’états, donc des menteurs qui ont mené leur pays au désastre pour certains, ou des écrivains sur les œuvres desquels on s’est pété les dents au bac, donc des salauds. Le créateur de Télé Poche, bien plus accessible, n’a pas eu le droit à sa statue, lui. 

Tout ça pour vous dire que ça va vite devenir lassant de monter des statues qu’on détruit plus tard, parce que notre perception des personnages de l’histoire évolue, donc… interdisons les statues, on mettra juste le socle, parce que les professionnels du socle n’y sont pour rien, et un petit napperon dessus. C’est joli un napperon…

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