Dans cette chronique, Tanguy Pastureau nous parle des vaccino-sceptiques...

Vous savez, en ce moment, il y a ce débat autour de l’artiste, est-il essentiel, dimanche Patrick Bruel était sur BFM, il a dit : « oui, il l’est, aussi bien les chanteurs que les acteurs ou les artistes de rue », alors je ne suis pas d’accord, surtout pour les artistes de rue, 20 ans que je prends mes vacances en juillet à la Baule, il n’y a pas moyen de boire un Spritz, ou 12, en terrasse, sans qu’un club de capoeira vienne suer à deux mètres de la table. Quatre minutes plus tard, c’est un cracheur de feu. Puis des mimes. 700 morts chaque année à la Baule, des touristes désespérés qui se jettent à la baille en hurlant : « je suis venu ici pour être entre gens de droite, si j’avais voulu voir des intermittents à dreadlocks, je serais allé à Avignon, bordel de Bruno Retailleau ». 

Alors j’adore Bruel, parce que lui comme moi on fait des carrières énormes donc quand je le vois, j’ai l’impression de me voir à mes débuts, mais il faut arrêter avec ce truc de l’artiste essentiel. Non. A Alep vous proposez aux gens du pain ou une place pour une pièce avec Pierre Arditi, ils vous répondent : « j’ai une admiration infinie pour Arditi, à 76 ans il est encore tellement hot, hmm, mais pardon, coupe-moi une tranche ». 

Moi je n’ai aucune illusion, je sais que suis moins essentiel que les mecs qui fabriquent la crème glacée "Ben & Jerry’s", quand les gens dépriment, ils ne se dirigent pas vers moi avec une cuillère en disant : « j’espère que c’est la gourmande, celle avec les morceaux ». Même si parfois, quand je me sens seul, je réponds « si si c’est moi. Viens ». Je prends la forme d’un pot, comme ça… Moi je veux bien qu’on fasse des films sur Céline Dion, mais quand on en aura fait un avant sur chaque infirmière de France.

Mais mettons, l’artiste a son petit rôle à jouer, seulement tant que le virus circulera, ça ne reprendra pas vraiment, ou alors des demi-jauges, et en tant que professionnels, on doit refuser ça, qui travaille à moitié ? Un psychiatre, vous croyez qu’il peut dire à quelqu’un qui souffre d’un trouble de personnalités multiples : « désolé à cause du Covid aujourd’hui je vais juste parler à René, et pas à Marie-Cassandra, la princesse Disney qui vit dans la tête de René ? ». Si on fait du spectacle, c’est pour faire entrer la thune, on appelle ça l’amour du public, c’est un nom de code, c’est normal, parce que les à-côtés sont glauques, on dîne tard, les loges sont pourries, dans tous les théâtres il y a au moins un WC où quelqu’un a écrit « ici Guillermo Guiz m’a fait l’amour », ensuite on monte sur scène avec les tétons qui pointent, les gens se disent : « ouah, il est content de nous retrouver », bah non, c’est juste que derrière le rideau il fait 8 degrés. 

Il vaut mieux être spectateur que comédien, moi si je suis sur scène, c’est juste parce c’est le seul spectacle pour lequel j’ai réussi à avoir des invitations. Si je pouvais aller me voir moi ou Claudio Capéo… Bon, d’accord, j’irais me voir moi, parce que je suis sûr que je pas me mettre à chanter en italien, mais… 

Bref, la seule manière de sortir du Covid et de relancer la machine à biftons, c’est le vaccin. Seulement on a un souci en France, c’est qu’on est en majorité vaccino-spectiques, même Jean Castex, qui vit une fin de carrière, parce qu’il est moins populaire qu’un Carambar chez ceux qui ont des couronnes dentaires, donc il pourrait se faire euthanasier que Jean-Pierre Pernaut n’en parlerait qu’à la fin du JT, derrière un sujet sur le renouveau des santons de Provence, bah même Castex a dit : « non, je ne suis pas prioritaire, je ne veux pas qu’on pense que j’ai un passe-droit », c’est le seul type qui est devenu n°2 pour attendre son tour, lui chez Franprix à la caisse, vous lui dites : « pardon, je ne suis ni enceinte ni malade mais j’ai juste envie de passer devant toi, je peux ? », il répond : « mais faites ». La vérité, c’est qu’il a peur, Castex, et que personne n’est rassuré.

La suite à écouter et à retrouver en vidéo !

  • Légende du visuel principal: Tanguy Pastureau © Radio France /
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