Orelsan, récompensé par trois Victoires de la Musique cette année, est visé par une pétition qui réclame qu'on lui retire ses prix pour des chansons sexistes et violentes.

On parle beaucoup d'Orelsan actuellement. Oui, Orelsan, c'est ce rappeur a l'air pas jouasse qui est coiffé comme un balai à franges, et que les Inrocks ou France Inter kiffent, mais aussi des gens pas estampillés à gauche, comme vous, Nagui. Aux dernières victoires de la musique, ce long sketch de Daphné Burki lors duquel des chanteurs sont venus glapir leurs titres car ils n'ont aucun respect pour les humoristes, Orelsan a eu trois victoires, trois V en plastique, aussi transparents que Bruno Le Maire.

La 1ère fois, il a remercié son label, la 2ème fois ses amis, la 3ème il était prêt à adopter un chien juste pour avoir encore quelqu'un à remercier, être trop récompensé est un enfer. Donc il s'est produit sur scène, avec une caméra qui lui tournait autour super-vite. Moi comme un idiot, au dîner j'avais bouffé de la potée, j'ai vomi. Puis en coulisses Françoise Nyssen, ministre de la culture, l'a salué. Elle avait révisé avec ses conseillers et s'est mise à lui dire : "ça va, wesh, gros ?", ce à quoi il a répondu "mais qui êtes-vous ?", parce qu'il est comme tout le monde, il ne connait pas Françoise Nyssen. Elle est tellement anonyme que quand elle se voit dans le miroir de sa salle de bains, elle se met à hurler : "mais enfin, que faites-vous chez moi, si c'est pour l'argent que vous venez, il est dans un livre creux d'Alfred de Musset dans la bibliothèque, cherchez à M, pas à D". 

Donc tout se passait bien pour Orelsan, album plébiscité, lui adoré, les filles trouvent ses félures attirantes, les garçons aiment son côté bad boy, les chats n'en ont rien à foutre et continuent à se lécher. Jusqu'à ce qu'on apprenne qu'une pétition demande à Madame Nyssen l'annulation des prix reçus par Orelsan. On va venir chez lui, les reprendre et lui filer un bon d'achat chez Maisons du Monde pour s'acheter 3 bibelots à mettre à la place : une mouette en bois, un mini-photophore et un brûle-encens. 

La pétition a déjà été signée par 27 000 personnes, outrées parce que quand il était jeune, Orelsan a fait une chanson sur la Saint-Valentin pas piquée des hannetons, comme on disait il y a 60 ans, du temps de Gérard Collomb. Il y prononce en effet la phrase "suce ma b.i, etc, pour la St-Valentin". Ce qui démontre 1- son manque de galanterie 2- le fait qu'il n'a pas pensé à plutôt acheter un cadeau. On va pas se mentir, quand on propose à l'autre son corps, c'est qu'on a zappé le coffret chez Séphora. Parce qu'à part Olivier Minne, personne n'a un corps qui entre en concurrence avec un bien matériel. Moi si une prostituée dans la rue me dit : "viens chéri", je lui réponds : "non merci j'aime autant un mug". Dans cette même chanson, il dit "si t'es gourmande, j'te fais la rondelle à la margarine", ce qui lui a valu une invitation par Laurent Mariotte dans "Petits plats en équilibre" sur TF1.

Depuis, Orelsan s'est excusé pour ces 2 ou 3 chansons de jeunesse. Oui, en plus, il a été poursuivi pour les paroles d'un autre titre en 2012 et encore en 2016 par des associations féministes, et à chaque fois a été relaxé, donc à un moment, il faut s'arrêter, se dire "le gars a mûri, aujourd'hui il ne parlerait plus de margarine mais de "beurre bio produit en local". Bref, il a une conscience. Et en même temps, à l"époque, il a quand même écrit, dans ce titre où il parle à une femme : "tu vas te faire marie-trintigner", ce qui est aussi doux à entendre qu'un crissement de craie sur un tableau noir produit par un malade de la Tourette pétomane. 

Lui explique que c'était une fiction, il se mettait dans la peau d'un mec violent, comme Eminem l'avait fait dans sa chanson Kim, du nom de sa femme, où il se décrivait en train de la tuer, et il imitait la voix de Kim, donc c'était un mélange entre Nicolas Canteloup et Charles Manson. Seulement, autant un rappeur ricain qui dit "I'm gonna kill you motherfucker because I'm a motherfucking killer", ça nous dit rien parce que c'est en anglais, autant le même truc en français, on n'est pas à l'aise. Moi si le rap s'était arrêté à Réciprok : "lève les bras balance toi, laisse le groove guider tes pas", ça m'allait tout à fait. 

Après tout, Requiem pour un fou de Johnny : "je l'aimais tant que pour la garder, je l'ai tuée", c'est un peu le même délire mais avec de l'amour et sans margarine et là personne dit rien. C'est compliqué, la fiction, parce qu'autant à la télé Joséphine Ange-Gardien on se doute bien qu'en claquant des doigts Mimie Mathy, elle fait pas s'envoler la voiture du facteur, autant en chanson, on se dit : "ne met-il pas de lui-même là-dedans, ne serait-ce pas un psychopathe ?". 

Pareil pour la chronique, si moi je dis : "je vais buter Daniel Morin, ce fils de chien", tout le monde va flipper, et si j'ajoute "non mais en fait c'est un personnage, j'incarnais Pasturobocop, un cyborg mi-robot mi-intermittent du spectacle", vous allez me répondre : "mon gars, Medhi Meklat nous a déjà fait le coup". Le mec écrivait sur Twitter : "faites entrer Hitler pour tuer les juifs", et après nous expliquait que c'était son double maléfique sado-maso-SS qui se connectait à son compte pendant que lui pionçait.  

Bref, Orelsan s'est excusé, ne chante plus les chansons incriminées, et a été récompensé pour un album qui n'a rien à voir avec ses errements de 2006, donc on pourrait lui laisser une chance, enfin je crois. Moi en rap j'en suis resté à l'album Doggystyle de Snoop Doggy Dogg en 92, en anglais, je me disais, hm, ça bouge, j'ai compris plus tard que ça parlait que d'assassinats et de levrettes. Mais je m'intéresse, je lis les paroles de morceaux récents, et plein de titres de rap sont sexistes, réacs, parlent que de uque et de violence, donc si vous faîtes tomber Orelsan, les amis, faites tomber tout le monde. Moi ça me manquera pas, j'écoute Récriprok.

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