Quand Tanguy s’est lancé dans l’humour il avait imaginé tout un tas de choses sur le métier mais il ne se doutait pas les risques encourus.

Ça parait simple, le métier d'humoriste… c'est ce que je me disais en choisissant cette profession, la seule qui à la fois rapproche de Pierre Desproges et des Bodin's. 

Sur le papier, c'est le métier idéal, on fait des blagues, on se retrouve face à vous, Nagui, comme quand on regarde la télé sauf que là on n'est pas en slip avec un Bolino, et même si, pour des raisons qui n'appartiennent qu'à moi, j'aurais préféré chaque midi me retrouver face à Ingrid Chauvin, c'est pas mal. 

Et puis on est adulé, dans les salles, les gens se lèvent, le problème pour l'instant pour moi, c'est qu'ils se lèvent au milieu du spectacle, mais j'ai l'espoir de les garder jusqu'à la fin, contre des tickets resto, une photo de Daniel Morin, ou une photo de l'ours de Jean-Jacques Annaud signée Daniel Morin, tout le monde n'y verra que du feu. 

Je plaisante, bien sûr, je rencontre un succès tout à fait insolent, le même qu'Hitler en 1933 mais avec un objectif moins destructeur. Donc être humoriste, c'est cool, et ça permet de s'extirper de sa condition sociale, regardez Marina Rollman, cette courageuse suisse qui aurait pu facilement tomber dans l'industrie du luxe, cartonner dans une banque privée où elle aurait proposé des Kinder Bueno en or à des tennismen français venus avec des malettes, bah non, elle a choisi de faire humoriste et de vivre à Paris dans un F2 sans porte avec des rats, une fois la semaine, on lui fait signer son contrat Radio France, à chaque fois elle dit "quoi, c'est tout, pitié, ajoutez un zéro, même après la virgule, tant pis, moi aussi j'ai envie de bouffer du boulgour bio", à Naturalia, quand sa carte ne passe pas, c'est un barbu en fûte de lin qui ressemble à Christophe Maé en fin de vie qui lui prête de l'argent. C'est ça, humoriste, tu es tout, tu peux devenir rien. L'ascenseur social mais dont le câble aurait pété. "Aaahhh, pouh".

Et puis être humoriste, c'est devenu compliqué, parce qu'on est obligé de se demander comment les gens vont prendre ce qu'on dit, ça peut être violent, un sketch de Gad Elmaleh sur les meubles Ikéa impossibles à monter, qu'il aura écrit sur son carnet tout au fond d'un café théatre dissimulé sous une perruque, bah si vous êtes fan d'Ikéa, vous pouvez mal le prendre, et vous aurez la haine contre Gad Elmaleh. 

Parce que les gens n'ont plus d'humour, le public est devenu con, des débiles, ils ne captent rien, et susceptibles avec ça. A chaque fois que moi j'œuvre, je reçois au moins 20 messages d'auditeurs de ma chronique à 12h10, donc de chômeurs, bah il y a toujours quelqu'un de pas content. 

Je fais un truc sur l'antisémitisme, paf, les gens me disent "et les églises saccagées, alors, bonjour l'indignation sélective", ce qui signifie "bah tu serais pas pote avec 2-3 juifs, toi ?", alors que non, bien sûr, c'est professionnel, j'ai lu sur un mur qu'ils contrôlaient les médias. Le lendemain vous parlez des églises, on vous dit "et l'islamophobie, pas un mot ?", bref, c'est comme un album de Camille Saint-Saëns quand on aime le grunge, c'est sans fin. Et pire, hier, Marlène Coulomb-Gully, sociologue réputée, déclarait à l'AFP, je cite : "l'humour a toujours été mobilisé pour asseoir une domination : les femmes, les minorités, les gays, on ne rit pas avec, on rit de", et ça m'a brisé, j'ai réalisé, alors que je pensais être un babtou fragile, prostré au pied du lave-vaisselle en écoutant Radiohead, qu'en fait j'étais un mâle dominant, un bonobo déjanté.

La suite à écouter et à retrouver en vidéo !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.