Aujourd'hui Tanguy a voulu nous parler d'antisémitisme

Personnellement, j'ai longtemps rêvé d'être antisémite, parce que haïr un groupe de gens, ça donne un but, on ne construit rien dans l'amour de l'autre, à part une chanson de Christophe Maé ou une interview de Patrick Sébastien pour Télé Star. 

L'amour, ça rend niais, regardez Roméo et Juliette, à 13 ans, au lieu de fumer du shit en crevant leurs boutons, ils étaient là à roucouler comme des buses, résultat ça a fini en comédie musicale leur connerie, bah je suis désolé, mais Patrick Bateman dans American Psycho, il y a pas eu 12 exceptionnelles au Palais des Sports sur une musique de Gérard Presgurvic, du coup, on en garde un bon souvenir. 

Donc moi, au collège, je m'étais dit "je vais devenir antisémite", pour me construire une image violente de mec dur, je pouvais pas avouer que le soir je regardais des VHS de Morrisey torse nu en train de se fouetter avec des glaïeuls. Mais là aussi, j'ai échoué, tous mes rêves de jeunesse je suis passé à côté, devenir une femme, je n'ai pas fait, je voulais pas être harcelé sur Twitter pendant des années par des branleurs aujourd'hui bien planqués à Libé, aux Inrocks, ou chez Slate, devenir de gauche, je n'ai pas fait, je ne pouvais pas savoir qu'un jour je travaillerai à France Inter, et être antisémite non plus, j'ai grandi en Bretagne, et il y avait pas de juifs, donc impossible de pratiquer, j'ai préféré haïr les normands, parce qu'ils ont le Mont-St-Michel, alors qu'en y réfléchissant, c'est juste un rocher avec en haut 14 moines en train de se peler le jonc dans le vent et qui tous les midis bouffent une omelette hors de prix, on a l'impression que c'est super parce qu'il y a rien d'autre dans le coin, mais vous construisiez le même truc à côté d'un parc d'accrobranches ou d'un Bricorama ouvert le dimanche, il y a personne.

Je suis donc passé à pas grand-chose de l'antisémitisme, mais d'autres ont persévéré et sont bien dedans. Ainsi, ce week-end, une photo a tourné, et tourné, et tourné en boucle, elle a eu le parcours inverse d'une tribune de François Bayrou, sur laquelle on voit une inscription, est écrit à la peinture, Juden, juif en allemand, sur la vitrine d'un fast-food, pas McDonald, sinon les mecs auraient écrit "mort aux écossais", Bagelstein. 

Pour ceux qui ne connaîtraient pas, c'est une chaîne de bagels, ces sandwichs saumon fromage frais de forme ronde avec un trou au milieu, ce qui fait qu'il est possible de leur faire l'amour, contrairement au panini 3 fromages, parce que c'est très très chaud. Et si vous entrez dans un Bagelstein, il y a plein de cadres au mur avec des blagues pourries à lire, donc même si vous allez dej avec Isabelle Huppert et qu'elle se tranche la jugulaire avec un grain de sésame, vous pourrez rire quand même. 

Bref, en 2019, un ou des gonzes passent devant Bagelstein, se disent " ça sonne juif, ce truc", ils sont tellement cons que le jour où ils verront la pancarte d'entrée du Liechtenstein, ils feront pareil, et là ils écrivent "juden" dessus, comme il y a 80 ans outre-Rhin quand les allemands n'étaient pas ces types placides en claquettes de cuir qui l'été dans les Landes font crever la faune marine en répandant dans l'eau leur crème solaire indice 124. Or, à la limite, si on tague sur la vitrine de la Brioche Dorée la phrase "on dit chocolatine, pas pain au chocolat, bandes de chiens", ça passerait, mais le mot "juden", historiquement, c'est plus chargé que l'haleine d'un rockeur mort dans son vomi.

La suite à écouter et à retrouver en vidéo !

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